Le vote pour le Brexit était-il un vote raciste ?

Article traduit du journal britannique Socialist Worker, 24 juin 2016

Les campagnes officielles pour et contre le Brexit, et les médias conservateurs, ont renforcé le racisme contre les migrants, et ont entrainé le débat vers la droite. Mais la majorité des gens des classes populaires n’est pas raciste. Les villes et les quartiers ouvriers ont voté très fortement pour le Brexit, mais l’idée qu’il s’agit d’un vote raciste de la part de la « classe ouvrière blanche »[1] ne colle tout simplement pas.

Les trois villes en dehors de Londres ou les « Blancs britanniques » sont en minorité[2] ont voté largement pour le Brexit. A Luton, où 45% de la population est « Blanc britannique », le vote a été de 56,5% en faveur du Brexit, avec une participation de 66,2%. Même chose à Slough où 34,52% de la population sont « Blancs britanniques ». Le vote pour le Brexit a été de 54% sur une participation de 62,1%. Et à Leicester, où 45% de la population sont « Blancs britanniques », 48,0% ont voté pour sortir de l’UE, avec une participation de 65%.

Les londoniens ont voté davantage pour rester dans l’UE, mais le Brexit jouissait d’un bon niveau de soutien parmi les classes populaires du capital. A Newham, 47,2% des voix se sont exprimés pour sortir de l’UE. Cette commune de l’Est de Londres est une des parties les plus pauvres et les plus multiculturelles de la capitale, et seul 17% de la population sont « Blancs britanniques ». En banlieue, à Barking and Dagenham, les électeurs ont voté à 62,4% pour le Brexit. Là aussi, seuls 49,46% des résidents sont « Blancs britanniques ».

Il ne s’agit pas de nier l’existence du racisme au sein de la société britannique, ni de prétendre que l’immigration n’ait pas été la question centrale pour beaucoup d’électeurs, en particulier parmi ceux qui ont voté la sortie de l’UE. Mais les sondages montrent une situation contradictoire. Quand on pose la question de façon abstraite, 42% de la population disent que l’impact de l’immigration sur le pays a été négatif. Mais 52% des pro-Brexit et 47 % des anti-Brexit disent que l’immigration ne leur a pas affecté personnellement. C’est un fait marquant, dans une situation où tous les jours un homme politique où les médias expriment des horreurs racistes et tentent de montrer du doigt  les immigrés.

Des millions d électeurs des classes populaires ont choisi de se révolter contre les élites, et en même temps ils sont nombreux à accepter des idées réactionnaires concernant l’immigration. Mais ceci est dû en partie à l’absence de campagnes publiques pour contredire les mensonges racistes. Il faut s’unir contre l’austérité et contre le racisme et se battre côte à côte. Il ne faut surtout pas abandonner les électeurs des couches populaires, en se disant qu’ils ne sont que des racistes

(Traduction John Mullen)

[1] Une vision beaucoup mise en avant à la télévision française.

[2] Au Royaume-Uni lors du recensement on demande aux gens de dire à quel groupe ethnique ils appartiennent (« Blanc britannique » « Noir britannique » « Indien » etc.). On peut donc savoir pour chaque commune les statistiques ethniques sur les résidents.

 

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Auteur: 
John Mullen