Le pluralisme, condition d’une dynamique plus large

D’accord, il y a la pantalonnade des résultats du premier tour de la primaire du PS. Faut-il en rire, faut-il en pleurer, ou alors être en colère devant l’amateurisme solférinien ? En même temps, une pantalonnade avant une déculottée électorale, n’est-ce pas un ordre logique ?

Mais la polémique ne doit pas masquer la leçon politique : la ligne de Valls, c’est-à-dire son orientation nationale-libérale, est dans les choux, et c’est heureux ; il semble aujourd’hui aussi disqualifié qu’agressif. Des centaines de milliers de citoyens cherchent à rompre avec les renoncements de François Hollande et de ses collaborateurs, Valls et Macron : cela élargit les potentialités d’un rassemblement large pour une alternative politique.

Cependant, on n’est pas obligé de (se) raconter des histoires, en faisant comme si Benoît Hamon n’était pas du tout comptable du bilan de la majorité sortante, dont il a voté la plupart des lois fautives, et parfois scélérates. Ces hommes politiques qui prétendent subitement incarner des projets radicalement différents, sans avoir produit les ruptures nécessaires en temps et en heure, et sans d’ailleurs en envisager clairement dans l’avenir1, on peut peut-être les laisser cheminer un peu, plutôt que de courir… voter pour eux ! Autrement dit : nous ne voulons pas servir d’alibi ni de caution aux prochains combats internes au Parti socialiste (pour en récupérer les lambeaux). Le sort du PS ne nous indiffère pas, dans la mesure où nous visons une recomposition politique grand angle, mais nous ne miserons pas un sou sur les batailles post-électorales de chiffonniers.

Constater que la candidature de Jean-Luc Mélenchon exprime avec force les idées de révolution démocratique et de transition écologique, un projet antilibéral et une visée égalitaire, ce n’est faire preuve d’aucune béatitude. Mais dans le sombre désordre de la décomposition de la gauche, un peu de clarté et d’intelligence pédagogique ne nuit pas ! Reste à souhaiter qu’une fois passées les affres de la primaire, il sera bientôt possible que la dynamique autour de la candidature de Mélenchon devienne visiblement pluraliste - ce qu’elle n’est pas au plan national -, qu’elle dépasse les clivages contreproductifs qui nuisent au rassemblement pour les élections législatives - ce qui n’est pas le cas - et qu’elle contribue aussi, en plus d’une possible présence au second tour, à des mobilisations puissantes de la société.

Gilles Alfonsi, le 27 janvier 2017. Publié dans Cerises.

1. Lors du débat d’entre deux tours, Benoît Hamon a confirmé qu’il soutiendra Valls si celui-ci l’emporte ce dimanche.

 

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