Lettre ouverte à Jean-Michel Blanquer

Monsieur Jean-Michel Blanquer,

Je suis professeur de mathématiques-sciences-physiques en lycée professionnel, à mes heures perdues formateur académique, et à mes heures encore plus perdues militant syndical à la CGT.
Vous êtes ministre de l'Education nationale, vous avez été recteur et DGESCO, à vos heures perdues militant politique du "Laboratoire de la République", et à vos heures encore plus perdues militant en défense d'une myriade d'associations des milieux de droite et catholiques.

Si je me permets de venir vers vous, c'est simplement que nous avons eu l'occasion de nous croiser quelques fois et que j’ai du mal à comprendre à quoi vous jouez. D’autant plus que de jeu, il n’y en a pas.

Lorsque j'étais secrétaire académique de la CGT Educ'action Créteil et que vous étiez recteur de l'académie de Créteil, nous avons eu des débats très contradictoires entre vos diverses mesures, comme cette "cagnotte" ridicule pour "lutter contre l'absentéisme en lycée professionnel", et nos revendications syndicales dont j’ai l’audace de penser qu’elles n’étaient pas si ridicules. Débats respectueux et francs même si nous étions toujours en désaccord sur le fond. Je vous avais un peu titillé lors de votre départ comme DGESCO avec un communiqué célébrant le « joyeux Noël de l'hyper-recteur ».

J’ai le souvenir de votre passage dans mon lycée professionnel lorsque je travaillais à La Courneuve : suite à une agression d'une enseignante, nous nous étions mis en grève et avions exigé des moyens (comme une heure de concertation par semaine payée ou l’embauche d’assistant.es d’éducation ou encore des classes à moins de 15 élèves…). Les personnels étaient en souffrance mais avaient des propositions de réponses concrètes et pédagogiques face aux difficultés et à la violence.

De ces deux expériences, on peut imaginer que vous auriez pu conserver un autre souvenir de la vraie vie de l’Education nationale : des militant.es syndicaux de terrain et aux revendications réfléchies, concrètes et efficaces, et des personnels qui réfléchissent et pensent leurs pratiques quotidiennes et ont des propositions pour les améliorer.

Je passerai rapidement sur vos actions depuis que vous êtes ministre : les divergences sur le fond persistent, elles persisteront en permanence. Je passerai aussi sur vos méthodes : vous avez montré un fonctionnement très autoritaire et méprisant. Ces deux points mériteraient que l'on s'y arrête longuement mais ce n'est pas mon propos principal aujourd’hui.

Je veux aujourd'hui insister sur un autre point : nous sommes en pleine pandémie, la situation est très sérieuse et nous n'arrivons pas à en sortir. Tous les indicateurs nous alertent sur la situation dans les écoles, collèges et lycées : selon le comité scientifique, que vous êtes censé consulter, un tiers des enseignant.es sera atteint.es par cette pandémie en janvier et la préconisation est une rentrée reportée d'au moins une semaine, les enfants ne sont plus épargnés, les moyens ne sont pas là pour répondre à la crise... et pourtant vous ne faîtes rien. Pire : vous continuez à parler d'absentéisme concernant les enseignant.es qui seront malades ou confiné.es, vous continuez à supprimer des postes (tout en recrutant en urgence des personnels précaires ou des... retraité.es), vous n'apportez aucun moyen pour les masques, l'aération, etc... En termes pédagogiques, la situation est particulièrement délirante : vous préférez une scolarité morcelée, incertaine, déstabilisée et déstabilisante pour les élèves et les personnels à simplement… reporter la rentrée d'une semaine. Car nous avons bien compris que nous n’aurions pas de moyens sous votre mandat, vous en êtes à « rendre » 75 millions d’euros plutôt que d’embaucher des personnels et améliorer les conditions d’apprentissage des élèves.

Mais nous aurions pu espérer un geste, même le petit doigt qui se lève. Reporter la rentrée d’une semaine, ce n’est pas grand-chose dans tout ça, mais c’est beaucoup pour sauver des vies.

Monsieur Jean-Michel Blanquer,

Ravalez votre orgueil, ouvrez les yeux, arrêtez les conneries et écoutez enfin celles et ceux qui n’ont, malheureusement, fait qu’avoir raison lorsque vous aviez tort.

Ravalez votre orgueil, à la limite si ça peut vous faire du bien, gardez cette petite humiliation en mémoire pour nous en foutre plein la gueule une fois tout ceci terminé.

Ravalez votre orgueil et écoutez celles et ceux qui vous disent qu’il faut agir très vite et très concrètement.

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Auteur: 
mbrabant