Le "travail de résistances" de Nanterre

Alors que la droite rêve depuis des lustres de conquérir la ville-préfecture des Hauts-de-Seine, Nanterre (90 000 habitants) résiste. Gérard Perreau-Bezouille, premier adjoint au maire de la ville, présente les enjeux et les partis-pris d’une démarche citoyenne ouverte d’élaboration d’un projet de territoire.

La ville est territoire d’émancipation et de transformation sociale, pas une simple marche de conquête pour les appareils politiques. L’échelon local offre de réelles opportunités de mettre en œuvre des politiques en rupture avec le modèle dominant, de travailler à changer le quotidien des habitants de ces territoires. C’est l’ambition que les équipes municipales successives ont, depuis de nombreuses années, à Nanterre. 

Le programme est élaboré à partir de dix ateliers citoyens thématiques tenus au dernier trimestre 2013 et avec un travail de toutes les composantes de l’équipe sortante (PS, EELV, Communistes et d’Initiative citoyenne, MRC).

Pour gagner les élections puis, ensuite, assurer un pilotage cohérent, la ville, que nous voulons être "Nanterre pour tous"1 a aussi besoin d’une équipe. Un accord a été finalisé avec ces mêmes composantes début janvier.

Aujourd’hui, les façons de s’engager, les luttes et actions menées sont pleinement plurielles tant par leurs acteurs et leurs formes que par leurs objectifs. Nanterre, comme nombre d’autres villes de banlieues, a une longue tradition militante. Les mobilisations populaires sur des thèmes en apparence locaux mais en fait de portée bien plus large contribuent à l’appropriation par les habitants des questions politiques, à ce qu’ils s’emparent de la chose publique et à construire l’identité de la ville.

Avec la mobilisation pour la défense de l’hôpital de Nanterre, c’est le droit à la santé et la question de la place des services publics que nous posons. Avec celle contre la simple extension de La Défense sur le territoire de Nanterre, c’est celle du visage de la métropole en cours d’élaboration. Avec celle sur les gares se pose le droit à la mobilité, à la centralité pour tous…

Avec le forum des droits, le forum contre les discriminations, avec "quartiers populaires et politiques", Gauche citoyenne2 a participé à ces mobilisations, et à ce travail d’éducation populaire, mais la visée et le rassemblement vont très largement au-delà : la réélection de Jacqueline Fraysse comme députée, a été une étape déterminante.

Une action municipale validée

Nous sommes sortis renforcés de la longue séquence électorale qui s’est achevée le 17 juin 2012 ; c’était un véritable premier tour pour les municipales.

Le résultat obtenu par Jacqueline Fraysse doit être évalué dans un contexte général très défavorable. Plusieurs éléments à prendre en compte :

- l’élection de François Hollande et l’appel à lui donner une majorité parlementaire constituaient un aspirateur de voix pour les candidats socialistes,

- contrairement à certaines prévisions, la "vague rose" a bien eu lieu ; amplifiée en Ile-de-France, elle a principalement submergé les autres forces de gauche.

- La moitié des députés sortants du Front de gauche ont été battus, dont 5 en Île-de-France (2 sur 3 dans les Hauts-de-Seine, 2 sur 4 en Seine-Saint-Denis, 1 dans le Val-de-Marne)

Dans ce contexte difficile pour la gauche non socialiste, le résultat est remarquable à Nanterre. Nous n’avons pas seulement résisté, nous avons nettement progressé par rapport à toutes les élections législatives depuis 1981. Ainsi, pour ne prendre que la comparaison par rapport à 2007, la progression de Jacqueline Fraysse au premier tour est de 5,1 %.

Dans toutes les circonscriptions où il y avait un député sortant Front de gauche, un défi énorme était à relever : retrouver la totalité des voix Mélenchon du 1er tour de l’élection présidentielle, et faire basculer une partie importante de l’électorat de François Hollande. À Nanterre, nous avons atteint cet objectif dans des proportions très élevées avec un gain de 3 000 voix et de 21 %  sur le 1er tour de l’élection présidentielle.

Comment expliquer ce résultat ? Il n’y a pas une raison mais plusieurs :

- la qualité et la crédibilité de notre candidate

- l’adhésion de l’électorat de gauche à l’action municipale (le vote confirme le sondage réalisé pour le bilan à mi-mandat)

- le contenu de notre campagne fondé sur une volonté de réussir le changement : "Pour que la gauche réussisse"

- des propositions fortes arrimées à une pratique locale (mobilisations sur l’hôpital, La Défense, le métro à la Boule, le logement, l’école, etc.)

- une volonté de rassembler largement les citoyens bien au-delà de ceux qui avaient voté Mélenchon (appels de soutien reflétant bien cet élargissement dès le début de la campagne).

Si la vague socialiste a été neutralisée à Nanterre, c’est avant tout parce que notre candidate est apparue comme la plus crédible pour incarner le changement. Cette victoire joue un rôle majeur dans la séquence actuelle, elle positionne très favorablement le maire et son groupe.

Un paradoxe entre utopie et gestion

La campagne des élections législatives a mis en évidence des divergences d’approche au sein du groupe "Communistes et d’Initiative Citoyenne" (CIC)2 et plus largement parmi ceux qui avaient soutenu Jean-Luc Mélenchon à la  présidentielle.

Dès le début de la campagne, deux lignes politiques sont apparues. L’une s’attachait à défendre une continuité avec l’élection présidentielle, à vouloir capitaliser autour de la dynamique qui s’était créée dans la campagne de Jean-Luc Mélenchon, à mettre en avant une identité "Front de gauche" très forte, dans le cadre d’une vision essentiellement "centralisée" des batailles politiques. L’autre orientation de campagne - celle qui a été choisie et mise en œuvre car elle correspond au mouvement réel - a suscité parfois des réactions très virulentes, elle s’est surtout attachée à mettre en avant le contenu des propositions en leur donnant sens localement, la crédibilité de notre candidate, la diversité des soutiens, avec l’objectif de rassembler très largement l’électorat de gauche, et ainsi de travailler à la fédération des énergies, de contribuer au rapport de force plus global.

Il est important d’insister sur le fait qu’à aucun moment, sur aucun sujet, nous n’avons transigé avec le contenu de notre projet de transformation de la société. Par contre, et délibérément, nous avons considéré qu’une mise en avant unique de l’identité Front de gauche ne correspondait pas à la diversité de l’électorat de gauche qu’il nous fallait rassembler. Ce choix, qui a été validé par le suffrage universel, ne diminue en rien la portée du résultat obtenu par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

Ces deux lignes continuent de coexister au sein de notre groupe CIC. Nous continuons ensemble bien sûr, car ce ne peut être que la pratique, le réel, qui tranche et qui tranchera.

À cela s’ajoute le débat, majeur, sur la construction d’une majorité dans laquelle, depuis plusieurs mandats, une place importante est accordée au Parti socialiste. Nous sommes en désaccord profond avec celui-ci, qui, par les décisions qu’il prend au sommet de l’État et au sein de l’Union européenne, donne toujours plus de gages au capital, ne cesse de réduire les capacités d’actions des collectivités, nous impose une politique d’allègement fiscaux pour les entreprises et en même temps de réduction des services publics locaux et de la dépense publique en général, une politique clairement d’inspiration néo-libérale. Nous sommes là en plein dans le paradoxe que nous gérons au quotidien, entre utopie et gestion.

"Travailler les résistances"

Pour les municipales de mars 2014, le niveau des exigences auquel nous devrons faire face monte. L’élection de Patrick Jarry à la présidence de l’EPADESA3 est une bonne chose pour Nanterre, même si elle ne s’appuie pas, comme en 2000 pour l’EPASA, sur un contenu négocié ; mais chacun doit mesurer les nouvelles responsabilités, les questions politiques et d’organisation que cela pose. D’autre part, la récente loi créant la métropole de Paris est un enjeu majeur : la question est structurante (compétences, finances), elle pèse fortement sur l’avenir de Nanterre, sur sa capacité à agir, sa place dans la métropole, la nature de celle-ci ; et les groupes de la majorité ne partagent pas la même analyse. Un nouveau conseil est créé au sein duquel se pose la question de la représentation de Nanterre au suffrage indirect. Le bipartisme dans les institutions continue d’avancer. Tout cela est sans commune mesure avec les vicissitudes de notre expérience d’intercommunalité. Et j’ajoute la loi sur le non-cumul des mandats...

Il s’agit donc de maintenir tous les équilibres, de travailler à une liste qui prenne bien en compte ce que Nanterre est devenue, de poursuivre les transformations en cours dans le cadre d’un programme élaboré de manière citoyenne, de permettre à chacun de trouver et prendre toute sa place dans sa ville. La réussite des dix "ateliers-citoyens", autour de notre thème de campagne  "Nanterre pour tous" va dans ce sens.

Car, dans la continuité du travail mené par les équipes successives animées par Jacqueline Fraysse puis aujourd’hui Patrick Jarry, "Nanterre pour tous" c’est :

- un Nanterre solidaire

- un Nanterre pluriel (et non un "bastion")

- un Nanterre métissé, fort de ses diverses diversités (et non pas seulement une "ville ouvrière") 

- un Nanterre qui s’appuie sur sa jeunesse

- un Nanterre participatif où les différentes initiatives produisent un sens commun

- un Nanterre où le projet sportif local donne toutes ses dimensions au fantastique parcours de notre équipe de basket

- un Nanterre culturel, dans une ambition renouvelée où création rime avec participation.

Deux points importants pour terminer : le dessein écologiste et les aspects financiers. Nanterre doit travailler la transition écologique et donc réinventer son fonctionnement et son aménagement. Le cadre financier et fiscal (réforme de la taxe professionnelle, transfert intercommunalité, modalités de la péréquation…) a été profondément modifié, il est injustement contraignant. Nous avons réagi, imposé un pacte financier à la Communauté d'agglomération du Mont-Valérien (CAMV),  animé des luttes, obtenu un premier recul sur le Fond de solidarité des communes de la région Île de France (FSRIF). Il faut bien sûr continuer d’exiger de l’État, des autres collectivités territoriales, les moyens qui nous sont dus. Il faut aussi prendre en compte, en liaison avec les mutations de la société, que le modèle de développement (populations à faible revenu, produits fiscaux sur les entreprises conséquents) propre à quelques villes en région parisienne est cassé.

Ce qui compte c’est de  "travailler les résistances".

Gérard Perreau-Bézouille, publié sur le site de Cerises.

1. http://www.nanterrepourtous.fr/

2. Sites de 2 des composantes du groupe municipal "Communiste et d'Initiative citoyenne" (CIC) : http://www.gauchecitoyenne.fr/ - http://www.pcf-nanterre.fr/
3. Établissement public d'aménagement de la Défense Seine Arche

 

La solidarité au cœur d’un projet participatif

L’appel de Jacqueline Fraysse, députée des Hauts-de-Seine : « Élue depuis plus de 30 ans, je suis très attachée à notre ville, je suis très attentive à son destin. J'ai proposé de figurer en fin de liste pour que des jeunes accèdent à des postes de responsabilité dans la prochaine équipe municipale ; je me consacrerai ainsi à mon mandat de députée.

Continuer l'embellissement de tous les quartiers, poursuivre l'ouverture de la ville dans l’Ouest parisien  concrétisée en 2000 par la mise en place de l’E.P.A. Seine Arche que j'ai présidé et qui a permis la réalisation des terrasses, développer les services au bénéfice de tous, mais aussi garder la diversité sociale et culturelle de Nanterre à deux pas de la Défense, avec la solidarité au cœur pour respecter chacun et n'abandonner personne, voilà autant d'axes de travail auxquels je tiens.

Le maire et les élus qui l'entourent ont poursuivi sur cette voie,  je m’en félicite comme d'avoir pu contribuer à ce que la prochaine équipe garde les qualités, que j'avais initiées, de diversité et d'ouverture au-delà des clivages partisans et des origines de chacun. C’est essentiel pour permettre la participation active des citoyens et leur rassemblement sur un projet partagé.
Je suis donc optimiste pour Nanterre et vous invite à soutenir notre liste de large rassemblement.
»

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