Les liliputiens eux-mêmes ont pu gagner

Swift, au tout début du 18e siècle, était un sommet d’humour noir, que Marx admirait.  Et un petit détour par l’humour noir doit bien être autorisé, par les temps qui courent ! Nous savons sa Modeste proposition concernant les enfants des classes pauvres : « un bébé sain et bien nourri constitue à l’âge d’un an un plan délicieux ». Voilà de quoi soulager  les femmes irlandaises en 17291.

Dans les voyages où il ridiculise les prétentions de l’Empire et des conflits entre la France et l’Angleterre, il montre comment un symbole de la puissance de la Couronne se fait ficeler et soumettre par les Liliputiens, un peuple composé d’êtres de tout au plus quinze centimètres de haut.

Une affaire qui nous concerne tous, hier, aujourd’hui, demain…

Quand nous songeons à notre Jupiter, la solution était assez simple. Peut être le dirons nous bientôt. Il suffirait de faire comme ce petit peuple : tous s’y étaient mis et le spectacle vaut beaucoup de vidéos.

Chacun a travaillé avec les autres pour ficeler le plus grand que tout. Certes, la presse du Grand a répété, « l’archaïsme de chacun est honteux et refuse le grand mouvement ». Et le Grand a dit : « devant les changements indispensables, ils sont fainéants ». Mais tous ces petits, en fait savaient beaucoup de choses : quand on ne voit pas ce qui est mieux, on rejette ce qui est trouble ! Si tous s’y mettent, l’effet du choc est d’avoir mis beaucoup de monde sur le pont…

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Résumons un peu. Celui qui s’occupe de tout, et qui nous renseigne sur la qualité de ses lits de camp (une nuit à Saint Martin), pour montrer sa force et sa disponibilité, a un pouvoir légitime très relatif : il a obtenu 24% à un Premier tour d’élection, et il est entouré de ce Parlement dont la totalité des élu.e.s ne représente même pas 50 % des électeurs inscrits.

Chacun et chacune se dit : il nous menace dans les collectivités territoriales ; il a déjà laissé de côté le travail que faisaient des « emplois aidés » et ils seront au chômage, il annonce la fin de la SNCF au profit du purement privé, et aussi une politique du logement pour faire plaisir aux promoteurs les plus rapaces au détriment des logements sociaux, il veut aussi appliquer les décisions que Monsieur Gattaz, Président du MEDEF veut laisser en héritage à son successeur.  Tout cela a un but, et sa clique de conseillers de toute la droite socialiste (Attali, et les ex-serviteurs affidés de Dominique Strauss-Khan…) lui ont expliqué : il faut un choc ; ce peuple ne veut pas de réformes mais peut accepter que la société soit transformée. Bref, un grand chamboule-tout devrait tétaniser les opposants et faire passer quand même.

N’oublions pas les limites de l’éducation du jeune Rastignac. Le même, il y a un an, disait que les ouvrières étaient illettrées. Nous avons affaire à une graine élevée en pot dans uns serre climatisée. Bien protégé, la fleur resplendit ; arrive une panne électrique elle meurt ou s’étiole.

La presse de droite veille et s’emploie à diffuser des prédictions auto-réalisatrices du genre « vous verrez que leur journée du 12 septembre sera un échec ». Les conseils aux journalistes étaient déjà écrits ; mais le gouvernement a dû avouer qu’il y avait des manifestations aussi fortes que les premières du mois de mars 2016. Allons, confiance : quelqu’un se souvient-il d’une mobilisation aussi visible dès avant la Fête de l’Huma ?

Cependant, bien sur, il y a une façon de faire en sorte qu’Emmanuel Jupiter-Gulliver gagne ses batailles. C’est qu’une partie des liliputiens reprenne une dispute avec les autres : « pour faire tenir un œuf, il faut le poser sur le Petit-bout » ; « non, sur le Gros-bout »… A la jouer solo, à croire qu’il faut « être le premier », l’avenir risquerait d’être assuré.

Donc juste un mot, dont les plus anciens se souviennent : à la rentrée 1995, après avoir gagné la Présidentielle, Chirac avait nommé « le meilleur » d’entre eux, et Juppé, « droit dans ses bottes » avait provoqué un mouvement tel qu’il avait dû retirer une partie de ses mesures mais largement fait passer l’essentiel. Sa majorité à lui devenait moins combatives et Chirac avait décide de dissoudre l’Assemblée. Chacun disait « pourquoi se suicide-t-il ? » ; et finalement Chirac s’est maintenu douze ans, enchaînant un premier quinquennat après son septennat.

Personne d’entre nous ne souhaite de semblables prolongations ! Il faut donc, simplement comme les liliputiens, se rassembler pour ficeler les offensives du ci-devant Emmanuel Macron tombé de son Olympe. La résolution qui a été adoptée par Ensemble le 10 septembre le dit avec clarté : Nous agissons pour un « Tous ensemble ». Les conditions n’existent pas tout de suite ; mais sa préparation, dans les discussions, autour de pétitions de protestation, de discussion sur les solutions alternatives possibles, est une nécessité pour changer de façon durable et forte le rapport des forces face à cette majorité. Notre option, qui souligne la nécessité de l’unité d’action à construire, permettra d’ouvrir les dialogues indispensables, partout, pour préparer la possibilité d’un tel mouvement. 

Aujourd’hui prépare demain. Des liliputiens au « Tous ensemble », de l’humour noir à un horizon démocratique porté par les luttes collectives.

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Auteur: 
Pierre CS Montreuil