Les jeunes sont-ils de droite ?

Selon de récentes enquêtes, les 18-24 ans seraient désormais deux fois plus nombreux à se dire de droite que de gauche. Un symptôme de l’échec de François Hollande, mais aussi de l’absence de proposition politique de la part de la gauche de gauche…

C’est un sondage réalisé par Elabe qui a déjà fait couler beaucoup d’encre : les jeunes Français seraient de droite. Avec gourmandise, Le Figaro s’est engouffré dans la brèche, ravi de l’aubaine. Si les interprétations hâtives peuvent être dénoncées, la fiabilité du sondage interrogée, il n’en reste pas moins que les chiffres avancés par le sondage Elabe confirment toutes les tendances constatées ces dernières années. Il y a près d’un an, dans ces mêmes colonnes, nous soulignions l’emprise du vote FN parmi les catégories les plus jeunes de l’électorat.

Dans ce sondage récent publié par Atlantico, si 28% de l’ensemble des français se classent à gauche, 29% à droite et 11% au centre, dans la tranche 18-24 ans, ils ne sont que 17% à se déclarer de gauche contre 35% à droite. Dit autrement, alors que l’appartenance partisane est plutôt équilibrée parmi l’électorat, il y a deux fois plus de jeunes se classant à droite que de jeunes se classant à gauche. C’est une inquiétante évolution qui a pourtant quelques explications.

L’introuvable priorité jeunes de François Hollande

Souvenez vous, le quinquennat de François Hollande devait être placé sous le signe de la jeunesse « priorité numéro un ». La promesse de campagne résonne comme une mauvaise blague dont le président de la République est, paraît-il, coutumier. Trois ans et demi après son élection, on serait bien en peine d’énoncer ne serait-ce qu’une proposition concrète du gouvernement en faveur de la jeunesse.

Les 18-24 ans sont confrontés à une double peine : l’extrême difficulté à entrer sur le marché du travail et l’explosion de la précarité pour ceux qui parviennent à travailler. La conséquence de cette situation est une forte progression de la pauvreté dans les couches les plus jeunes de la population. À cela, on pourrait ajouter les conséquences sur le cadre de vie. L’impossibilité à disposer de revenus fiables entraîne mécaniquement une impossibilité à s’émanciper du cadre familial. C’est en particulier vrai dans les grandes villes où le niveau des loyers, les exigences des agences immobilières et l’absence de logements sociaux rendent quasi impossible la possibilité même de disposer de son propre appartement.

Dans ces conditions, comment s’étonner que les jeunes qui s’étaient massivement portés sur la candidature de François Hollande s’en détournent massivement aujourd’hui ? Dans un sondage publié par l’IFOP en septembre 2014, les intentions de vote pour Marine Le Pen pour la présidentielle de 2017 oscillaient entre 30 et 37% chez les 18-24 ans. Pire encore, dans l’hypothèse d’un second tour Hollande Le Pen, 61% d’entre eux voteraient pour la candidate du Front national

Mobilisations de droite et encéphalogramme plat à gauche

À cela s’ajoute la réalité et les dynamiques politiques des mobilisations de ces dernières années. Le long épisode de la "Manifestation pour tous" a incontestablement drainé une partie de la jeunesse qui n’est pas simplement celle des beaux quartiers, catholiques traditionalistes. Rassemblée autour de thématiques réactionnaires, cette partie s’est non seulement radicalisée à droite, mais aussi engagée politiquement.

À l’inverse, les mobilisations dans la jeunesse scolarisée sont désespérément atones. Si, comme toujours, il y a bien eu quelques mouvements de grève dans les lycées, épars géographiquement et limités dans le temps, il n’y a rien eu qui permette de coaguler un sentiment politique progressiste, même diffus. La dernière mobilisation d’ampleur, celle du CPE, remonte à 2006 – autant dire qu’il s’agit de la préhistoire pour la jeunesse actuelle. Pourtant, ces mouvements, centrés sur des questions de justice (pas de smic jeunes), d’égalité (contre la hausse des droits d’inscriptions par exemple) mettaient au cœur la lutte contre les inégalités sociales et le droit à un avenir dans cette société. En cela, ils produisaient un embryon de conscience politique de gauche.

L’évanescence de la frontière gauche-droite que génère le Parti socialiste depuis tant d’années, et singulièrement sous le quinquennat de François Hollande, trouble bien sûr les repères. Mais plus fondamentalement, c’est l’absence de perspectives, l’incapacité à produire un grand récit mobilisateur pour l’avenir qui pénalise la gauche, toute la gauche. De ce point de vue, il y a urgence pour la gauche radicale à se ressaisir, il n’y aura pas de réalisation d’un projet émancipateur sans capacité à entraîner les couches les plus jeunes du salariat. Il est temps de se mettre au travail.

Guillaume Liégard. Publié sur le site de Regards.

http://www.regards.fr/web/article/les-jeunes-sont-ils-de-droite

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