Le rassemblement Aufstehen: La mauvaise stratégie pour battre la droite

Aufstehen (Debout), le mouvement lancé par Sarah Wagenknecht (une des do-présidents de Die Linke) est-il la bonne réponse à la montée du fascisme en Allemagne et au déclin de la social-démocratie ? Certains à gauche en France, et pas les moindres, ont accueilli son lancement avec un certain enthousiasme, alors que des journaux comme Libération lui ont abusivement collé l'étiquette de "gauche anti-migrants" (sic). Alors j'ai voulu savoir ce qu'en pensent les camarades allemands de Marx21, un réseau marxiste à l'intérieur de Die Linke. Je reproduis ci-dessous un article qu'ils ont consacré au sujet et qui date du 4 septembre. Pour lire la totalité de l'article, cliquez sur le lien en bas de cet extrait :

Thèses de marx21 sur le lancement du rassemblement Aufstehen

Le lancement du rassemblement Aufstehen a été accueilli avec enthousiasme dans les médias et auprès du public. Cent mille personnes se sont déjà inscrites sur le site internet du mouvement depuis le 4 août. Selon un sondage publié par le magazine Focus, un tiers des personnes interrogées pourraient envisager à voter pour une telle alliance si elle présentait des candidats aux élections fédérales. Cette popularité illustre l’espoir d’une nouvelle percée de la gauche. La question posée initialement est correcte : Comment la gauche peut-elle se renforcer face aux succès menaçants de l’AfD et à l’érosion de la social-démocratie ? Les réponses politiques qu’apporte le nouveau mouvement sont, cependant, insuffisantes. Les faiblesses politiques du rassemblement apparaissent déjà à la lecture du texte de l’Appel, mais sont encore plus évidentes dans les déclarations et interviews des initiateurs qui l’ont accompagné. Il est important de les garder en tête. Avec la création d’Aufstehen, la lutte dans Die Linke autour de l’orientation du parti entrera dans une phase décisive.

1. Il est nécessaire et correct de défendre la justice sociale et la paix … mais aussi de résister face au racisme et à la démagogie de la droite La crise du SPD trouve son origine dans son orientation pro-capitaliste qui fait que son souci principal est la compétitivité de l’économie allemande. La précarisation au travail et dans la vie de tous les jours, les diktats austéritaires en Europe et la militarisation de la politique étrangère résultent de cette orientation. Ils sont en contradiction avec les aspirations d’amélioration de leur situation de la clientèle social-démocrate traditionnelle. En plus, la Grande Coalition à laquelle participe le SPD poursuit une politique de réduction des budgets sociaux, de réarmement et d’interventions à l’étranger et se sert des réfugié-e-s comme boucs-émissaires. Il est juste et indispensable d’organiser la résistance à cette politique. Pour le faire, il faudra activer et mobiliser beaucoup plus de gens que cela n’a été le cas jusqu’à présent. Seuls, les militant-e-s de Die Linke n’y arriveront pas. Convaincre davantage de personnes à s’engager et à s’activer pour défendre leurs propres intérêts est la bonne méthode. En résumé, nous avons besoin de plus de résistance et de luttes de classe, ainsi que d’une critique radicale d’un système économique qui mène aux crises, aux guerres, aux souffrances et aux catastrophes écologiques.

Le mouvement Aufstehen ne remplit pas ces conditions, en particulier parce que ses initiateurs séparent la lutte pour la justice sociale de la lutte contre le racisme. C’est une mauvaise approche pour affaiblir la droite, et les solutions proposées sont fausses.

2. Un problème majeur avec les dirigeants d’Aufstehen est qu’ils se sont mal positionnés dans le débat sur les migrations, en opposant les besoins des réfugié-e-s à ceux de la classe ouvrière locale

Dans un entretien avec le journal Welt am Sonntag, Oskar Lafontaine a réaffirmé son point de vue que, pour affaiblir l’AfD, l’immigration doit être limitée. Avec Sahra Wagenknecht, il n’a pas réussi à imposer cette position à l’intérieur de Die Linke. Au contraire, le dernier congrès de Die Linke a confirmé l’opposition du parti à une politique isolationniste. En revanche, l’approche de Lafontaine et Wagenknecht à la question migratoire constitue un élément fondamental dans la fondation du nouveau mouvement. Dans un portrait de quelques partisans notables d’Aufstehen, l’hebdomadaire Die Zeit a écrit ceci : « Stegemann et Streeck considèrent que l’appel d’Andrea Nahles [secrétaire-général du SPD] pour une politique pragmatique en matière d’accueil des réfugiés (« Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde ») est le premier résultat du lancement du nouveau mouvement. » Ici, il est remarquable que leur mouvement ne fasse aucune référence aux mobilisations en cours contre [Horst] Seehofer [ministre de l’intérieur allemand, membre de la CSU bavaroise] et contre l’AfD, mais, au contraire, prend explicitement ses distances avec « une culture d’accueil sans limites » (Wagenknecht/Stegemann). Comme un moulin à prières, ils recyclent l’idée que les problèmes sociaux et les conflits pour le partage des richesses qui existent ont été aggravés par l’arrivée des réfugiés – au dépend des Allemands. Ils ne font même pas d’efforts pour fournir des preuves concrètes de cette affirmation.

Cet appel à l’isolement est une mauvaise réponse. Si les migrant-e-s sont traité-e-s comme des bouc-émissaires, alors d’abord cela détourne l’attention des vrais responsables et de ceux et celles qui profitent du dumping salarial et des propriétaires de logements sans scrupules. Les réponses de gauche aux conflits pour des ressources et à la compétition entre les salariés et entre ceux et celles qui cherchent un logement doivent être anticapitalistes et internationalistes. Par conséquent, nous avons besoin de luttes communes avec les migrant-e-s pour une redistribution des richesses, une augmentation du salaire minimum, des logements à des prix abordables et contre la démagogie de droite. (...) 

Lire l'article ici : https://le-nouveau-poireau-rouge.blogspot.com/2018/09/aufstehen-la-mauvaise-strategie-pour.html

 

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Auteur: 
Colin de Saint-Denis