L’UGTA au cœur du devenir de la révolution algérienne ?

Quelque chose semble actuellement en train de se nouer en Algérie. Face à la montée irrépressible du mouvement populaire, les tenants actuels du pouvoir ont cédé sur les premiers mots d’ordre autour desquels le peuple algérien a cristallisé sa révolte : le refus d’un nouveau mandat de l’ex-président, le refus de la prolongation de son mandat et pour finir sa démission actuelle.

Mais le fleuve n’est pas prêt de rentrer dans son lit. C’est que les revendications qui servent de détonateurs à la révolte populaire n’épuisent pas celle-ci. Ses causes sont bien trop profondes, viennent  de  bien trop loin ; elle s’est mise en mouvement et ne saurait se calmer à la satisfaction des mots d’ordre qui ont servi à son démarrage et à quelques têtes sacrifiées. Cette révolte prend conscience d’elle-même, de son ampleur, cette révolte comprend qu’elle est une révolution en marche. La volonté de chasser tous les corrompus, tous les profiteurs, tous les abuseurs, devient de plus en plus clairement l’objectif.

Par derrière Bouteflika, un « clan » familial, l’Armée, la bourgeoisie d’affaires qui se partage la rente des hydrocarbures, et tous ceux qui ont partie liée avec elle, n’entendent pas se laisser déposséder. Les véritables épreuves de force sont à venir.

La plus grande inquiétude de ce clan, au sens large, de tous les profiteurs du système, se concentre autour de la direction de l’UGTA -l’Union générale des travailleurs algériens- et de son secrétaire général Abdelamjid Sidi Saïd. Celui est contesté par sa base qui lui reproche, ainsi qu’à l’équipe qui l’entoure, ses compromissions, sa corruption et son implication dans l’affairisme.

La contestation provient de différentes régions et de différents secteurs. La volonté des travailleurs de reprendre en mains leur organisation syndicale est indissociable de cette volonté de démocratie dont est saisie le peuple algérien.

Les opposants à Sidi Saïd réclament la tenue d’un congrès extraordinaire ; le pouvoir en place, exercé par l’armée, est bien décidé à l’empêcher par tous les moyens et à préserver le verrouillage que représente la direction du grand syndicat national algérien.

L’attitude des forces de l’ordre, qui ont jusqu’à présent laissé les manifestations se dérouler dans le calme, quand elles n’ont pas fraternisé, semblent se retourner. La manifestation à laquelle des syndicalistes de l’UGTA avait appelé samedi 6 avril, devant le siège de la Centrale, a été brutalement dispersée par la police, qui a en outre embarqué treize manifestants.

Parallèlement, la police a empêché un rassemblement contre la maltraitance animale, interdit ailleurs  la tenue concert et arrêté trois journalistes…

Tandis qu’en coulisse tout un petit monde s’active face à l’absence actuelle d’un pouvoir officiel, que le pouvoir de l’ombre se prépare à l’épreuve de force avec les manifestants, la reconquête démocratique de la grande centrale syndicale UGTA serait un grand pas dans l’avancée de la révolution algérienne.

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Auteur: 
Eve76