Le Front de Gauche plombé par son modèle économique

Parmi les nombreuses et riches contributions pour l'avenir du Front de Gauche, un sujet est étrangement absent, c'est son modèle économique obsolète.

Si la pluralité idéologique du Front de Gauche est un gage de force, la coexistence voire parfois la concurrence des modèles économiques des partis politiques membres est un élément de fragilisation.

Elle est porteuse de clivages stratégiques et de rivalités politiques désastreuses.

Notre débat politique interne souffre de la prégnance lourde des inévitables contraintes de structures.

Contrairement à une idée reçue les désaccords politiques sont la conséquence des intérêts de structure, non leur cause.

Le récent et triste exemple de Gauche Unitaire en est l'illustration parfaite.

L'anarchie financière du Front de Gauche est dangereuse tant par l'immaturité politique dont elle est le symptôme que par le poison opportuniste qu'elle laisse entrevoir. Elle constitue une bombe à retardement.

Une association de Financement Commune au Front de Gauche

Le moment est venu pour le Front de Gauche de se doter d'une association de financement commune.

Commune, sans être unique, coexistant avec les associations de financement actuelles et sans se substituer à elles. Cette association commune devrait se limiter au fonctionnement, hors patrimoine, hors actifs, car il convient de respecter les différences de situation entre tel parti en cours de création et tel autre qui va vers son centenaire.

En 2012 j'ai douloureusement vécu la dichotomie entre d'une part la fraternité militante et chaleureuse qui prévalait lors de l'élaboration du programme « L'humain d'abord » et d'autre part l'ambiance exécrable lors des investitures aux législatives. Cette césure entre politique et finances a été un traumatisme.

L'accord politique de 2012 ne saurait être reconduit en l'état pour la prochaine fois.

Il ne sera plus possible pour les militantes et militants du Front de Gauche d'être tout à la fois en solidarité politique et en concurrence financière : à un affichage « Front de Gauche » devra impérativement correspondre un financement « Front de Gauche ».

Une structure financière n'a pas de sens en elle-même, en revanche elle en fournit au débat qu'elle sous-tend.

Contrairement à une idée répandue, et sauf à tomber dans un idéalisme béat, ces sujets de structures ou d'appareil ne sont pas des questions extra-politiques.

Le combat politique ne saurait exister en lui-même, comme en apesanteur, il lui faut un substrat pour lui garantir pérennité et cohérence autres que purement idéelles.

Si cette question doit rester seconde par rapport au débat idéologique elle n'est pas secondaire.

Avec cette question « boutiquière » nécessaire et donc honorable, surplombée par notre accord politique mais traitée comme telle, les choix politiques, même clivés, sont totalement libérés car débarrassés de toute interférence équivoque. Les idées se confrontent pour elles-mêmes et pas comme habillage politique de quelque chose qui ne le serait pas.

Le moment est venu d'aborder de front ces questions de structure et de leur restituer enfin le statut politique qui n'aurait jamais dû cesser d'être le leur.

Loin de la chimère qui prétendrait déconnecter structure et projet politique, il s'agit seulement de rétablir entre les deux la hiérarchie correcte : le projet politique doit déterminer sa structure, pas l'inverse. En un mot, rétablir le primat de la pensée politique sur l'esprit de chapelle.

Une telle association de financement commune présenterait de nombreux avantages.

Elle serait entre autre, le réceptacle idéal pour les adhérents directs du Front de Gauche car n'appartenant à personne, ils seraient à tous.

Si le Front de Gauche tarde à traiter cette question financière il se condamne à terme.

Hâtons-nous de politiser le modèle économique du Front de Gauche.

Christian Causse. Lozère

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Auteur: 
Christian Causse