« Le Hareng de Bismarck » : l'enjeu politique

La parution du livre de Jean-Luc Mélenchon « le Hareng de Bismarck » donne lieu à un déferlement médiatique et politique dont l'ampleur ne peut qu'étonner l'observateur rationnel et de bonne foi.

Toute contribution doit être critiquée, le livre de Jean-Luc Mélenchon comme toute autre production intellectuelle.
Depuis la république de Weimar, la question de la stabilité monétaire est très prégnante en Allemagne. Que ce soit fondé ou non - là n'est pas la question - il demeure dans l'inconscient collectif allemand une phobie de l'inflation. Comme d'autres sujets dans d'autres pays (aux Etats-Unis : le chômage).
Nous devons comprendre cela chez nos amis Allemands, en revanche ils ne doivent pas imposer leurs phobies au reste de l'Europe.

On peut reprocher à «le Hareng de Bismarck» de nommer « Allemagne » ce qui est en fait « l'avatar allemand du capitalisme mondialisé ». Ce qui satisferait sans doute les puristes mais rendrait la lecture passablement indigeste.

Mais, en l'occurrence, les attaques dont Jean-Luc Mélenchon est la cible dépassent le cadre de la critique normale d'un simple ouvrage littéraire pour s'apparenter à une bataille politique tout court mais pas honnête car ne disant pas son nom.
La campagne rappelle celle dont nous avons été victimes en 2005 lors de la campagne du NON au TCE. La même violence, le même mépris, la même morgue, la même suffisance des tenants de l'idéologie dominante.

Quand la machine médiatique, véritable 2ème peau du système, s'en prend à Jean-Luc Mélenchon, c'est le Front de Gauche tout entier qui est visé et l'espoir politique qu'il s'agit d'éteindre.
Ne pas le voir ou le sous-estimer serait une faute politique majeure. On ne jette pas de pierre à un arbre qui ne fait pas de fruits.
On peut, dans le Front de Gauche, émettre des critiques, fondées et argumentées, y compris clivées envers Jean-Luc Mélenchon, mais des critiques « de gauche », au service de notre projet politique. Tout le contraire des buts poursuivis par l'aristocratie financière et son clergé médiatique.

Ne pas réagir ou s'accommoder, même implicitement, de la violence contre Jean-Luc Mélenchon, relèverait d'une grave cécité opportuniste car cela reviendrait à laisser arbitrer nos affaires internes par l'adversaire de classe.
Personne dans le Front de Gauche ne devrait joindre ses critiques, mêmes légitimes, au déferlement malsain et très intéressé de l'idéologie dominante.
Il est vain de flagorner les puissants : jamais les libéraux ne nous pardonneront notre victoire de 2005,
les 11 % de la présidentielle et les 200000 manifestants de la Bastille. Tenons-nous le pour dit.

Quoi qu'on en pense, notre ci-devant candidat lors de la présidentielle reste un repère politique pour des milliers de gens parmi les moins politisés. D'un point de vue de la notoriété, Le Front de Gauche dispose là d'un incommensurable capital politique. Il constitue notre bien commun.
L'absence de gestion de ce capital « notoriété » constitue pour le Front de Gauche une faute collective.
Notre obsession -légitime- de nous prémunir contre le culte de la personnalité nous fait en l'occurrence tomber dans un excès inverse. Les dégâts politiques peuvent être tout aussi dramatiques.

Si nous ne percevons pas - ou mal - ce capital politique qu'incarne notre ci-devant candidat, l'adversaire de classe en revanche, l'a parfaitement intégré. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le traitement que le système lui inflige.
Le Front de Gauche ne peut, sans préjudice, ignorer l'artillerie médiatique déclenchée contre les enjeux politiques qu'incarne Jean-Luc Mélenchon.

La seule distance à prendre avec Jean-Luc Mélenchon serait celle qui adviendrait si, d'aventure il était subitement enscensé par la presse de Bouygues, Lagardère, Pinault, Bolloré, Dassault, Niel, Pigasse, Rostchild, Brahi, Tapie, Arnault, Vivendi, etc
Percevons bien le caractère de classe de ces attaques. Ce n'est pas d'aujourd'hui : le « coup de balai » selon Jean-Luc Mélenchon concernait les possédants alors que le « Karcher » de Sarkozy visait les pauvres.
La différence de traitement tient seulement à la différence de classe des concernés.

Il nous faut en finir avec cette hypocrisie qui fait seulement apparaître Jean-Luc Mélenchon comme le « co-président du parti de gauche ». !
« Ensemble » devrait proposer au Front de Gauche d'entamer une réflexion pour définir un statut à notre ci-devant candidat et lui assigner un rôle au service du Front de Gauche tout entier dans le cadre d'un porte-parolat collectif.

Ce serait l'intérêt, bien compris, du Front de Gauche.

Christian Causse
ENSEMBLE Lozère

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Christian Causse