Les droites radicales populistes xénophobes en Europe

La montée des droites populistes xénophobes du continent européen a franchi une étape qualitative lors des dernières élections européennes de mai 2014, avec notamment leur passage en tête dans des pays importants, montée partiellement contrariée par de mauvais scores dans d’autres pays.

Il est impossible de tenter de décrire l’ensemble de ces courants, chacun ayant un ancrage spécifique dans sa situation nationale qu’il faudrait dès lors expliquer aussi. Il est en revanche possible d’énoncer un certain nombre d’idées, qui toutes connaissent des exceptions, mais qui dégagent  néanmoins des tendances et éléments utiles pour l’intelligibilité de la situation que vivent les Européens.

La première idée est que ces courants constituent une réalité continentale

Ces droites existent dans presque tous les pays européens, de la Grande-Bretagne à la Russie, de la Scandinavie à la Grèce ou à l’Italie, en passant par La France, la Belgique, la Suisse, l’Autriche, la Hongrie.

Ces droites ont connu une montée en puissance globale depuis le début des années 1980.

Pour la première fois, en 2014 elles sont arrivées en tête dans trois pays (Royaume-Uni, France, Danemark) et sont depuis 2003 le premier parti de Suisse. Dans quatre pays ces courants dépassent 25 % des suffrages exprimés.

Les espoirs de ces courants, encouragés par les sondages publiés début 2014, de devenir la première force électorale dans leur pays ont été déçus lors du scrutin européen aux Pays-Bas1/ et en Autriche.

En Hongrie, un parti néo-fasciste, Jobbik, se maintient à près de 15 % alors qu’une droite dure (Fidesz) a gagné plus de 50 % des voix, en Grèce les quasi 10 % du parti néo-nazi Aube Dorée ont provoqué un choc politique. En Belgique, le premier parti (en Flandre comme au niveau national) est le parti nationaliste flamand xénophobe N-VA, mais sans liens généalogiques avec l’extrême droite qui a siphonné l’électorat du Vlaams Belang.

Il n’est donc pas possible de résumer la situation à la stabilité apparente que font apparaître les décomptes électoraux officiels : ces courants, qui plusieurs décennies durant furent politiquement inexistants, constituent aujourd’hui une des principales forces politiques dans plusieurs pays européens, dont cependant les sociétés, les économies et la structuration du champ politique différent radicalement.

Il est possible d’en décrire certains points communs essentiels

Les droites radicales xénophobes populistes ne peuvent être décrites par un terme unique, cependant ces structures partagent des éléments politiques et idéologiques essentiels qui les distinguent tant de la gauche que des courants libéraux, chrétiens-démocrates ou conservateurs de la droite d’après la Deuxième Guerre mondiale. Ces partis, malgré des différences importantes, partagent un certain nombre d’axes politiques, un squelette idéologique, des articulations de problématiques qui permettent d’affirmer qu’il s’agit bien d’un courant, d’une famille politique réelle, et non d’une galerie de monstres politiques inclassables.

- Ces courants craignent tous le déclin de leur nation/peuple/ethnie.

Même en Allemagne, où ce courant existe (encore un temps ?) sans réelle expression électorale, dans la première puissance économique de l’Union européenne le best-seller populiste xénophobe s’intitule Deutschland schafft sich ab (« l’Allemagne disparaît »), et a été vendu à 1,5 million d’exemplaires la première année de parution.

Pour ces courants politiques les sociétés européennes déclinent et sont menacées de disparition culturelle et/ou biologique.

- Ces droites désignent toutes une menace intérieure et extérieure : les immigrés et minorités nationales ou religieuses (musulmans) sont l’ennemi intérieur, l’Islam est la menace extérieure. Mais la source du déclin est exogène, elle résulte d’une agression par des acteurs malintentionnés plus que d’un épuisement des moteurs de la civilisation occidentale.

- Elles expriment une méfiance vis-à-vis des oligarchies et des institutions européennes. Le capitalisme financier international  veut la destruction des peuples, de leurs cultures, de leurs identités, et les institutions européennes constituent le relais de ce dessein sur le territoire du continent.

- Ces mouvements se réclament tous du peuple, d’un « vrai peuple » qui serait charnel, authentique, enraciné, et qui s’exprimerait par le biais des partis xénophobes, de leurs chefs et souvent directement par référendums.

- Ces mouvements enfin expriment une demande de volonté politique, de résistance, un volontarisme enraciné dans un retour aux sources par la remobilisation des valeurs nationales, européennes, occidentales, valeurs qui sont considérées dans leur dernier état. Ainsi les valeurs occidentales font référence dans leur formulation moderne intégrant la démocratie parlementaire, les libertés religieuses, le rôle des femmes dans la société, la pratique d’un libéralisme culturel et du point de vue des mœurs.

Ces mouvements, au-delà de leur matrice commune, expriment néanmoins entre eux des différences ou nuances très réelles.

- Les courants qui veulent la destruction de leur État-nation (Italie du Nord, Flandres, identitaires de la Ligue du Midi) sont plus européistes que les mouvements s’exprimant à l’échelle de leur État-nation.

- Les raisons qui poussent l’allemand Thilo Sarrazin à écrire, après « l’Allemagne disparaît », « L’Allemagne n’a pas besoin de l’euro » sont proches de celles des droites populistes du Danemark (On paye indûment pour les pauvres du Sud), mais différentes de celles du FN français (l’euro nous fait perdre notre souveraineté économique) ; il y aurait le refus de l’Europe des nations prolétaires et celui des riches.

- Si Marine le Pen affirme que « Le Front national a toujours été favorable au sionisme et a toujours défendu le droit à l’existence d’Israël »2/ et si Geert Wilders, aux Pays-Bas, pourrait dire l’équivalent de son parti le PVV, le Jobbik Hongrois est à la fois anti-israélien et antisémite.

- Une différence réelle, mais en pratique peu essentielle, vient de ce que certains de ces mouvements sont issus de l’extrême droite, ils ont modernisé leurs discours, réalisé un aggiornamento idéologique, ou apparaissent essentiellement comme des néofascistes ou néo-nazis (Vlaams Belang, Front National, NPD, Jobbik, Aube Dorée), alors que d’autres ne sont pas issus de l’extrême droite (les partis qui se sont succédé aux Pays-Bas, l’UDC suisse, l’UKIP britannique).

Ces structures catalysent des demandes politiques préexistantes

Ces courants politiques se manifestent sur le plan politique par des structures parfois éphémères, qui apparaissent et disparaissent, ou qui s’affaiblissent et rebondissent.

Quelques exemples de volatilité sont parlants :

- En Grèce, l’extrême droite était représentée par le mouvement Alerte populaire orthodoxe LAOS (qui en grec signifie « Peuple »), nationaliste ultra orthodoxe, christianisme façon popes et vapeur d’encens, qui obtint plus de 5 % des voix fin 2009. Puis ce mouvement décida en 2011 de participer au gouvernement d’austérité. Résultat : son électorat le quitta pour se reporter sur Aube Dorée, un mouvement de néonazis violents, d’une culture politique et de références extrêmement éloignées de celles du LAOS. Aube dorée frôle les 10 % aux européennes de 2014, alors que le LAOS perd son député.

- En Hongrie, le Jobbik, qui a atteint 20 % des voix aux législatives d’avril 2014, a électoralement succédé au Parti hongrois de la justice et de la vie (MIÉP) qui avait dépassé 5 % des voix en 1998 et qui depuis a disparu de la carte ; lors de la transition, les deux partis réunis en cartel électoral « Troisième Voie » n’avaient réuni, ensemble, que 2,2 % des suffrages aux législatives de 2006.

- En Belgique, le Vlaams Belang, s’est effondré en 2014 au profit du N-VA, Nieuw-Vlaamse Alliantie, qui ressemble fort au VB, le parfum d’extrême droite en moins, et qui est devenu le premier parti de Flandre et de Belgique.

A contrario, le FN français est malgré ses crises un exemple de continuité, il est resté depuis 1980 le parti dominant de l’extrême droite française.

Ces faits démontrent que ces différents partis catalysent et cristallisent un espace politique préexistant, et que les particularités de leurs références politiques assumées sont très secondaires.

De ce point de vue la situation en Allemagne est particulière : il existe déjà dans ce pays un espace idéologique et culturel pour l’affirmation de droites populistes islamophobes, les scores réalisés à certains moments par des listes locales suggèrent que cet « espace » pourrait atteindre 10 % à 20 %. Néanmoins la fonctionnalité maintenue d’un système essentiellement bipartisan, ajouté au fait que l’Allemagne jouit des bénéfices d’être la principale économie du continent, et que son industrie est devenue une espèce d’organisatrice de l’industrie européenne, ces deux facteurs limitent l’expression nationale d’une contestation de droite populiste.

La deuxième idée est que ces droites sont un symptôme d’une crise de la conscience européenne

Il s’agit bien d’une crise de civilisation, crise du sens, crise identitaire, crise des perspectives et pas seulement des effets directs de la crise économique.

Nous disposons des outils intellectuels pour comprendre ces situations.

Paul Hazard a décrit ce genre de période de mutation à propos du moment charnière entre les 17e et 18e siècles3/. Les débats et controverses ont préparé intellectuellement les idées qui ont permis la Révolution française en faisant de leurs prémisses un cadre de pensée dominant. Au même moment, et en pensant à d’autres périodes, Gramsci, depuis sa prison, pensait la constitution des hégémonies culturelles dans leur rapport avec le politique.

Dans les années 1960 la sociologie américaine a défini et décrit les « paniques morales », lesquelles nous permettent de comprendre le mode de propagation épidémique de craintes radicales quant à la survie de la civilisation européenne au motif de l’affirmation religieuse d’une partie des musulmans d’Europe.

Aujourd’hui nous sommes dans une contre-révolution silencieuse qui impose dans les esprits des éléments essentiels d’une vision du monde identitaire « occidentaliste »4/, et faute de mener la guerre culturelle nécessaire, la gauche n’aura pas d’autre avenir que de disparaître5/.

Nous avons affaire à une translation vers la droite de l’axe de gravité politique et intellectuel auquel participent l’adoption de plus en plus assumée de thèmes nationalistes et xénophobes par des fractions importantes, parfois majoritaires, de mouvements qui du point de vue politique font partie du « pilier » droit de la vie politique parlementaire classique. Il existe un continuum, une fusion au moins partielle, des thématiques et des électorats entre la N-VA et le Vlaams Belang en Flandre, entre le Fidesz et le Jobbik, entre l’UMP et le FN. La radicalisation du premier élément de chaque couple, qui appartient à la droite « classique », n’est pas prise en compte dans la mesure électorale de la poussée des droites xénophobes européennes. Pourtant cet élément pèse puissamment sur le climat idéologique et culturel de chaque pays. Plus encore : il crée les conditions pour que les États adoptent, comme ce fut le cas dans presque tous les pays européens, des mesures visant les migrants, les non nationaux, les libertés publiques, etc.

Cette crise s’alimente à des phénomènes paneuropéens dont plusieurs sont spécifiques à ce continent.

- Crise du sens : les choses semblent connaître une involution, aller dans le mauvais sens, par exemple les enfants ont moins de perspectives d’ascension sociale que leurs parents.

La marche du monde devient incompréhensible, semble ne plus avoir de sens, d’intelligibilité.

- Crise économique : mais surtout décrochage d’un continent qui a décidé de stopper sa croissance le temps de rembourses ses dettes.

- Crise identitaire : les choses changeant en mal semblent menacer les identités collectives, sociales, culturelles, religieuses.

- Perte de la capacité d’agir politique : les lois aveugles du marché prennent le pas sur les choix sociaux, la responsabilité des États s’efface devant la machine administrative bruxelloise, le Parlement européen fonctionne comme une « grande coalition permanente ».

- Fin des grands récits et des projets émancipateurs, des projets collectifs.

- Perte de toute ambition continentale : créer un zone de libre échange étendue ne peut servir de projet mobilisateur commun à des peuples aussi divers.

La troisième idée est celle du bouleversement du champ politique (pas seulement du champ électoral)

Ce n’est donc pas la montée en puissance électorale des droites xénophobes lors des élections européennes qui déforme le champ politique existant, et ce d’autant plus que leur score global n’a pas augmenté d’un scrutin européen à l’autre. Si c’était le cas il faudrait les contraindre au repli et le champ politique antérieur occuperait à nouveau tout l’espace, une fois celui-ci débarrassé des « intrus » xénophobes. C’est un bouleversement global qui est à l’œuvre, et dont une des manifestations est la croissance du poids électoral de formations politiques de la droite radicale. Ce bouleversement continuerait à faire effet quand bien même ces formations connaîtraient un échec électoral lors de prochaines échéances, locales, nationales ou européennes.

L’espace politique dans lequel agissent ces groupes est le fruit d’un réagencement radical, accompagné de changements dans les règles du jeu, les comportements politiques et sociaux.

La fin du bipartisme en est une autre manifestation, un autre symptôme. L’effacement de la dynamique d’une vie politique bipartisane ou bipolaire, c’est dans plusieurs pays européens la fin d’un mode d’appartenance politique, dans lequel les citoyens participent à la vie sociale via leur engagement dans un pilier soit social-démocrate soit conservateur ou chrétien démocrate, un ensemble parti, syndicat, mutuelles, mouvements associatifs, appartenance religieuse en cohérence avec une appartenance de classe ou avec une manière de concevoir son appartenance de classe. Cette dynamique de la vie sociale et politique s’affaiblit décisivement dans les pays européens où elle a fonctionné parfois pendant des décennies, à l’occasion d’un réagencement des comportements des couches sociales et de fractions de l’électorat selon d’autres critères.

- Le symbole de la mort des systèmes bipartisans vient de Grande-Bretagne, où la victoire échappe au couple Labour/Tories pour la première fois depuis 1918.

- Un autre signe à l’échelle continentale est la forte érosion du nombre d’élus des deux groupes parlementaires dominants à Bruxelles, le PPE de droite et le social-démocrate. L’érosion de la social-démocratie dans un grand nombre de pays est « compensée » par le bon score de la social-démocratie allemande, pays où le bipartisme s’affaiblit sans cesse mais fonctionne encore, et du Parti démocrate en Italie  où, au contraire, on peine à repérer d’un scrutin européen à l’autre les forces à comparer pour mesurer les évolutions, voire du Parti social-démocrate roumain qui progresse, dans un étrange attelage avec le Parti conservateur.

- La fin du système bipartisan ou bipolaire est nettement corrélée à l’émergence d’un acteur de droite radicale ou populiste xénophobe en Grande-Bretagne (UKIP), en France (FN), en Autriche (FPÖ), mais les deux phénomènes n’entretiennent pas de lien de causalité, car si l’émergence d’une force de droite radicale puissante met forcément à mal la tranquille alternance bipartisane, les systèmes bipartisans subissent des reculs très importants en l’absence de droites radicales.

- Ainsi, dans l’État espagnol, un bipartisme récent et bousculé par l’émergence de forces politiques des nations catalane et basque a subi un recul sévère, le poids cumulé de la droite et du PSOE chutant d’un scrutin à l’autre de plus de 80 % à moins de 50 %.

De même, aux Pays-Bas, si le PVV n’a pas obtenu dans les urnes le triomphe annoncé dans les sondages qui l’avaient longtemps placé en tête, le duo des forces politiques dominantes n’en a pas moins subi une déroute aux élections municipales, déroute qui a maintenu les positions de l’extrême droite (plus large que le seul PVV) et a profité à une fraction de la droite (sorte de Modem local), qui est passée en tête lors des européennes, et à la gauche radicale (SP), qui est ensuite passée en nombre de voix aux européennes devant la social-démocratie, social-démocratie reléguée au sixième rang !

L’effondrement du VB en Flandre (qui contribue  d’un point de vue strictement électoral à limiter la poussée lors des dernières européennes) se fait au profit d’un groupe de droite nationaliste, xénophobe et homophobe. On a échangé un groupe nationaliste flamand occidentaliste issu de l’extrême droite pour un parti nationaliste flamand et occidentaliste issu de la droite de gouvernement. Au total le camp « occidentaliste » s’est encore renforcé.

Le bipartisme fonctionne donc en Allemagne, au Portugal (malgré une poussée de la gauche radicale), et à Malte.

Modification des comportements politiques. Les votes sont utilisés pour envoyer des messages, avec une certaine efficacité et une sorte d’intelligence collective (pour des messages parfois peu progressiste). Les « votes sanctions » en témoignent qui tendent à se multiplier en Europe. Les citoyens attendent que leurs votes servent à quelque chose, faute de quoi ils ne se déplacent plus. On assiste donc non point à une simple volatilité, mais à des déplacements massifs de voix, ou des variations des taux d’abstention en fonction des enjeux du moment.

Ainsi, en Grèce, un électorat d’extrême droite sanctionne le LAOS qui a cautionné l’austérité. Dans la même logique, quand le FPÖ autrichien oublie ses promesses « sociales » en participant au gouvernement, il est sanctionné et son électorat ouvrier le quitte provisoirement. En Flandre, l’électorat nationaliste change de monture pour faire passer le même message.

Aux Pays-Bas, la coalition au pouvoir prend une raclée aux municipales de 2014, alors même que le PVV ne présentait pratiquement pas de liste.

En France c’est une quasi grève du vote de plusieurs fractions de l’électorat de gauche qui assure le triomphe du Front national.

Fin des liens obligés entre couches sociales ou fractions de la population et vote.

La classe ouvrière européenne divorce d’avec la social-démocratie. Partout les liens se distendent, parfois ce sont les droites populistes qui captent la majorité relative des suffrages ouvriers exprimés6/.

La base populaire de la droite divorce d’avec les conservateurs/libéraux, soit pour être protégée de la crise, soit pour s’isoler de la pauvreté des autres.

Les Européens non blancs et/ou musulmans commencent à utiliser leur poids électoral.

Des couches nouvelles basculent vers des valeurs identitaires, au nom de la modernité et des valeurs du libéralisme culturel, brisant ou affaiblissant le lien entre les droites xénophobes du XXIe siècle et les extrêmes droites du XXe siècle.

Ce qui est nouveau, c’est la capacité à exprimer la crise et à devenir fonctionnels.

Les populistes xénophobes ont réussi un exploit qu’aucun courant politique n’avait su réaliser auparavant : exprimer un message politique européen. Cela vient couronner leur capacité croissante, pays par pays, à être fonctionnels du point de vue de leur électorat.

Le message est un message d’insatisfaction, il est objectivement une protestation contre l’absence de volonté politique européenne. Le drame pour la gauche est que dans certains pays, en particulier la France, plusieurs items que la droite radicale porte au premier plan auraient dû être pris en charge – autrement certes – par la gauche : la protestation contre le carcan austéritaire, et l’exigence d’une expression de volonté politique et démocratique. À propos du troisième que la gauche devrait frontalement combattre, la xénophobie, celle-ci est aux abonnées absents car elle s’abstient de formuler un projet européen « inclusif », elle fait comme si la pluralité de l’Europe était restée seulement celle des vieilles nations, sans bâtir de perspective mobilisatrice tenant compte de la réalité continentale des millions d’Européens arabes, noirs, asiatiques, et/ou musulmans.

Le passage en tête, dans plusieurs pays, des droites populistes leur donne virtuellement la capacité de donner le coup de grâce aux systèmes bipartisans là où ils sont contestés. Cette « fonctionnalité » virtuelle peut leur permettre d’atteindre des niveaux électoraux encore plus élevés.

Conclusion

Les mouvements populistes xénophobes constituent l’une des manifestations politiques de la constitution d’un bloc « occidentaliste » en voie de cristallisation et capable de s’imposer durablement en tant qu’idéologie dominante.

Si ce bloc arrive à imposer sa fonctionnalité pour imposer l’échelon national comme outil d’expression des populations face au projet d’Europe libérale, la gauche dans son ensemble risque de ne plus être un acteur politique fonctionnel. Le « modèle » social européen muterait en un mode de fonctionnement plus autoritaire de sociétés clivées (un mélange de discrimination, d’apartheid, et d’institutions sociales et d’entreprises communautaires).

Si la gauche radicale arrive à mener la « guerre culturelle » et politique nécessaire, et que l’alternative à l’Europe du capital s’incarne en des acteurs sociaux  et politiques transnationaux mobilisant les peuples européens dans leur diversité, alors les droites populistes xénophobes redeviendront des témoins idéologiques sans fonctionnalité, et l’obstacle social-démocrate à toute alternative populaire et démocratique en Europe s’effondrera.

René Monzat. Publié dans Contretemps n°22.

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