L’élection présidentielle est-elle compatible avec la démocratie ?

En janvier 2003, les Amis de Tribune Socialiste rendaient compte d’un de leurs échanges sous le titre « Faut-il un président ? »1. Treize ans plus tard et un an avant la Présidentielle de 2017 qui focalise déjà les appareils et les entrepreneurs politiques, le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme2 a choisi d’organiser son premier débat public le 2 avril 2016 sur le thème « L’élection présidentielle est-elle compatible avec la démocratie ? ». Même si le second titre peut être considéré comme plus explicite que le premier, on devine une préoccupation commune à 13 ans de distance.

Il n’est pas certain que la gauche de gauche ait fréquemment porté cette préoccupation durant les campagnes présidentielles des décennies passées. Moins encore le Parti communiste français. Si le courant autogestionnaire et, plus généralement, les différentes organisations d’extrême gauche ont été sensibles à la critique des institutions après 1968, l’élection présidentielle modèle Ve République a rarement été analysée comme un dispositif aliénant et légitimant la démocratie du capital. Les différentes organisations composant ce qu’on appelle aujourd’hui la gauche radicale, sans être dupes, participaient à la campagne présidentielle à la fois pour disposer d’une plus grande audience, notamment par le biais médiatique et pour obtenir un score honorable susceptible de renforcer le « camp révolutionnaire ».3

Certes, la crise de la démocratie et de la représentation politique, largement liée à celle de la Ve République n’est devenu un objet politique central que de façon progressive. Elle a accompagné les difficultés croissantes du capitalisme. La gauche de transformation sociale et écologique a néanmoins pris du retard pour estimer son importance.

Aujourd’hui, la clé de voûte de la Ve République, l’élection présidentielle au suffrage universel à deux tours, suscite différentes initiatives de contestation, mettant l’accent sur l’obstacle que la Présidentielle constitue pour faire vivre une véritable démocratie citoyenne.

En témoignent les divers appels à des primaires de la gauche nés durant les premiers mois de 2016, dont la charge subversive était d’importance variable, qui n’excluaient évidemment pas toute manœuvre politicienne4.
En témoignent aussi les prises de position d’un nombre croissant d’intellectuels, d’acteurs et actrices du mouvement social ou de simples citoyennes et citoyens qui ne se retrouvent plus dans les formes traditionnelles de la politique en général et de l’élection présidentielle en particulier5.

Le modèle gaullien d’un homme ou d’une femme providentiel s’adressant directement à un peuple-objet, sans médiation des organisations citoyennes, sans débats collectifs sur les éléments essentiels des projets proposés, susceptibles de les faire évoluer, n’est plus adapté aux exigences actuelles de la démocratie.

Le risque est alors d’accroître encore la distance qui sépare la classe politique, de plus en plus perçue comme homogène, de la grande majorité des citoyens, accentuant la désaffection populaire et donnant des gages supplémentaires au Front national.

Les institutions de la Ve République qui établissent une véritable monarchie présidentielle constituent un puissant verrou bloquant toute possibilité de dépasser la crise de la démocratie. Et plus cette crise perdure, plus elle menace de rendre inutiles les fondements de la démocratie aux yeux de millions de femmes et d’hommes. C’est pourquoi les mobilisations visant à dépasser ce verrou doivent s’amplifier.

Allons plus loin. On peut légitimement se demander si, dans une perspective d’émancipation, il est politiquement tenable d’être présents à cette échéance sans y défendre une perspective alternative : celle d’une autre République s’appuyant sur un régime parlementaire et participatif, remettant en cause la professionnalisation massive de la politique (non cumul de mandats à la durée limitée) en valorisant une démarche misant sur une inversion de l’organisation des pouvoirs, de bas en haut, du quartier et de la localité à l’échelle nationale et internationale. 

On doit aussi imaginer une campagne non pas purement réduite à des opérations de communication visant à souligner les mérites d’un grand architecte mais organisant une véritable appropriation collective des débats et des choix, susceptible de mettre en mouvement des dizaines de milliers de participants, quelque chose comme un véritable mouvement populaire pour changer la vie.

Pour traiter ces questions plus en profondeur, le Réseau pour l’autogestion, les alternatives, l’altermondialisme, l’écologie et le féminisme a fait appel à trois intervenants : Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, Arthur Leduc, militant d’Ensemble ! et Pierre Zarka, animateur de l’Observatoire des mouvements de la société et de l’association des Communistes Unitaires.

Qu’ils soient ici remerciés pour leurs interventions le 2 avril 2016 et leurs contributions écrites. Nos remerciements vont aussi à la revue ContreTemps qui en a permis la publication.

Guy Giani. Publié dans le numéro 32 de Contretemps.

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