Marchais : après vingt ans

Il y a vingt ans, le 16 novembre 1997, disparaissait Georges Marchais, qui aura incarné le parti communiste français, de ses audaces stratégiques des années 70 à son enlisement des années 80. Personnage flamboyant et contradictoire, on ne saurait le réduire aux caricatures qu'on en a faites et auxquelles il avait fini par se conformer.

Né le 7 juin 1920 en Normandie dans une famille modeste, d'un père ouvrier plus ou moins anarchiste qui meurt d'un accident du travail quand il n'a que dix ans, et d'une mère paysanne, catholique fervente, qui ambitionne pour ce bon élève un devenir d'instituteur, il passe certificat d'études et brevet élémentaire avec mention « bien », et poursuit son propre rêve : devenir ouvrier dans l'industrie aéronautique. Il entre comme apprenti dans une entreprise parisienne à l'âge de 15 ans. Un an plus tard, c'est le Front Populaire, les grèves, les conquêtes sociales. Même s'il n'y a pas de syndicat dans son entreprise, le jeune homme participe à ce mouvement, avec son tempérament batailleur.

Dans les années qui suivent, il devient ouvrier qualifié dans ce secteur stratégique, pris en charge dès l'occupation par les Allemands. Ce n'est ni en tant que volontaire, ni sous la contrainte du STO – qui n'est alors pas encore institué – qu'il part travailler en Allemagne en 1942, pour Messerschmitt, mais par le jeu des affectations décidées par une entreprise ostensiblement collaborationniste. Il n'a quant à lui alors aucun engagement politique ou syndical au delà de sa participation, avant guerre, à divers mouvements revendicatifs.

À la Libération, il se syndique à la CGT. Dès 1946, le voilà secrétaire du syndicat des métaux à l'UL d'Issy-les-Moulineaux. On apprécie son charisme, et son côté titi gouailleur. C'est déjà un « homme de masse », qui sait parler à ses camarades de travail, et se trouve comme un poisson dans l'eau dans la classe ouvrière industrielle dont il est un représentant typique. Enthousiaste, gai, combatif et fonceur, sans prétention, mais exerçant une certaine autorité parmi ses camarades, Georges Marchais monte dans la hiérarchie syndicale. En 1947, il adhère au parti communiste lorsque celui-ci est évincé du gouvernement, en particulier sous l'influence de Guy Ducoloné, militant prestigieux et ancien résistant. Ayant perdu son emploi suite à une compression de personnel, il devient en 1952 permanent de la CGT, à la direction de l'union syndicale des métallos et de l'UD de la Seine, aux côtés de Eugène Hénaff. Il n'en continuera pas moins, toute sa vie, à se dire « ouvrier ».

Au parti communiste, dans lequel il n'exerce d'abord aucune responsabilité, il ne fait pas preuve d'une grande discipline : il frôlera ainsi l'exclusion pour avoir, à une réunion militante, préféré aller assister à un match de foot où jouait... la Yougoslavie ! En pleine chasse aux sorcières titistes, c'était assez mal pris, et Raymond Guyot – ancien dirigeant du Komintern – en personne se chargera des remontrances. Mais un bouillant responsable syndical, même si on lui reproche à l'occasion de soutenir des mouvements trop durs et trop mal maîtrisés, jeune métallo sympathique et au franc parler, le parti le remarque, et les reproches qui lui sont faits sont aussi liés à l'ambition qu'on a pour lui – et qu'il n'a pas lui-même. On le pousse à basculer de la CGT au parti. Il devient secrétaire de la fédération de Seine-Sud – celle de Maurice Thorez – et entre au Comité central comme suppléant en 1956. Dans la même « promotion », on trouve également Paul Laurent, Henri Krasucki, Roland Leroy, Guy Besse, Henri Martin et Marcel Rosette...

La période est dure. C'est celle, après le XXe Congrès du PCUS, de l'intervention soviétique en Hongrie, et de débats assez lourds au sein du parti où s'expriment les premières dissidences. Et dès sa première intervention au Comité central, en novembre 1956, Georges Marchais s'affirme comme un homme de parti, sourcilleux désormais quant à la discipline et à la fidélité : il y critique le journaliste et romancier Pierre Courtade, représentant de L'Humanité à Moscou, qui avait au cours de la session, insisté sur le fait que les communistes avaient trop idéalisé les démocraties populaires et sous-estimé les erreurs qui y avaient été commises et évoqué l'isolement du PCF. Il demande en outre une sanction contre l'écrivain Claude Roy, qui, comme un certain nombre d'autres intellectuels communistes avait condamné l'intervention soviétique en Hongrie. Cette intervention de Georges Marchais sera au nombre de celles dont L'Humanité publiera un résumé. Son intervention suivante a lieu en octobre 1958, dans le cadre de la préparation des élections qui font suite à la création de la Ve République. Il ne s'y limite pas à des propositions strictement électorales : il dénonce au passage une cellule qui s'est exprimée contre la direction du parti, mettant en cause, non seulement la ligne politique, mais aussi le manque de démocratie interne – une activité jugée « fractionnelle » par le secrétaire à l'organisation Marcel Servin.

En décembre de la même année, c'est cette fois comme analyste de la vie politique qu'il intervient : évoquant les résultats – décevants pour le PCF – des récentes élections, il parle des pertes de voix à Ivry-sur-Seine et Vitry-sur-Seine, et émet l'idée que « ce n’est pas la question du logement, mais la crainte du fascisme qui a motivé les électeurs ». Il suggère que la propagande des élections municipales devra être axée sur « ce que ressentent les gens ». En mars 1959, analysant les résultats de ces élections municipales, il constate que souvent les socialistes se sont alliés avec la réaction pour faire barrage au PCF.

Au XVe Congrès, en 1959, il devient membre titulaire du Comité central et à sa grande surprise entre également au Bureau politique, en même temps que Gustave Ansart, Roger Garaudy et Georges Séguy. Cette instance est alors composée, outre ces nouveaux entrants, de Maurice Thorez, François Billoux, Jacques Duclos, Benoît Frachon, Étienne Fajon, et Raymond Guyot – tous dirigeants historiques issus des premières générations militantes du parti, et de Jeannette Vermeersch, Georges Frischmann, Léon Feix, Léon Mauvais, Waldeck Rochet, Marcel Servin et Laurent Casanova.

Il s'installe alors comme dirigeant de premier plan. Le 30 juin 1960, il rapporte par exemple devant le Comité central sur le développement des luttes revendicatives dans une séance présidée par Georges Séguy. Il intervient de plus en plus souvent au cours des réunions. Mais à la demande de Thorez, il joue aussi sa partition dans le concert des attaques contre les trop « khrouchtcheviens » Laurent Casanova et Marcel Servin qui conduiront à leur éviction. Sur proposition de Benoît Frachon, c'est Georges Marchais qui, en février 1961, succède à Marcel Servin, démis de ses fonctions, au poste clé de secrétaire à l'organisation du PCF. Il dira plus tard avoir conservé de cet épisode un goût amer, et le sentiment d'avoir été manipulé, instrumentalisé par la direction thorèzienne. C'est quoi qu'il en soit là une ascension fulgurante. En mai 1961, le XVIe Congrès du parti le confirme dans cette position. Avec Maurice Thorez, Jacques Duclos, et Waldeck Rochet, il est le seul dirigeant à être simultanément membre du Bureau politique et du Secrétariat du Comité central. Les trois autres sont des dirigeants historiques ; il incarne la génération montante.

À l'occasion d'une révision des statuts du Parti en 1964, Georges Marchais y introduit une mesure révolutionnaire : l'élection à bulletins secrets des organismes de direction. Il avance aussi diverses autres mesures de démocratisation interne, donnant plus de droits et de pouvoirs aux adhérents. Dans ce débat – et sans que cela entache sa position, il est fortement critiqué par Jeannette Vermeersch pour avoir maintenu dans les statuts du parti la notion de dictature du prolétariat. C'est Maurice Thorez qui tranche ce débat en sa faveur.

Lorsque, cette même année, Khrouchtchev est démis de ses fonctions en URSS au profit de Leonid Brejnev, le rapport de Georges Marchais devant le Comité central y suscite d'abondantes discussions. Tout en semblant approuver les raisons réelles de sa mise à l'écart (il avait, dit-il, « quitté le chemin du léninisme »), il affirme qu'il ne faut pas « être dupe » des raisons officielles de ce départ. « Pourquoi, demande-t-il, ne pas avoir révélé les raisons réelles de son éviction ? »

Année après année, Georges Marchais assoit sa position clé dans le PCF. Quand Waldeck Rochet succède à Maurice Thorez, il fait figure indiscutable de « numéro 2 » de l'organisation ; c'est sans doute le peu d'atomes crochus entre les deux hommes qui conduit Thorez à lui préférer Rochet pour assurer sa succession. Peut-être aussi s'agit-il de maintenir au pouvoir la génération de l'avant-guerre. Mais Marchais a assurément d'ores et déjà la stature d'un successeur, et son statut d'ouvrier métallurgiste et de syndicaliste, comme sa fibre populaire et son charisme reconnu, lui en donnent le profil. Il ne lui manque encore que l'autorité devant le parti. Il va vite l'acquérir. En attendant, il jouit de très bon rapports avec Waldeck Rochet pour qui il est, avec Jean Kanapa, un appui précieux dans l'aggiornamento du parti communiste.

Bien qu'il n'ait pas d'expérience internationale préalable, ni de connaissance particulière en la matière, il représente le PCF dans la préparation, en 1967-1968, de la conférence mondiale des partis communistes et ouvriers prévue en juin 1969, et y apparaît surtout soucieux de l'indépendance de son parti et de sa position dans le mouvement communiste international. Contrairement à une légende qui ne repose que sur quelques faits épars et surinterprétés, Georges Marchais n'a jamais été « l'homme de Moscou ». Cette histoire n'était pas la sienne.

Au cours du mouvement de mai-juin 1968, Marchais se signale par sa dénonciation du « gauchisme » des « pseudo-révolutionnaires ». S'il apparaît pour la jeunesse étudiante comme un apparatchik brutal et méprisant – c'est un éditorial de sa plume caractérisant Daniel Cohn-Bendit comme « anarchiste allemand » qui entraîne des milliers de jeunes à défiler en scandant « Nous sommes tous des Juifs allemands ! » – il contribue à l'affirmation identitaire des communistes qui se reconnaissent dans son intransigeance à l'emporte-pièce.

Lors de l'invasion de la Tchécoslovaquie en août, il est aux côtés de Waldeck Rochet pour la dénoncer. Il accompagnera ensuite le secrétaire général à Moscou pour la conférence mondiale, et c'est lui qui en rendra compte devant le PCF. Terrassé par une attaque cérébrale au cours de cette conférence, Waldeck Rochet ne recouvrera jamais ses facultés. Marchais devient secrétaire général adjoint, assumant de fait la responsabilité de numéro un du PCF. Il la conservera jusqu'en 1994. Symboliquement, Georges Marchais sera le dirigeant qui inaugurera le nouveau siège du PCF, dessiné par le grand architecte communiste brésilien Oscar Niemeyer, place du Colonel Fabien.

Il sera ainsi l'artisan de la politique unitaire du PCF initiée depuis 1962, aboutissant en 1972, alors qu'il devient officiellement secrétaire général, à la signature du Programme Commun. Avec Jean Kanapa, devenu en 1975 membre du Bureau politique, il négociera également le tournant eurocommuniste du PCF.

Il devient vite une personnalité publique essentielle de la vie politique française. Ses apparitions à la télévision sont autant de spectacles au cours desquels il joue de son statut de représentant des classes populaires dans le paysage politique : celui dans lequel de nombreux travailleurs se reconnaissent et dont ils ont le sentiment qu'il exprime leur dignité avec sa gouaille et son insolence, son sens de la formule, et l'intransigeance moqueuse avec laquelle il refuse de baisser le front devant les puissants « chiens de garde » de la bourgeoisie, lui qui, comme il aime à le souligner, « n'a pas fait l'ENA ». Il noue ainsi une relation ambivalente avec ses meilleurs ennemis télévisés, les journalistes Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach qu'il fascine. Elkabbach dira de lui : « Il était la terreur des médias et un spectacle à lui tout seul […] Personne ne l'a remplacé sur les plateaux de télé. » Quant à Alain Duhamel, il écrira : « Pendant au moins une quinzaine d’années, Georges Marchais a été la star politique la plus célèbre et, d’une certaine manière, la plus populaire à la télévision. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, ses émissions étaient attendues par la France entière et battaient tous les records d’écoute. Leur annonce provoquait une floraison d’avant-papiers dans la presse entre intérêt, ironie, appréhension et jubilation. Le jour dit, l’audience était immense. »

Contrairement à l'image qu'il a parfois laissée, fondée sur son discours public, Marchais n'ignore pas la nuance, et doit composer avec un parti dans lequel, comme il s'en plaindra, « nos camarades ont parfois tendance à voir tout blanc ou tout noir » et où « nous pouvons noter de-ci de-là des positions parfois sectaires, mais aussi parfois disons opportunistes »...

L'époque où Georges Marchais prend le le PCF en charge est pour celui-ci une époque de croissance. Le parti, qui comptait moins de 250.000 membres en 1960 connaît sur le plan de ses forces organisées une progression continue sous sa direction : d'à peine plus de 300.000 membres quand il en prend les rênes en 1969, il dépasse les 400.00 en 1975, et les 550.000 en 1978 – avant d'entamer une décrue continue.

Il publie en 1973 un livre remarquable et enthousiasmant, Le défi démocratique, écrit avec le concours de Jean Kanapa. C'est un exposé complet du projet du parti communiste, développant les orientations stratégiques contenues dans le Manifeste de Champigny élaboré en 1968 avec Waldeck Rochet, à la lumière de l'expérience acquise par les premières batailles politiques de l'union de la gauche autour du Programme commun signé l'année précédente. Ce sera la matrice des évolutions des années suivantes.

En 1976, Georges Marchais est au sommet de sa gloire, avec le XXIIe Congrès du PCF, celui de la voie démocratique vers un socialisme démocratique, de l'abandon de la dictature du prolétariat et de la critique sans concession des manquements démocratiques de l'URSS et des pays de l'Est. Si le torchon brûle avec Moscou, un rapprochement s'opère entre autres avec les communistes italiens et espagnols dans le cadre de ce que l'on nommera l'eurocommunisme. La progression constante de la gauche unie semble devoir aboutir à sa victoire rapide.

Mais la stratégie d'union de la gauche échoue. En septembre 1977, les négociations pour une actualisation du Programme commun sont rompues, et les élections de 1978 – où la victoire de la gauche semblait inévitable – sont un échec. Après avoir été le symbole de l'ouverture de son parti et de sa marche triomphante, Georges Marchais devient celui de son raidissement et de son échec. Un débat houleux s'instaure dans le PCF et le secrétaire général y remet à l'ordre du jour un ouvriérisme qu'on pouvait croire dépassé. À propos des militants qui contestent l'orientation du parti, voire demandent simplement que les questions y soient posées, Georges Marchais parle « d'intellectuels assis derrière leur bureau », comme si c'était derrière un établi qu'il rédigeait ses propres textes. Alors qu'il avait favorisé aux débuts de son mandat la libre discussion responsable dans son parti, il y impose un genre de « silence dans les rangs » hérité des années 50. Et lui qui avait su tenir tête sans fléchir aux tentatives de déstabilisation des soviétiques et dénoncer leur « méconnaissance persistante de l'exigence démocratique dont le socialisme est universellement porteur » en vient à défendre fin 1978, quelques semaines à peine après le décès prématuré de Jean Kanapa, leur « bilan globalement positif », avant d'approuver, depuis Moscou, l'intervention soviétique en Afghanistan. Sans le dire, il referme lentement la parenthèse eurocommuniste qu'il avait ouverte. De nouvelles élaborations stratégiques ont néanmoins lieu, avec le tournant autogestionnaire négocié entre 1977 et 1979, et l'affirmation que « l'avenir commence maintenant », alors que le PCF n'envisage en aucun cas – et ne souhaite plus – la victoire électorale en 1981 d'une gauche désormais désunie. On connaît à cet égard l'histoire de l'appel secret à voter contre François Mitterrand lors du second tour de l'élection présidentielle.

Contrairement à d'autres dirigeants de son parti, Georges Marchais n'était pas particulièrement branché sur la « grande culture », dont il avait une connaissance sommaire et peut-être même agacée. Il épousait par contre facilement, avec bonne humeur et de façon parfaitement naturelle certains des goûts les plus populaires. Il pouvait se mettre en survêtement pour regarder un match de football à la télévision et se taper sur la cuisse en riant d'un rire gras. Sa fierté d'avoir eu pour camarade et d'avoir pu fréquenter un homme comme Aragon n'en était pas moins grande, même s'il avait sans doute une approche limitée de son œuvre et si le vers qu'il citait le plus volontiers n'était pas de ses meilleurs ; mais il était pour Georges Marchais plein de signification : « Mon parti m'a donné les couleurs de la France ». Réel ou feint, Georges Marchais a toujours manifesté un fort sentiment patriotique, assez conforme aux traditions de ceux qui l'avaient formé, mais assumées sans grandes nuances, qui lui donnait sans doute à l'époque de l'eurocommunisme une arme supplémentaire pour tenir bon la ligne de l'indépendance. C'est peut-être l'une des sources de ses dérives, au tournant des années 80, à propos de l'immigration qu'il faudrait contrôler et du « seuil de tolérance » qui était désormais atteint.

La fin de l'histoire est peu réjouissante. Marchais supporte mal les échecs électoraux successifs de son parti, qui commencent avec ses propres 15,3% à l'élection présidentielle de 1981. Si la première année du premier septennat Mitterrand est marqué par une politique de gauche et des avancées réelles, le parti communiste se révèle incapable de trouver une attitude juste lors du tournant de la rigueur. Les élections européennes de 1984, pour lesquelles Georges Marchais dirige la liste du PCF, tournent à la déroute. Il ne retrouvera jamais sa superbe. Les crises internes du parti s'aggravent et apparaissent successivement des courants « rénovateur », « reconstructeur » et « refondateur » qui contestent son orientation et son mode de direction. Il s'y oppose avec énergie et raideur, entraînant des dégâts incalculables.

C'est l'époque où son image se ternit, où il en vient à imiter ses propres imitateurs qui s'attachent à le ridiculiser. Flamboyant dans les périodes de pointe, il devient pathétique en période de déclin. Alain Duhamel écrira sur ce point des mots terribles : «  Le Georges Marchais des débuts impressionnait, divertissait, inquiétait. Le Georges Marchais de la fin se pastichait, se caricaturait, s’enfonçait. Il devenait son propre double, son ombre, sa bande dessinée. La télévision l’avait promu, elle le rétrogradait. Elle avait célébré son ascension, elle théâtralisait son déclin. Elle l’avait fait, elle le défit. » S'il est inexact de dire que la télévision l'avait fait, il est clair qu'elle joua son rôle pour le défaire. Mais le déclin de Georges Marchais était d'abord celui du parti communiste.

Si, dans les dernières années de son mandat, prenant acte des évolutions des cultures militantes, il se décide enfin à mettre fin au sacro-saint « centralisme démocratique » auquel il s'était toujours montré attaché, c'est sans la perspective politique, stratégique et culturelle de la nécessaire refondation qui seule aurait donné sens à cette évolution. Il choisit enfin Robert Hue pour lui succéder dans une simple navigation à vue politique. Il s'éteint trois ans plus tard.

Conformément à ses dernières volontés, Georges Marchais n'a pas été inhumé aux côtés des autres dirigeants du parti communiste à deux pas du mur des Fédérés au Père-Lachaise. Il repose dans le cimetière de la ville de Champigny, où il résidait.

Vingt ans après sa mort, on ne reprendra pas, ni pour l'affirmer ni pour l'infirmer à propos de Georges Marchais, la métaphore douteuse du « bilan », soit pour le dire positif, soit pour le dire négatif. Il constitue désormais un objet d'histoire : une histoire qu'il faut savoir regarder dans ses contradictions objectives, contradictions qui sont celle d'un communisme en crise et que, pour le meilleur et pour le pire, il aura incarnées.

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Auteur: 
Laurent Lévy