Lettre ouverte à Carole Delga

Vous avez été maire, députée, ministre, et vous êtes actuellement présidente de la Région Occitanie. Je n’ai jamais eu aucun doute sur votre regard peu à gauche de la gauche. Vous avez ainsi voté plusieurs lois (dont la fameuse « loi Travail ») dégradant les droits des salarié.es et des privé.es d'emploi. Lois que même le patronat n’osait pas formuler tout haut. Vous avez aussi augmenté le temps de travail des agent.es sous votre responsabilité à la Région Occitanie. Ces deux exemples étant assez clairs quant à votre positionnement loin des valeurs sociales de la gauche.

Mais il y a toujours eu dans la gauche une ligne historique : faire bloc toutes et tous ensemble contre l’extrême-droite et le fascisme. L’attaque violente du groupuscule d’extrême-droite de l’Action française le jeudi 25 mars 2021 en plein cœur du Conseil Régional d’Occitanie aurait pu être de ces moments où la gauche fait bloc. Et pourtant, au lendemain même de cette attaque, vous avez désigné un ennemi : l’UNEF. Reprochant à ce syndicat étudiant de proposer des groupes de paroles pour les personnes victimes de racisme et/ou de discriminations et/ou de violences sexistes et sexuelles. Réunions que vous appelez « non-mixtes », utilisant les mots et arguments de l’extrême-droite. Vous avez aussi, avec tout autant de violence, refusé de soutenir la candidate de votre parti à l’élection régionale en Ile-de-France. Audrey Pulvar a pourtant été insultée lorsqu’elle a exprimé son vécu comme femme noire, son soutien à des personnes en souffrance et son soutien à des personnes victimes de racisme et/ou de discriminations. Bref, plutôt que de faire bloc, vous avez fissuré le bloc.

Et pourtant, vous avez, comme nous toutes et tous, écouté Mélanie Luce expliquer que l’UNEF a commencé à mettre en place des groupes de parole concernant toutes les discriminations suite à des violences sexistes et sexuelles (https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/franceinfo/votre-instant-pol...). Vous savez tout cela, et pourtant vous maintenez vos propos, vous insistez. Vous continuez à vous asseoir sur des dizaines d’années de luttes féministes et antiracistes. Non seulement vous fissurez le bloc, mais vous y donnez des coups violents afin de précipiter sa chute.

Il est vrai que vous déployiez un grand talent pour faire oublier que vous étiez un soutien fort de Manuel Valls pour la primaire socialiste de l’élection présidentielle, surfant sur son discours identitaire bien loin de « l’internationalisme socialiste ». Pour faire oublier que vous avez voté la réforme constitutionnelle incluant la déchéance de nationalité. Vous êtes prompte à donner des leçons d’appartenance à la République alors que vous avez voté pour casser un héritage républicain de la Révolution française. Cette réforme constitutionnelle incluait d'ailleurs aussi la possibilité de donner tout le pouvoir à l’exécutif pour décréter arbitrairement perquisitions et assignations à résidence, notamment, sur la base de simple soupçon, en attribuant des pouvoirs étendus au Préfet et à la police, au détriment de la justice. Ces mesures ayant été utilisées dès leur mise en place contre... les mouvements sociaux et les mouvements écologiques...

Thomas Portes pose la question suivante : « depuis quand  accepte-t-on que les brevets de républicanisme soient décernés par la droite et l’extrême droite ? » Rappelant que « c’est Marine Le Pen, présidente du RN, qui a dégainé en première s’érigeant en procureure et appelant à engager des poursuites pour incitation à la haine raciale. Personne n’est là pour lui rappeler que ce mouvement s’est construit sur les cendres de la nostalgie de Vichy avec comme co-fondateurs des hommes condamnés pour collaboration avec l’Allemagne nazie ? Marine Le Pen se place en Marianne de la République mais présentera aux départementales dans la Somme un candidat fondateur de Génération Identitaire, récemment dissout pour... incitation à la haine raciale. Tartuffe. » (http://www.regards.fr/politique/article/tribune-depuis-quand-accepte-t-on-que-les-brevets-de-republicanisme-soient).

Ce qui me choque, enfin, c’est votre cynisme et vos calculs électoraux. Comme toute polémique médiatique, elle vise à détourner l’attention. Détourner l’attention des questions sociales et écologiques que, comme présidente de la Région Occitanie, vous ignorez en permanence. Car la question est bien là : des élections régionales arrivent, et vous souhaitez être réélue. Vous utilisez donc cette séquence pour fracturer la gauche et vous faîtes le pari que cela vous permettra d'être réélue.

Prendre prétexte de réunions « non-mixtes » pour s’en prendre à l’UNEF, voire soutenir l'appel à sa dissolution, mettant dos à dos Génération Identitaire et l’UNEF, est indigne et irresponsable. Le climat aujourd’hui est brun. L’expression « islamo-gauchisme », inscrite sur une banderole retrouvée dans les locaux du Conseil Régional et scandée par l'Action française dans l'hémicycle que vous présidez (« mort aux islamo-gauchistes » a été hurlé par ces personnes), est l’équivalent du judéo-bolchévique d’il y a quelques années. Certaines et certains d'entre nous sont désormais des cibles et celles et ceux qui nous visent savent que le bloc antifasciste et antiraciste a des failles. Personne, ou si peu, n'a relevé que dans son communiqué de revendication l'Action française se réclame d'une ministre du gouvernement actuel (en l'occurence madame Vidal) !

Nous, nous continuerons à faire bloc. Et il n'y aura aucune faille dans notre combat.

 

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Auteur: 
mbrabant