Les salarié-es du commerce de Paris ne désarment pas contre Macron

Le ministre Macron de Hollande-Valls, qui n’est ni socialiste, ni de gauche, n’y va pas avec le dos de la cuiller. Sa loi à peine promulguée en août, mais non votée faute de majorité, il enfonce le clou avec des décrets d’application provocateurs. Une grande partie de Paris intra-muros est tout de go décrété « zone touristique internationale » (ZTI), ce qui permet aux grandes enseignes qui en bénéficieraient d’obliger les salariés à travailler tous les dimanches et même de nuit –pardon,  « on » dit  en « travail en soirée » dans la novlangue libérale, car une soirée, cela fait penser à quelque chose d’agréable- mais sans compensation. Et cela contrairement aux fameux 12 dimanches autorisés de la nouvelle loi Macron (au lieu de 5 auparavant), mais avec compensations doubles, extension qui faisait l’objet des premières mobilisations à la fin 2014 et au début 2015. Mais justement, ces 12 dimanches autorisés, « personne n’en veut plus maintenant parmi les patrons », explique Karl Ghazi, de la CGT commerce, qui est membre du Collectif de liaison interprofessionnel du commerce de Paris (CLIC-P : CGT, CFDT, SUD, UNSA), car avec les zones touristiques élastiques, à Paris et trois autres villes, il y a des affaires à faire pour un coût salarial inchangé.  Macron va donc bien plus loin que prévu avec ces zones touristiques.

C’est une mécanique désormais rôdée : les patrons commencent initialement par violer la loi ; les syndicats font appel à la justice et gagnent, mais les patrons font ensuite un chantage à l’emploi et à la fermeture de magasins (exemple le magasin Sephora des Champs-Elysées qui avait ouvert illégalement jusqu’à minuit). Et exigent de changer les lois en faisant du chantage : nous y sommes. Comme l’explique Karl Ghazi : « S’il est justifié de travailler la nuit pour vendre du parfum aux touristes, alors c’est justifié pour vendre n’importe quoi qu’autre». Et la mécanique enclenchée ne s’arrête pas, au nom de la libre concurrence ! C’est cela le libéralisme : il faut sans arrêt faire avancer le rouleau compresseur, et tenter d’étouffer dans l’œuf toute réaction. 

Dans ces zones touristiques, il y a par exemple les magasins de la place d’Italie (13ème arrondissement), zone ô combien fréquentée par des hordes de touristes !  Mais il y a surtout au total, sur la surface prise en compte, l’ensemble des magasins FNAC de Paris, véritable cadeau fait à leur PDG qui frétillait sans doute d’impatience pour créer des emplois, mais aussi toutes les plus grandes chaines commerciales de prestige. Macron donne jusqu’au 15 septembre aux syndicats pour donner leur avis sur ces zones. Et jusqu’au 15 octobre pour un autre avis afin d’ouvrir toutes les gares au commerce lucratif.  Le caractère touristique de la gare de Bercy ou de la gare d’Austerlitz (tournée vers le centre de la France) n’aura échappé à personne !

Bref, la loi Macron révèle son vrai visage : une tromperie doublée  d’une volonté de mettre à genoux les salarié-es. Le projet (non sans lien avec la réforme créant les métropoles)  est de faire de Paris une métropole de pointe dans la mondialisation, dans le commerce de luxe, de masse et touristique, dans la perspective plus générale d’habituer toute la société à la chaine continue du travail et des circuits d’achats non-stop, 24h sur 24, 7 jours sur 7. Et cela dans une société fragmentée dans ses repères,  avec des statuts salariaux éclatés, des jeunes précaires contraints à tout pour obtenir de maigres revenus, des jeunes femmes chef de familles mono-parentales obligées à des journées d’enfer ou de jongler avec les gardes d’enfants.

Mais très vite en cette rentrée, les salarié-es du commerce se remobilisent. Le mardi 8 septembre, une assemblée générale à l’appel du CLIC-P (et ouverte à la presse et aux forces politiques prêtes au soutien) a réuni plus de 160 personnes et syndicalistes, pour débattre et prendre des décisions d’action. Il y a un parfum de révolte dans l’air. La conscience de la disparition des petits commerces et de la diversité urbaine, se double pour les habitants et riverains soumis aux va-et-vient touristiques, d’une crainte de baisse de la qualité de vie de quartier. S’ajoutent les heurts que cela produit dans les acquis historiques de la gauche (droit au repos, droit à une vie de famille…) : si ce choc n’a pas empêché l’adoption de la loi, il a produit un débat de société, et finalement un vrai débat politique, contraignant le gouvernement à utiliser les instruments d’autorité (49-3) à trois reprises, pour imposer sa loi par une sorte de coup d’état institutionnel. Lequel pourrait se répéter pour d’autres projets à venir.

Une première grève et un rassemblement devant le ministère Macron à Bercy sont décidés pour le mardi 15 septembre (11h). Il est possible que les salariés du commerce figurent en tête de cortège à la manifestation lors de la journée nationale unitaire du 8 octobre. Au-delà, la discussion a commencé pour une grève bien plus puissante du commerce à la mi-octobre. Un texte d’appel de soutien (voir ci-dessous) est signé par les syndicats du CLIC-P (et ouvert à d’autres), le Front de gauche, EELV, la Confédération des commerçants de France (qui regroupe des centaines de milliers de petites enseignes dans les centres villes, menacées d’asphyxie). La Mairie de Paris affiche une position plutôt anti-Macron et ouvre une procédure de « question prioritaire de constitutionalité » (GPC), pour atteinte à la liberté de gestion du maire. Il reste aux socialistes frondeurs à élever la voix. Un vrai front anti-Macron peut se construire, et isoler le gouvernement dans son intégrisme libéral.

Jean-Claude Mamet

Appel de soutien :

Unis contre la généralisation du travail du dimanche et la nuit !

Mépris de la représentation nationale, mépris de la démocratie locale : les premiers projets de décrets et d’arrêtés sur le travail du dimanche et de nuit dans le commerce à Paris confirment la volonté du Gouvernement d’avancer à marche forcée.

Dès le départ, les syndicats de salariés ont dénoncé les slogans creux, les arguments fallacieux et les mensonges.

Emmanuel Macron se disait pour le respect du principe du repos dominical. Il ne voulait y déroger que dans des situations extrêmes, là où les « touristes étrangers se retrouvaient devant des portes closes », le dimanche et s’en allaient par « wagons entiers » vers d’autres capitales « concurrentes ».

La réalité éclate aujourd’hui aux yeux de tous, au travers des textes réglementaires d’application. Le ministre de l’économie veut la généralisation du travail le dimanche et la nuit dans le commerce. La quasi-totalité des gares parisiennes pourront ouvrir leurs magasins le dimanche et pas seulement celles qui connaissent un trafic international important. Des zones où les touristes s’égarent rarement s’apprêtent à devenir « Zones touristiques internationales » (ZTI), incluant tous les centres commerciaux de la Capitale.

La loi Macron est bien un instrument de dérégulation du temps de travail (entre autres) au service des patrons des grandes enseignes commerciales.

Par trois fois, l’article 49-3 a servi devant l’Assemblée nationale, pour lui imposer un texte à l’évidence minoritaire. A la suite de ce coup d’état parlementaire, Emmanuel Macron récidive dans la Capitale, ignorant les délibérations du Conseil de Paris.

En nous opposant ensemble aux textes qui déréglementent le travail du dimanche et la nuit, nous voulons dire notre attachement au jour de repos commun, à la santé des travailleurs et particulièrement des travailleuses, mise en cause par le travail de nuit. Nous voulons préserver la diversité des enseignes commerciales, défendre le droit des riverains à des moments de tranquillité.

La dérégulation va encore affaiblir les toutes petites Entreprises du commerce qui contribuent à la spécificité de Paris : ainsi, comment un commerçant, qui exploite seul ou en couple son commerce, va-t-il pouvoir ouvrir 7 jours sur 7 et jusqu’à minuit ?

Au moment où les patrons des grandes enseignes jubilent, nous voulons dire notre conviction que nous sommes une large majorité à nous opposer à cette déstabilisation de la Capitale, de ses salariés, de ses habitants et de son commerce indépendant.

Nous voulons dire qu’ensemble, nous pouvons mettre un premier coup d’arrêt à ce libéralisme autoritaire et arrogant qui se croit tout permis et se sent pousser des ailes.

Le 11 septembre 2015. 

Les organisations du Clic-P
La CNT-SO
La Confédération des commerçants de France
Femmes Egalité
EELV
Le Parti de Gauche
Ensemble !
Le P.C.O.F.
Le Groupe PCF-Front de Gauche au Conseil de Paris
L' UEC
Les Jeunes Verts
Le NPA

 

 

 

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