"Mais qu'allait-il faire dans cette primaire ?"

Hier soir, au Havre, saluée par Jean-Luc Mélenchon comme l'une des "capitales de la bataille contre la loi El Komhri", près de 5 000 personnes sont venues écouter le candidat de la "force du peuple". Communistes présents en nombre dans cette région, France Insoumise bien sûr, Ensemble ! et surtout de très nombreux.ses citoyen.ne.s "sans appartenance", des syndicalistes. Mélange réussi de générations, de catégories socio-professionnelles un peu mono-couleur quand même.

Sans perdre de temps, après avoir salué les dockers le matin, annoncé son grand chantier de la mer, il régla d'entrée de jeu le compte de ceux qui attendaient, encore, une réponse qui va de soi. Plagiant Molière, il n'eut pas de mal à stigmatiser celles et ceux qui le suppliaient de participer à ces primaires qu'il devait gagner… puis perdre, comme le soldat Hamon en fait la triste démonstration. S'engageant devant celles et ceux qui ont construit avec lui cette campagne depuis le début, autour du programme "l'Avenir en commun", à ne négocier aucun accord d'appareil, il mobilisa une foule conquise en fixant le dépassement de Fillon dans les 10 jours qui viennent pour ensuite s'attaquer à "l'autre". Par rapport à Hamon, il précise : "Je respecterai le pacte de non agression, moi !".

Revenant à nouveau sur Poutine pour rappeler son combat constant et de longue date (Argentine, Chili, dissidents) en faveur de toutes les victimes des dictatures, il réaffirma aussi son refus de toute escalade pouvant conduire à une guerre qu'il pressent possible. Défendant le "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, comme le général De Gaulle" et dénonçant à nouveau la création du Kosovo par ceux qui prétendent "respecter les frontières" qu'ils ont dessinées.

Puis, ce fut un long et pédagogique exposé sur le nouveau capitalisme financier, les LBO prédateurs, qui implique un changement stratégique surtout si l'on veut dans le même temps prendre en compte la crise climatique qui s'annonce. Faisant la démonstration que ce qui sépare les trois familles politiques – l'extrême droite, la droite et la gauche – relève d'un véritable choix politique face à cette situation. Avec l'engagement d'abroger la loi "travail", il réexplique l'importance de la loi sur le contrat, le refus de la descente vers les branches (sauf pour faire mieux que la loi !), dénonce la précarité généralisée. Oui, le partage des richesses est la clé de tout et même s'il se fait discret sur la façon de l'imposer aux spéculateurs il affirme que c'est possible grâce à l'impôt universel, la baisse du temps de travail et un travail pour tou.te.s.

Relance maitrisée et écologique de l'investissement, hausse des salaires, retour aux trente cinq heures payées trente-neuf, retour de la retraite à 60 ans après 40 annuités… mettant un accent fort sur l'égalité salariale pour les femmes et la constitutionnalisation de l'avortement ovationnées par la salle.

Toujours aussi pédagogique, aussi respectueux des "gens" qu'il interpelle : "vous les gens, je vous connais si on vous promet 5 % au lieu des 0,75 % du livret A, vous sauterez sur l'occasion !", pour mieux conquérir son public.
La Marseillaise et puis, entonnée par la salle, l'Internationale, belle soirée !

Une étape en Seine maritime, Dieppe et le Havre, réussie. Une campagne qui prend son envol en "accueillant tout le monde" même si le refus des partis reste bien présent.

Le 30 mars 2017 – Jean-Michel Drevon

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