L’épreuve municipale, un tournant à négocier

Ce week-end, le premier tour des élections municipales risque d’avoir des allures contradictoires. Selon un sondage Ifop, 28% des Français seraient prêts à ne pas se déplacer pour cause de coronavirus, ce qui pourrait modifier les coordonnées du scrutin. Alors, à quoi peut-on s’attendre ?

Une raclée électorale pour la macronie est à portée de main. Il est frappant de voir que le « nouveau monde » se révèle pour de qu’il est, un alliage de vieilles recettes et d’ancrage à droite toute. Il est notable que ce soit souvent des maires LR qui ont hérité du label LREM. La tour d’ivoire dans laquelle s’est retranché le pouvoir en place n’est pas un repli convaincant pour renouveler avec la confiance des électeurs. Fait symptomatique, Édouard Philippe, pourtant ancien maire du Havre, est en difficulté dans son ancien bastion face à Jean-Paul Lecoq, candidat communiste prêt à lui ravir la mairie en conduisant une liste de large rassemblement. Après le 49.3, le Premier ministre dévisse dans les sondages. Quant à Paris, la campagne d’Agnès Buzyn n’atteste pas d’une grande forme dans cette ville où le potentiel LREM est pourtant très fort… Bien que réjouissante, cette possible claque électorale pourrait être gâchée par le score du Rassemblement National. La formation d’extrême-droite, élections après élections, cultive son implantation locale et menace de s’appuyer sur davantage d’élus municipaux. Une majorité de la population (56%) pense désormais que son arrivée au pouvoir est possible. Les prophéties auto-réalisatrices des années précédentes nous avaient déjà embarqués dans un deuxième tour quasi obligatoire face à Marine Le Pen. Cette ascension dit l’urgence à bâtir une alternative émancipatrice face au duopole Macron/Le Pen.

Malgré les nombreuses expériences de rassemblement au sein de la gauche et des écologistes, c’est l’éclatement qui domine. Les combinaisons sont si multiples qu’il est bien difficile de s’y repérer. Il n’y a pas lisibilité nationale, les résultats seront d’ailleurs plus longs et plus difficiles à analyser. Réjouissons-nous que la composante citoyenne soit à l’honneur dans cette élection. Elle confirme l’immense demande d’implication qui ne cesse de s’exprimer dans notre société, sous fond pourtant d’une terrible crise de confiance dans nos institutions. Malheureusement, chaque formation politique à gauche a tout de même voulu miser avant tout sur un succès personnel dimanche, comme si cela éclairerait automatiquement le champs politique pour 2022, l’épreuve municipale passée. EELV espère une vague verte et n’a, pour l’essentiel, accepté de rassemblement que derrière une candidature de sa propre formation. Le PS croit pouvoir sortir de ses décombres à l’occasion de cette élection locale où il compte un nombre significatif de sortants. À l’inverse, la FI n’a pas de maillage municipal constitué : elle ne peut donc, presque mécaniquement, sortir que renforcée en nombre d’élus– ne doutons pas que les insoumis sauront valoriser leur percée. Enfin, les communistes doivent relever le défi de conserver leurs derniers bastions historiques pour escompter ne pas plonger plus avant dans le déclin. De Génération.s à Place publique, d’Ensemble à la Gauche Républicaine et Socialiste, il reste encore de petites organisations qui, en général, sont venues prêter main forte à des configurations unitaires. Bien malin qui peut y voir clair dans ce paysage atomisé…

La période de l’après-municipale sera ainsi cruciale pour notre camp social. Le double défi qui s’impose scellera la possibilité en 2022 d’en finir avec Macron et son ticket gagnant qu’est Marine Le Pen. Conjurer l’avènement des égos et le spectre de la division ne sera pas une tâche facile, et reposera autant sur la capacité de se rassembler que de faire émerger un projet commun sur lequel peut reposer une telle tentative. L’ébullition sociale et écologique du pays nous rappelle chaque jour l’immense potentiel d’une option radicale de transformation que nous portons à gauche mais de façon encore trop dispersée. Nous n’avons plus le droit à l’erreur, avant la ligne droite de la présidentielle. Un tournant est à négocier, serrons à gauche ! Vertement !

Clémentine Autain et Elsa Faucillon

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