Le délire ultraprésidentialiste

En quelques heures, le président de la République vient de redessiner la carte de France. A coups de crayons et coups de téléphone, des régions et des départements ont vu leur sort se jouer en quelques minutes avant publication. Si la plupart des commentateurs se font l’écho des récriminations des élus et des baronnies locales, voire font le procès une nouvelle fois en incompétence de François Hollande, peu s’interroge sur la folie antidémocratique d’une telle décision. En fin de séquence électorale municipales et européennes, qui ont montré une défiance formidable vis-à-vis du gouvernement, des institutions dominées par l’oligarchie, de la représentation politique, l’hôte de l’Elysée choisit d’accélérer en mettant au pied du mur le parlement sur une réforme qui doit s’appliquer  « au plus vite ».  L’avenir dira si ce pari réussit.

Mais comment justifier une telle hypertrophie du pouvoir présidentiel ? Avant 1789, les monarques disposant d’un pouvoir pourtant réputé absolu, devaient tenir compte des coutumes dont les limites des provinces. D’un coup de plume le président de la V° République peut d’un coup de plume rayer de carte une région, comme il peut décider seul de déclencher une guerre, changer d’orientation sans rendre compte…

On connait les raisons de la réforme territoriale : elles sont toutes mauvaises. Libérales : mettre en compétition les territoires et leur donner la taille de cette compétition. Austéritaires : faire des milliards d’économie non pas pour supprimer les dépenses clientélistes mais couper sombre dans les dépenses publiques. Sans compter les raisons de circonstance …

Qui dira que la parole doit être donnée aux citoyens ? Pas pour être consulté mais pour décider. Décider de l’opportunité ou non de modifier le fameux « mille feuille «  territorial ; décider ou non de supprimer les départements, décider la taille de l’intercommunalité, ou le regroupement régional. Mais surtout, à mille lieux de la contre-réforme actuelle, à quand à une réforme démocratique, égalitaire et solidaire permettant aux populations de disposer du pouvoir d’exercer eux-mêmes les choix d’orientation budgétaire, d’équipement, de décider ensemble de la transition écologique, des services publics ? A quand une VI République définissant une citoyenneté active en lieu en lieu et place de l’hyperprésidentialisme ?

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Auteur: 
pfgrond