L’Europe dans le Monde

On fait le constat que les attaques que nous subissons en France ne sont, pour l’essentiel, que la transposition de décisions prises à l’échelon européen.
De même, l’ancrage de l’Europe dans le libéralisme n’est que la traduction «régionale» de la réaction capitaliste à l’échelle mondiale.

 

’EUROPE PIÉGÉE DANS LE LIBÉRALISME, QUE RÉSUME PARFAITEMENT LE CONSENSUS DE WASHINGTON
qui préconise notamment :
• la discipline fiscale, c'est-à-dire l'équilibre budgétaire et la baisse des prélèvements fiscaux ;
• la libéralisation financière, avec la fixation des taux d'intérêt par le marché et l'abandon des taux d'intérêt administrés en faveur des investissements prioritaires ;
• la libéralisation commerciale avec la suppression des protections douanières ;
• l'ouverture totale des économies aux mouvements de capitaux et, en particulier, à l'investissement direct ;
• la privatisation de l'ensemble des entreprises ;
• la dérégulation, c'est-à-dire l'élimination de tous les obstacles à la concurrence ;
• la protection légale des droits de  propriété intellectuelle des multinationales.

Ce sont des décisions politiques, traduisant les intérêts du cœur du capitalisme pour se déployer sans contrainte, et mettre en concurrence des travailleurs du monde entier, s’imposer aux Etats et vider la démocratie de tout son sens.
C’est cet étau qu’il faut desserrer, c’est à ce niveau qu’il faut porter nos efforts.

Le consensus de Washington a ceci pour lui qu’il énonce clairement les mesures concrètes, prises par des Etats dotés d’une légitimité démocratique (formelle) et donc censé être pris au nom de tous les citoyens.
Il ne s’agit pas, comme le discours idéologique et médiatique nous le  susurre en permanence, d’un mouvement irréversible, quasi naturel, induit par le libre jeu de la libre entreprise, du libre marché, auquel il serait vain et rétrograde de vouloir s’opposer.

Pourtant, près de 40 ans plus tard, cette emprise du capitalisme sur le monde trouve ses limites :
• crise écologique tout d’abord : pour faire face à la pression exercée sur les ressources naturelles aux entames de l’environnement la recherche du profit est totalement inadaptée.
• Crise financière inhérente au fonctionnement du capitalisme.
• Creusement des inégalités sociales. Des pans entiers de l’humanité sont privés de moyens essentiels.
- Crise politique multiforme : Les systèmes politiques en place, qui ne répondent plus aux besoins de leur population, sont discrédités. On constate la montée des extrêmes-droites en Europe. Soit   les gouvernements sont paralysés et hors de capacité de produire des politiques affirmées ; soit des pouvoirs forts musellent leur population et garantissent aux « investisseurs » le pillage des ressources et  l’exploitation des populations. Ailleurs les Etats voient  se développer les djihadismes, les guerres civiles, les prédations de seigneurs de guerre…

DÉFINIR D’AUTRES ORIENTATIONS
Pour inventer ensemble les réponses aux défis du monde, les peuples doivent donc mettre en place des solutions rationnelles fondées sur la complémentarité et la solidarité.
Ils doivent encore réinventer la démocratie et une autre économie, c’est-à-dire se saisir des véritables problèmes à résoudre, au lieu de le laisser au seul jeu du marché. Les formes que peuvent prendre ces politiques sont diverses, d’une planification démocratique pour donner la cohérence globale, de la réinstauration de véritables services publics à la définition de cadres proposés à l’initiative privée.
Ils doivent réfléchir (et mettre en œuvre) des mesures pour sortir de l’actuelle division internationale du travail, imposée par les multinationales pour leur seul profit. Ils doivent privilégier les circuits courts et les relocalisations. Ils doivent également imaginer d’autres structures financières internationales qui auraient pour objectif de permettre à tous les peuples une économie répondant aux besoins humains, et prenant en compte la préservation des ressources naturelles.

D’AUTRES CHOIX POUR L’EUROPE
Identifier les « verrous » capitalistes au déploiement de politiques alternatives européennes
Et imaginer les moyens de les faire sauter !
- La souveraineté monétaire : un autre mode de fonctionnement, un autre rôle pour la BCE, d’autres objectifs assignés à la monnaie (la production socialement utile). Les Etats ne doivent plus dépendre des « marchés » pour boucler leur budget.
- L’a-territorialité des grandes entités capitalistes, fonds financiers,  multinationales… leur permet d’échapper à toute régulation un peu contraignante et et d’exercer en retour une pression sur la puissance publique. L’Europe est le bon niveau pour prendre ce problème avant le corps.
- La division internationale du travail être remis en cause :
o par des processus de planification démocratique par lesquels les peuples déterminent les activités qu’ils veulent mettre en œuvre et les investissements humains et matériels nécessaires à leur réalisation. Vers quoi doit-on réorienter l’économie ? Une autre agriculture, la transition énergétique et écologique, le développement des services publics, la production de biens durables…
o par une régulation solidaire des échanges, termes qu’il faut préférer à « protectionnisme solidaire ». En effet cette expression ne rend pas suffisamment compte que le besoin de « protection » est largement réciproque. Les salariés des pays développés voient leurs conquis menacés par la mise en concurrence avec les travailleurs d’autres pays ne disposant pas des mêmes droits. Mais ce processus de mise en concurrence est sans fin : il y a toujours un pays où le droit du travail, la rémunération, les normes écologiques… sont inférieurs et où la production peut toujours être délocalisée. Elle agit partout comme un frein aux revendications. Cette régulation des échanges peut et doit être réciproque, mais cette réciprocité est à construire, en lien avec des processus de planification démocratique. En effet, si les travailleurs d’un pays perdent leur place dans la sous-traitance internationale à bas coût, ils doivent la retrouver dans de nouvelles activités susceptibles de sortir l’économie des quelques créneaux où elle se trouvait cantonnée. L’Europe est le bon niveau pour initier de tels processus, d’abord entre pays européens, puis à l’extérieur.

D’autres institutions européennes pour un autre vivre ensemble
En même temps que les peuples européens assigneront d’autres objectifs à leur  «vivre ensemble », ils seront amenés à imaginer d’autres institutions pour conduire leur destin commun.
Également dans le même temps qu’ils définiront entre eux des rapports plus solidaires, les peuples européens définiront une autre place pour l’Europe dans le monde. Sachant qu’il n’y aura pas de paix sans justice, ils veilleront à être points d’appui pour le développement solidaire des autres peuples du Sud, pendant les rapports directs qu’ils entretiennent avec ces derniers au sein des institutions multilatérales où l’Europe devra être force de proposition.
Ceci implique bien sûr une indépendance vis-à-vis de l’OTAN que d’autres puissances mondiales. L’Europe devra affirmer sa voie propre et œuvrer pour désamorcer les risques de guerre, la paix étend un préalable au développement économique, et le développement économique un facteur de consolidation de la paix.

PAR OÙ COMMENCER ?
On n’en est pas (encore) là !
Il importe, dès maintenant, de confronter nos points de vue, entre nous, entre mouvements nationaux, entre forces progressistes européennes.
La rupture initiale commence au niveau des valeurs, des principes fondateurs. Ce n’est pas (seulement) une question de philosophie, c’est une question très concrète en matière d’institutions et de droits. Actuellement, et pour faire vite, c’est « la concurrence libre et non faussée » –en fait, les traités voulus par les intérêts capitalistes–, qui est au sommet des institutions et du droit communautaire ; c’est au nom de ce principe allégué que les décisions doivent être prises, que les cours de justice doivent trancher…. sans qu’aucune autre considération puisse prévaloir.
Il faut affirmer la primauté de l’humain sur le  profit,  de la coopération et de la solidarité sur la concurrence, et en tirer toutes conséquences. Par exemple  on peut imaginer qu’un un Etat devrait d’abord assurer un socle de services minimaux à ses ressortissants, et ensuite seulement rembourser ses dettes. Les spéculateurs deviendraient peut-être plus prudents, et l’avenir serait préservé….
Il nous faut miser sur notre capacité d’imagination collective pour inventer un avenir différent, et retravailler nos rêves, les affiner pour en dégager des mesures concrètes appelées à avoir force de loi.
C’est ce travail de confrontation entre les représentations, les priorités… des uns et des autres, qu’il faut mener. Il ne faut pas à toute force rechercher un consensus sur tous les sujets, mais laisser les convergences apparaître progressivement, et tisser entre les peuples un sentiment d’appartenance commune, en référence à un avenir différent.
Les élections européennes de 2019 peuvent constituer une période favorable à ces rapprochements, par-delà les frontières.

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Auteur: 
Eve76