Le désastre gouvernemental n’est pas un accident

Au sommet de l’État, rien ne peut aujourd’hui réparer ce qui s’écroule. Manuel Valls a beau obtenir la confiance parlementaire et François Hollande sembler debout face aux journalistes à sa conférence de presse de rentrée, la spirale infernale est engagée puisque le cap est maintenu. Qui peut se laisser berner par quelques maigres changements de ton pour tenter de désarmer les "frondeurs" et une mesure dérisoire, l’augmentation de 8 euros par mois du minimum vieillesse ? La petite musique du "plus vite, plus fort" reste intacte. Or elle enlise le pays dans le déclin et accroît la désespérance populaire.

Depuis la victoire de 2012, la liste des écarts gouvernementaux avec les valeurs de la gauche est abyssale : pacte de responsabilité, capitulation devant Angela Merkel, chasse aux Roms, affaire Cahuzac, encouragements du Medef, inanité de la "phobie administrative" d’un ministre fraîchement nommé, "sans dents" du Président faisant échos aux "illettrés" du ministre de l’Économie… N’en jetez plus, nous sommes sidérés. Et la courbe du chômage continue son agonie, la démocratie n’est plus qu’un théâtre d’ombres et le mot gauche a volé en éclat avec une politique de droite menée en son nom.

Ce désastre n’est ni un accident, ni le fruit d’un homme ou deux. Il correspond à une mutation du PS, préparée depuis plusieurs décennies par François Hollande et les tenants d’un tournant démocrate. Les partis sociaux-démocrates européens ont suivi en Espagne, en Grèce et ailleurs le même chemin et abouti aux mêmes échecs. La sociologie des responsables du PS, désormais acquis aux valeurs dominantes, et notamment à celles de l’argent, n’y est pas pour rien.

La solution émancipatrice se construira en dehors du PS car nous devons incarner un espace politique clairement distinct de la majorité gouvernementale. Ce n’est pas une bonne nouvelle car la solution majoritaire en devient plus complexe et suppose de penser de nouvelles stratégies, loin de l’union de la gauche telle qu’elle a vécu ces dernières décennies. Cela suppose à la fois de construire des passerelles entre les courants politiques de gauche contestant les choix gouvernementaux et de rechercher par des démarches innovantes, sur le fond comme sur la forme, des façons d’associer politiquement les forces citoyennes, sociales, intellectuelles et artistiques encore éclatées dans la société mais qui attendent un signal pour se mobiliser et se rassembler.

Clémentine Autain, le 19 septembre 2014. Publié sur le site de Cerises.

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