Les élections législatives dans la Somme

L’élection du 12 juin s’annonce difficile dans notre département picard.
Seul député élu par les gauches en 2017, François Ruffin se représente avec le soutien d’Assia Hayat activiste reconnue d’Amiens Nord qui sera sa suppléante. Les équipes de Macron lui opposent Rifflart, médecin et élu amiénois réputé pour une pugnacité rare contre la gauche. Le choix de ce profil mise sur le délitement malheureusement avancé des réseaux communistes et socialistes à Abbeville et dans les villes d’activité textile jusqu’aux années 70, Flixecourt et Ailly-sur-Somme, les pôles avec Amiens nord d’une circonscription géographiquement biscornue. Le deuxième tour s’y annonce serré, tant la République en Marche a besoin de symboles comme la mise à mal du contestataire Fakir dans la ville de Macron.
Deux circonscriptions sont passées de gauche à la droite en 2017. Le binôme LFI-PS devrait rassembler largement à Amiens sud et Amiens centre pour imposer un second tour à la ministre Barbara Pompili. En Picardie maritime, dont Peillon fut l’élu, le Parti communiste repart avec l’alliance constituée en 2017 avec le PS et les Verts, alliance cette fois élargie à LFI.
Les deux circonscriptions de l’est du département ont été en 2017 le jouet du duel droite – Front national. Il est question d’un parachutage de Bardella dans la cinquième circonscription : la contestation sous les couleurs des gilets jaunes y fut massive en janvier 2019, le maillage urbain Doullens, Albert, Péronne et Roye y soutient des filières très actives économiquement. Des décennies de carences de l’éducation nationale y tirent en revanche les actifs vers les bas salaires et le déni des qualifications, tous facteurs traditionnellement favorables aux droites les plus réactionnaires et désormais à des migrations vers le clan Le Pen.
La 4ème circonscription est également de longue date sous emprise de la droite et depuis 2017 le siège est dévolu à un macroniste face auquel le rassemblement des gauches est emmené par EELV.
Il y a un an les gauches s’accordaient dès le premier tour de l’élection régionale pour ne pas laisser au second tour droites et extrême-droite face à face, au risque bien réel que le clan Le Pen prenne de nouvelles positions institutionnelles. En décembre 2015, la spirale destructrice des années Valls-Hollande avaient propulsé la liste Le Pen en deuxième place derrière la liste LR-UDI-Chasse-Pêche-Nature. Il est donc très positif que l’élection législative voit un.e seul.e candidat.e de gauche face aux candidats de Macron, de Le Pen et du LR Xavier Bertrand. Réunions de préaux, cafés politiques et porte-à-porte devraient donc pouvoir s’organiser sans trop d’obstacles dans chacune des cinq circonscriptions.
L’objectif maintenant pour le 17 juin est de mettre en échec les moyens déployés par le gouvernement, la région, le département et la majorité des municipalités pour réaliser le grand chelem LR-LREM dans la Somme. Pour cela, il y faut plus que l’addition de 5 campagnes, il faut des initiatives des cinq candidat.e.s et de leurs comités de circonscription sur les enjeux posés par les droites sur l’avenir de celles et ceux qui ne vivent que du RSA, sur le droit effectif au travail et aux retraites, contre la compression des salaires et le matraquage des équipes qui œuvrent dans la santé ou dans l’école…
L’essentiel est devant nous : au premier tour de 2017 dans la Somme, seulement 25% des exprimé.e.s s’étaient portés sur les quatre candidat.e.s de gauche les six candidat.e.s de 2022 n’ont réuni qu’un petit 26%. Le temps presse donc pour qui veut reconstituer une capacité d’opposition dans les urnes.
Le choix d’Assia Hayat pour la suppléance dans la première circonscription marque un premier pas dans cette reconstruction nécessaire d’une capacité à agir politiquement à gauche. En effet, le fait le plus déterminant de ce scrutin n’a-t-il pas été le vote à gauche des trentenaires et quadras intérimaires aussi bien que bobos ? Leur réaction à la prévalence médiatico-sondagière des Zemmour, Le Pen a été massive ; dans ces classes d’âge se cherchent les moyens d’affronter les fils rouges gouvernementaux des vingt dernières années pour tisser les solidarités incluant les banlieues, les réfugié.e.s et toutes celles et ceux ayant intérêt à réinstituer les droits et les institutions des salarié.e.s et de l’immense majorité des citoyen.ne.s.
Ce nouveau cycle de polarisation politique s’est lu dans les bureaux de vote urbains de la Somme dès le 10 avril dernier, comme dans bien d’autres régions et territoires. Ajoutons que cette polarisation de gauche marginalise définitivement les cadres jeunes et moins jeunes de ces réseaux qui revendiquaient dans les années Valls-Hollande « progressisme » écologique et social, sens de la gouvernance et surenchères de laïcismes. Leur morgue n’avait pas sombré dans le naufrage de Hollande se retirant au dernier moment en 2016 et la défaite sans appel de Valls face à Hamon. L’agitation d’un Hollande au lendemain de la décision de ne présenter qu’un.e seul.e candidat.e dans les 577 circonscriptions face aux droites et extrêmes-droites a fait long feu : elle n’a rencontré d’écho dans aucun courant d’opinions que ce soit.

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Auteur: 
Eugène Bégoc