Macron : un « charisme » encore très fragile

Personne ne va contester qu’il existe un phénomène social de type "charismatique" : la capacité de séduction, d’influence, voire de fascination d’une personne plus qu’une autre…  On commence bien à voir ses projets, et les premières initiatives de résistance se manifestent : droit du travail, retraités, collectivités locales, règles d’exceptions de l’état d’urgence stabilisées dans de nouvelles lois. Toutefois, avec une aussi faible majorité électorale, Il compte bien réussir ; et les commentateurs se perdent en admiration de son charisme.

Mais avec ce terme « charisme », que désigne-t-on ?

Des analyses de Max Weber sur la « domination », il ressort une typologie des formes de domination. Sans doute trois, peut être deux grands types et des situations d’exceptions.

Il ne s’agit pas de l’obéissance plus ou moins imposée par des actes d’autorité et des mesures de rétorsion éventuelles. La « domination » suppose que les individus adhèrent plus ou moins à un minimum de respect pour un ordre donné des choses et des relations.

La domination « traditionnelle » est celle de l’attachement aux formes passées de l’autorité et des décisions. Cela peut venir des traditions, mais aussi des déceptions à l’égard du monde actuel et de la volonté de réaction contre ce qui est trop moderne. Le « c’était mieux avant » peut être passif, comme subversif.
La domination « légale rationnelle » est celle acquise par la capacité à gérer des systèmes bureaucratiques, et celle de donner des moyens pour savoir comment  en tirer au mieux parti. Elle suppose des fonctions et des compétences soigneusement distinguées et ordonnées. Elle inclut évidemment diverses situations : l’ordre de la bureaucratie-monocratique comme la capacité à intégrer de la nouveauté en la digérant, sans rien désorganiser. Il est réaliste de ne pas oublier les « effets d’élitisme » dans des organisations : apathie et satisfaction peuvent parfaitement cohabiter et cette adaptation à une rationalité crée aussi une perte d’efficacité.
On peut voir l’épanouissement de ce modèle « moderne » comme « le siècle des chefs » (de 1890 à 1940), qui a su intégrer, quand il le fallait pour obtenir plus d’implication des salarié.e.s, de la « sociologie industrielle » ou de la « psychologie du travail », y compris avant 1939-45.
Le partage en « domaines » ministériels et sociaux juxtaposés et ainsi gérés dans leur isolement peut s’accompagner d’une prétention à la planification moderne (objectifs, idéologie…) ou de la fausse modestie de la « gouvernance ».
La domination comporte 3 dimensions : assurer la capacité de décision de la classe dominante sur les classes dominées en assurant la cohésion des diverses fractions des dirigeants et en provoquant la désorganisation des classes dominées. Ceci passe à la fois par l’utilisation des outils régaliens de l’État, appareils répressifs et production de normes, et aussi par les appareils d’hégémonie idéologique et culturelle qui organisent le consentement (ou la passivité).

Quand des solutions ne surgissent plus de l’une ou l’autre des formes de domination, la place pour des tentatives de « domination charismatique » apparaît. Elles empruntent des éléments des deux grands types de domination : pour soulever des foules hésitantes et désorientées, il ne faut pas se réduire à une variante de l’un des deux en panne.
On peut voir comment Macron illustre le propos, - ni de droite, ni de droite ; ni de gauche, ni de gauche -. Cette opposition entre le « domaine des valeurs politiques » et celui des références à des organisations est un refrain depuis bientôt trente ans dans les études de sciences politiques : chacun a ses valeurs, et refuse de s’identifier à des partis tout en se situant, individuellement sur une échelle d’opinions. Cette fois, le projet est de se saisir de cet affaiblissement, contre des projets collectifs, et de consolider un grand « centre ».

Deux précisions pour compléter cette analyse. D’une part, le charisme est construit, par des groupes, des individus qui en approuvent le projet. Et il essaie de se présenter comme aidant et soutenant un personnage pour lui-même. Sinon, le jeu d’identification de chacun avec le « Maître du moment » ne jouerait pas. On pourrait ici retrouver les analyses sur la prise de pouvoir de Napoléon, le 1er ou le « neveu de l’oncle » (comme disait Victor Hugo).
« Le dix-huit brumaire de Louis Napoléon Bonaparte » de Marx vaut d’être relu !

Quelle musique nous joue-t-on ?

Le neveu de l’oncle donnait à voir « l’abeille industrieuse », héritée du Premier Empire : le respect du travail individuel et des propriétés de chacun, qui grâce aux banquiers serait en même temps la prospérité commune et le rayonnement de notre pays. Un Président à vie contre les trublions « socialistes » plus ou moins révolutionnaires de 1848. D’abord, la faillite de qui se présentait comme Républicain : les journées de Juin 1848 ont écrasé dans le sang les révolutionnaires de février. Puis, des élections bidonnées, sur fond d’un populisme qui pourrait nous rappeler d’autres expériences. Ensuite, une sorte de Restauration pour tirer parti des possibilités du libéralisme aidé par de engagements d’État. Puis un Empereur : le tourbillon moderne (de l’époque) ancré dans l’image mystifiée de la « grandeur nationale ». Le Président « jupitérien » joue à la grandeur gaullienne… ces dernières semaines : tromper le bon peuple par des images, une règle !

Et, dans le cas présent, nous avons affaire à une génération. Dans les années 80, elle avait mis ses espoirs de réussite personnelle dans le libéralisme triomphant, quand ils avaient vingt ans ; et ils ne veulent pas « laisser passer leur chance ». Quand ils ont affirmé leurs idées, ils avaient une droite écartelée entre les défaites devant Mitterrand et l’absence de projet. Eux ont eu une éducation au moment du « Vive la crise », un grand chamboule-tout vers le Centre : de la Fondation Saint-Simon et de la « deuxième gauche » à l’effondrement des références à « l’Est » dirigé par Brejnev … et à Bernard Tapie ! Différente, voisine et parfois opposée, la « génération morale » elle, devenue « génération Mitterrand », s’est construite autour de SOS Racisme, les « valeurs » relativisant les exigences politiques et sociales ; mais les reculs se sont enchaînés, la mondialisation suscitant des rejets : certains font leurs carrières avec les organismes internationaux, mais  ceux qui voulaient un destin plus brillant se sont trouvés dispersés. Les cohabitations, la deuxième guerre du Golfe, Maastricht et ses suites… avec un effondrement du PS en 1993 et l’échec de Robert Hue (8% en 1995 et 3,37 en 2002).

Celui qui était « le meilleur d’entre nous » (comme disait Chirac) a échoué : sa relative victoire « droit dans ses bottes » en novembre 1995 débouche sur la dissolution et la « gauche plurielle »… Les « jeunes derrière Juppé » de l’époque ont fait leur chemin. L’espoir de réaliser l’horizon libéral-démocrate-social du grand courant de démocratie renouvelée avec Bill Clinton, programmé pour gagner, n’a pas eu DSK comme parrain mais François Hollande et tout cela a échoué. Les jeunes pousses de la bourgeoisie moderne française n’allaient pas trop laisser filer les années. Et ils se sont retrouvés avec l’héritier de Hollande qui était le personnage ad hoc parce qu’il était là !  
En un sens, pour donner des photos, donc en simplifiant, la génération autour des mobilisations contre la loi travail est en partie la génération de la grève contre le CPE ; et le noyau le plus fort pro-Macron sont l’autre classe des mêmes âges. Celle pour qui la carrière est celle de la « gouvernance », la teinture politique servant à habiller des discours. Naviguant du privé au public et d’un cabinet à une direction d’entreprise, ou d’une administration à une élection. De plain pied dans les sphères de la bourgeoisie comme l’analysent les Pinçon-Charlot et le Bourdieu de « La noblesse d’État ». Une mouvance qui ne voulait plus subir les clivages portés par les Sarkozy, les Fillon, ni leurs successeurs, ni les directions des partis de gauche. Une myriade de Rastignac en herbe, qui étaient sinon tous en attente du moins disponibles. Que les Collomb, Attali, Soubie, quelques PDG,  etc. ont su voir, motiver et regrouper.

Ils veulent des institutions qui ne freinent pas les ambitieux, « dépoussiérées », tournées vers un libéralisme bien maîtrisé. Ils voulaient une politique de « modernisation » pour une gestion soumise aux désirs de la bourgeoisie, avec pour le patronat la variable d’ajustement que sont les droits sociaux. Et au passage, un durcissement des politiques répressives et autoritaires qui visait un « consensus politique au centre  (état d’urgence continué avec aujourd’hui « le retour des lois scélérates », comme l’écrit François Gèze, Médiapart, 11 juin). Hollande se moulait ainsi par avance dans un deuxième quinquennat. Mais… 
Ils se sont donc saisi des effets des mobilisations du printemps 2016, de l’usure extrême de Hollande et de cette direction du PS, pour décider de « faire par  eux-mêmes », faisant émerger une aspiration à se dégager de l’emprise nuisible des appareils. La perception d’une gauche incapable de construire des réponses politiques à la hauteur de la mobilisation sociale leur a fait espérer s’emparer du thème de la « société ouverte » contre le FN.

Pour se constituer, le charisme doit saisir « le moment » (Machiavel dit « la virtu » : la capacité à se mobiliser à l’instant, le coup d’œil et l’énergie de se faire porter par de premier succès). La montée de Macron, depuis février, a confirmé que, plus fort qu’un coup électoral, une nouvelle légitimité pouvait se jouer. Contre nos propres perceptions, il a pu jouer des potentialités et des contradictions de la mobilisation du printemps 2016. 
Puisque la possible d’une hégémonie de « la société fermée et réactionnaire » se dessinait avec Le Pen et l’adaptation de la droite classique à cette pression, il y avait place pour une autre hégémonie, « contre le FN, la société ouverte et moderne ». En l’absence de construction d‘une autre voie, d’un regroupement politique au niveau de l’intersyndicale à sept conjointement au rejet des politiques de répression de Hollande et Valls, il y avait une place pour qui voyait la possibilité de l’abandon par Hollande lui-même. Qui a poussé à monter l’opération ? Ils doivent être tout de même un certain nombre…

Une fois la place prise « faire barrage à Le Pen », il lui a suffi de tirer parti, après le mois de janvier et les primaires du PS, de l’impossibilité d’un regroupement pour un gouvernement commun des forces d’une gauche debout, de l’absence d’une alternative immédiate. En quelques trois à quatre semaines, plusieurs millions  d’intentions de votes se déplacent et se regroupent.
Macron et son monde ont saisi une occasion, dont sont en partie responsables les forces d’une possible gauche de combat, et nous-mêmes.   

La « routinisation du charisme » pose de redoutables problèmes mais est aussi le signe d’une contradiction qui rend fragile l’opération de Macron (d’où le titre) .

Une première épreuve de vérité sera SON Assemblée nationale, dont il a vérifié les candidatures avec soin : avec une majorité absolue, dans sa composition comme dans son activité, elle sera perçue comme source de stabilisation, mais plus vraisemblablement un révélateur de ses faiblesses.

Sans une inscription dans la durée, une affirmation de charisme peut tourner vite à la farce. Nous avons tous entendu la bêtise en concentré des propos entre des ministres et Macron au sujet des responsables syndicaux et du retour de la loi Travail : « ils sont contents et justement c’est parce que je ne leur ai rien dit ! » - « attention au micro » ! Il n’en faudrait pas beaucoup du même tonneau…Quand on veut endormir des gens rétifs il ne faut pas proclamer « je suis le marchand de sommeil ». « Dormez tranquille au moins pour quelques mois ! ».
Nous avons tous vu l’accueil versaillais  de Poutine. Nous voyons le ministre Ferrand qui est enferré et Bayrou dont la morale ne semble pas si exemplaire que ça… Pour autant, même ces faux pas ne vont pas  annuler la recomposition d’un pouvoir charismatique autour de Macron, même si nous avons été très nombreux l’an dernier à croire à une bulle sans avenir.

Toutefois, l’inscription dans la durée est la tâche et l’intérêt des proches. Eux-mêmes ont leurs places personnelles en jeu, d’abord en commun pour stabiliser une aventure dans la durée, mais aussi avec des concurrences entre eux, et avec la nécessité d’une légitimation de l’ordre hiérarchique et de questions de successions éventuelles… Là, ils vont nous faire le coup de parier sur dix ans.
Plus trivialement, il se pose toujours la question de l’adéquation du rôle aux tâches pour lesquelles l’aventure charismatique a pris des engagements officiels ou tacites.
Celle autour de Macron mobilise l’ex-garde rapprochée de DSK, avec leurs hauts fonctionnaires expérimentés : ils ont saisi le moment ou « le mou », qui partageait leur projet depuis au moins quinze ans, s’est mis à dos son électorat. Ils ont espéré faire passer leur conception, ont parié sur le Rastignac qui passait par là, se sont assurés qu’il comprenait le rôle et apprenait vite.
Il leur reste à asseoir son autorité sur une victoire réelle : après les législatives, un grand coup de « modernisation » en effaçant un mouvement ouvrier de lutte de classe.
 
Les voilà à pied d’œuvre pour réaliser leur conception de la « bonne gouvernance » en tirant parti au mieux des institutions de la Ve République. C’est un projet politique, qui comporte une appréciation de la réalité du capitalisme français, de ses relations internationales. Leurs rapports avec la bourgeoisie appellent un effort d’analyse. En particulier, la solution autoritaire FN et une partie de LR trouve-t-elle des soutiens dans des fractions de la bourgeoisie ou ne sont-ils que des forces répulsives qui confortent le charisme centriste ?
Les ramifications avec une série de « conseillers des princes » parmi les spécialistes du droit social et des « relations professionnelles » ont commencé à faire transparaître la stratégie « sociale » de désorganisation des salariés. Des proches de la direction de la CFDT à des noyaux liés à l’aventure huiste, en passant par des réformistes de FO qui espèrent des « ménagements », et beaucoup formés par Terra Nova…

Ils veulent jouer sur un registre démagogique : chacun et chacune peut « se réaliser », librement, dans cette société. Maintenons des protections pour les plus fragiles, ne soyons pas cyniques mais bienveillants, réformons pour que la marche de la modernisation profite à tous. Une contribution des retraités, trop avantagés au détriment des salariés et des jeunes entrepreneurs…  Cela passe donc par une transformation qui achève le rôle de lutte collective du mouvement syndical. Dans le projet de révision « sur ordonnances », les salaires, la durée effective du travail, les conditions de travail sont visées. Il y aurait un code du travail par entreprise, c’est-à-dire plus du tout de Code du travail.
Les syndicats seraient réduits au rôle de négociateurs de droits éclatés.

S’opposer le plus habilement possible à cela nous demande de ne pas en rester aux slogans, aux dénonciations. Les déclarations parlementaires, si elles sont audibles ne peuvent remplacer le débat à organiser dans l’ensemble du pays. D’où une tentative pour discuter du rapport aux mobilisations de masse.

Il nous faut mettre en lumière les projets de remise en cause des droits sociaux et savoir y répondre. Soyons conscients que « la défense du statu quo » ne sera pas le  fil conducteur : le succès de ce début de charisme vient du souci de faire bouger la société, par de « nouveaux projets ». 

Souvenons-nous d’un fait massif : il y a eu 27% de voix à la présidentielle pour les forces politiques en continuité avec la mobilisation contre la loi travail, qui rassemblait  pourtant 75% de rejets de la politique de Hollande. Osons le dire : l’ampleur de l’échec politique de la « gauche » sur un an est tel que nous devrons reprendre les discussions.
Nous ne partons pas de rien : les risques pour les salarié.e.s ont été exposés et restent en mémoire pour beaucoup. En revanche, heureusement que nous pourrons nous appuyer sur la démarche des juristes et notamment sur l’apport de la CGT et de Solidaires : discutons les propositions qui ont été travaillées par les syndicats. Oui, il faut sans doute conserver et actualiser les droits, les renforcer ; mais évidemment en impliquant les salarié.e.s et les syndicats…

Toutefois, nous devons nous poser en des termes nouveaux une question que nous avons en tête mais n’avons pas su manier il y a un an. La situation de chômage et de précarisation généralisée repose l’actualité d’une revendication globalisante, sur le thème : notre société a de trop gros problèmes, il faut une mesure immédiate de baisse du temps de travail à 32h, d’augmentation des salaires et de minimas sociaux, un salaire garanti et un droit à la formation toute la vie, etc. Il y a là une part de propagande pour l’ensemble de la société : « dans ce monde des gens heureux plus de la moitié de la population vit avec moins de 1 700 € par mois », etc. Ces « exigences » sont là pour faire mûrir des soucis et des espoirs de mouvements amples. Elles appellent, en complément aux expressions syndicales, un effort de transformation du débat public qui ne se limite pas aux périodes électorales.
Là encore, il y a une dialectique du retournement possible, contre la majorité de Macron, de la volonté d’être généreux, d’être heureux : le plus grand nombre le veut, le peut, et demande donc les moyens qui existent. Notre crédibilité pour combattre les régressions se joue sur notre capacité à proposer un autre avenir  d’ores et déjà porté par des alternatives limitées, mais dont nous devons montrer le caractère plus global.

Reprenons un débat stratégique

Pour la solidité, l’une des tâches décisives, malgré sa difficulté, est de permettre aux syndicalistes et au mouvement syndical de prendre une place positive : parmi les bâtisseurs du quotidien, des centaines de milliers de femmes et d’hommes peuvent faire pousser les germes des exigences des droits nouveaux et de la démocratie concrète et permanente. Cette bataille culturelle et politique dépend des politiques, des « intellectuels » et « artistes » et pas seulement des responsables syndicaux qui subissent tant de coups et de pressions depuis  si longtemps.
Elle devrait passer, pour notre mouvement, par des discussions pratiques dans tous les collectifs unitaires et syndicats dans lesquels nous avons une présence. 
Nous devons viser des luttes culturelles, idéologiques, revendicatives pour pouvoir, aussi vite que possible, intervenir dans la situation. Ainsi, du degré le plus quotidien au plus programmatique, la situation est dure : les misères accumulées sont là. Ils veulent faire diminuer le droit aux soins, le droit de faire des études, ils ont dit que la priorité était à l’égalité entre femmes et hommes ; qu’est-ce qui change, tout de suite ?…
Nous avons des solutions dont nous discutons et qui sont partagées par beaucoup, car il faut changer le quotidien et rebâtir un espoir. Tous ces « nouveaux » n’ont comme idées que de faire comme depuis les années 80 : ils veulent diminuer les droits des plus fragiles et des salarié.e.s  pour favoriser la spéculation financière.
Ils parlent d’écologie parce qu’ils pensent cela à la mode et veulent des formes de capitalisme vert sans priorité écologique réelle.
Nous savons que les richesses existantes peuvent être socialisées autrement.
C’est l’heure du droit au travail et à des revenus décents pour tous. L’heure des services publics instruments pour le bien être et pour lutter contre les inégalités.
C’est l’heure d’une démocratie effective à la place des institutions actuelles.
La discussion, si nous comprenons bien la tentative « charismatique » en cours, appelle un débat stratégique : plus que jamais, il nous faut constituer une hégémonie opposée à celle du FN, mais aussi opposée à celle des libéraux –sociaux qui se prétendent « modernes ».
Dans la crise globale du système de domination, souvenons-nous d’une réalité. La classe dirigeante morcelle autant qu’elle peut les préoccupations et revendications : c’est la condition de la gouvernance. Inversement, les convergences de mobilisations affirmant une conscience critique et des exigences communes rendent la domination et le gouvernement fragile.

Quand on demande « la classe des opprimé.e.s et des exploité.e.s peut-elle s’unifier sur une conscience commune ? » la réponse n’est pas académique. Quand de telles convergences se font, nous sommes déjà dans la construction d’une autre hégémonie, d’autres possibilités institutionnelles, d’autres formes de pouvoirs-faire et de pouvoir-discuter à organiser.

Dans l’immédiat, au moment où nous sortons d’une longue séquence électorale, nous devons savoir discuter, différentes et inséparables, deux questions :
-  Comment faire force dans la situation politique et sociale ? 
- Les propositions pour la  reconstruction, un mouvement politique nouveau. 
 
La question n’est donc pas de nous préparer pour dans cinq ans : ce serait la meilleure façon d’accorder à Macron un bail de dix ans ! Il nous faut contribuer à constituer un rapport de force. Faire force ensemble passera par des mobilisations et des débats, des options pour des exigences politiques et sociales. 
Quelle démocratie ? Quels droits nouveaux ? Quelles luttes pour des objectifs qui unifient ?… Autant de questions dont nous devrions discuter afin de leur donner toute leur force.
Les regroupements qui agiront pour cette nouvelle force et ce nouvel objectif commun auront aussi à assurer, dans le calendrier des trois à venir, les Européennes de 2019 (avec tous les contacts internationaux à consolider) et les municipales de 2020 : constituons des assemblées citoyennes, quel que soit leur nom. Il faut des formes d’action et de discussion pour faire exister un creuset pour la reconstruction, pour un mouvement politique nouveau. 

Ces conclusions provisoires ont une sorte d’urgence. Tant que cette aventure bonapartiste/charismatique n’est pas stabilisée par ses victoires, porter des propositions tout en résistant, est vraiment décisif. Cela seul peut permettre de tirer parti des accrocs possibles, des faux-pas d’un charisme fragile. Et c’est aussi la voie pour faire exister la force du rassemblement porteur d’un véritable changement. Nous vivons une croisée des chemins : subir leur individualisme, consumériste, élitiste, et les règles anti-démocratiques permettant la gouvernance moralement habillée et les aventures des profiteurs qui spéculent aux quatre coins de la mondialisation. Ou bien, reprendre la voie de droits pour toutes et tous, les richesses socialisées et dirigées par une nouvelle démocratie sociale et écologiste, la voie de l’égalité réelle et la protection sociale solide pour tous, libératrice pour le bien être et le droit à une mobilité positive tout au long de la vie.
Les idées-forces d’une hégémonie populaire  sont actuelles, pour rejeter les deux hégémonies de la « France fermée et réactionnaire » et celle de « la France ouverte » à tous les privilèges, faisant payer les faibles pour s’attacher les plus forts, et berçant le plus grand nombre de bla-bla.
Les droits sociaux qui libèrent. Ou le règne de la mise en concurrence destructrice.

Pierre Cours-Salies

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