Mars 2020 : Un Havre social, écologique, humain et solidaire ?

En mars 2020, auront lieu les élections municipales.

Au Havre, nous sommes à la croisée des chemins :

Nous avons d’une part une droite qui sera alors au pouvoir depuis 25 ans ! Une droite essoufflée, qui a vampirisé les quartiers périphériques de la ville au seul profit du centre-ville et de ses opérations de communication « patrimoine de l’Unesco ». Une droite qui a assisté sans lever le petit doigt à la désertification industrielle et portuaire, hormis son « dada », les croisières. Une droite enfin de fin de règne, digne de la décadence de l’empire Romain, après que son premier édile ait harcelé certaines femmes en leur envoyant sans leur consentement des photos à faire rougir les petits chaperons.

Quand bien même c’eut été du « libertinage », cela aurait été de toute façon inacceptable : La fonction de maire est une fonction publique et nécessite un comportement irréprochable, afin de ne pas donner prise à des pressions, des chantages, des lobbyings opérés sous la menace de révélations sur sa vie privée, et qui nuiraient ensuite à la population toute entière.

Nous avons d’autre part un mouvement social d’ampleur, qui, quelle que soit la couleur du gilet, se dresse contre toutes les casses des black-blocks de l’ultra-libéralisme : école, retraite, pouvoir d’achat, emploi. Ce mouvement social nous montre que l’aspiration à une autre vie, un autre modèle de société, est encore bien vivace et qu’« ils » n’ont pas réussi à la détruire.

En même temps, la population manifeste son impatience face au report de l’interdiction du glyphosate et autres produits cancérigènes et cherche une nourriture et un mode de vie plus sains ; la jeunesse en particulier réclame des mesures immédiates et significatives contre la crise climatique. Justice sociale et justice climatique sont inséparables.

Enfin, nous avons une droite qui va probablement aller aux municipales divisée : En effet, LREM ne peut accepter – ou alors ils tombent enfin le masque, si besoin en était encore – un maire issu du parti de Boutin, admirateur de la Manif pour Tous. En bref, la droite réactionnaire dans ce qu’il y a de pire. Nous l’attendions lors du dernier conseil municipal sur l’affaire de la directrice d’école sanctionnée suite à une dénonciation de la mairie à l’inspection académique. Nous avons été servis : attitude procédurière, arc-boutée sur des principes d’un autre âge et justifiant sans frémir la délation. Les fachos auront leur propre liste. Trois listes donc en faveur de la régression sociale et démocratique. Mais le danger est que ces gens-là peuvent se mettre un mouchoir sur le nez pour couper la route à la gauche, et qu’il n’y ait au final qu’une seule liste de droite. L’héritage Rufenacht, toujours vivant est d’avoir toujours su faire l’unité des droites.

Alors ? Hé bien la porte est ouverte au changement !

La porte est ouverte à un véritable projet social qui mette l’humain, l’environnement et la solidarité au cœur de la nouvelle mandature. Pour cela, il faut se rassembler. L’occasion qui se présente est la première en 25 ans, et il ne faut pas la laisser passer.

Nous pensons que les ressorts d’une élection municipale ne sont pas les mêmes que pour une législative, une élection européenne ou présidentielle : la part locale de l’engagement dans le vote est prépondérante, la personnalité des candidat-e-s également. Faire état des scores des uns ou des autres dans les précédentes élections nationales n’est donc ni pertinent ni judicieux.

Nous voulons un programme municipal d'appui aux services publics (école et santé notamment, bien malmenées au Havre), de défense de l'emploi, de lutte contre le chômage, de défense et d’amélioration de l'environnement, de transports publics gratuits, plus fréquents. Dans ces deux derniers domaines, environnement et transports, intimement liés, Il y a énormément de solutions possibles, à condition d’en avoir la volonté politique, une volonté qui soit celle de servir ses concitoyen-nes et non celle de gaver les copains du CAC40.

Nous souhaitons que, dans un souci de démocratie impliquant le plus possible la population, des « grands quartiers » (périmètre à définir) puissent disposer d’un conseil consultatif, et d’un budget propre pour mettre en œuvre des initiatives propres à ces grands quartiers.

Pour élaborer ce programme, qui ne doit pas être écrit sur un coin de table par deux ou trois personnes, mais auquel l’ensemble de la population doit participer, il faudra des réunions avec les partis, associations, mouvements, individus d'accord avec cette base, afin de constituer une alliance

Il nous faut une tête de liste reconnue, respectée de toutes les composantes de la gauche (et même au-delà), intègre, dont l’engagement au service de la population est connu depuis de longues années et dépasse largement le cadre de la ville. Cette tête de liste, tout le monde la connait.

Pour autant, il n’est pas question de personnaliser à outrance, et beaucoup de gens aujourd’hui remettent en cause la représentation à cause de cette personnalisation. Il sera donc nécessaire de mettre en place une administration collégiale permanente de la ville, avec toutes les composantes de l’alliance, et avec la population, dans des formes qu’il reste à déterminer afin qu’elles soient réellement démocratiques et non pas une simple réunion de quartier deux fois par an pour parler des crottes de chiens. Il sera également possible d’envisager une rotation des mandats des adjoint-e-s, en fonction de leur attachement au programme, de leur fidélité aux engagements, de leurs capacités publiques, et de leurs soutiens locaux, afin que tous les conseiller-e-s municipaux-pales puissent participer à la vie de la cité, pas seulement en levant la main une fois par mois.

Bien entendu, nous nous prononçons pour la liberté des composantes de l'alliance d'exprimer leur propre position : la logique de leur engagement, les points prioritaires, les désaccords éventuels, à condition d'appeler au vote en faveur de l'alliance, malgré ces désaccords.

Au vu des discussions que nous avons eues avec Jean-Paul Lecoq, tous ces points semblent acquis, à l'heure qu'il est.

Nous pouvons rajouter ici d’autres propositions qui pourront être débattues en temps et en heure :

Qu’avant chaque conseil municipal, soit convoqué un « conseil municipal populaire « : Nous disposons de l’expérience de certaines communes, cela correspond à un besoin des gens, qui pourront se saisir des documents relatifs aux délibérations principales (à défaut de pouvoir les étudier toutes, ce qui est impossible dans le cadre actuel imposant la fréquence des conseils municipaux). Il sera ainsi clairement établi que les questions posées par les Havrais-ses seront approfondies, jusqu’à leur réalisation.

Sur les grandes questions municipales, il pourrait être organisé un débat public, plus vaste que les actuelles « enquêtes d’utilité publique », suivi d’un vote. Cela s’inscrit dans la suite des revendications des Gilets Jaunes de référendum d’initiative citoyenne. Bien entendu, débattre signifie que chaque opinion pour s’exprimer et que le temps du débat soit suffisamment long pour que la décision soit prise en toute connaissance de cause. Les modalités de ces débats seraient à définir.

Qu’est ce qui pourrait bloquer ?

Jean-Paul Lecoq veut rassembler toute la gauche, toutes les associations de progrès, toutes les bonnes volontés.

Sa conception de la gauche intègre le Parti Socialiste et les Radicaux de Gauche.

En ce qui nous concerne, notre opinion sur ces partis est faite depuis longtemps. L’épisode sur la loi travail, les cadeaux faits au patronat sous le quinquennat Hollande, plus importants que sous l’ère Sarkozy (faut le faire !), l’inaction sur la défense de l’environnement, les retournements de vestes éhontés de ses principaux dirigeants qui ont sans vergogne rejoint le droite LREM, voire se sont acoquinés avec l’extrême-droite (Valls) : c’est clair, ces deux partis ne sont pas socialistes. Ils ont été capables d’opérer des changements sociétaux (le mariage pour tous, ou l’abolition de la peine de mort en remontant plus loin dans le temps) mais pas des changements sociaux.

Pour autant, faut-il rester dans un chagrin paralysant en disant : « hors de question de faire une alliance municipale avec eux » ?

Notre réponse est catégorique : Non.

Comme déjà dit précédemment, l’occasion de redonner à la ville ses couleurs sociales et environnementales ne se reproduira peut-être pas de sitôt. Il n’est donc pas possible de gâcher cette occasion par des pudeurs mal placées, surtout si la droite arrive à s’unir. Deux listes – ou plus – listes de gauche, face à une liste de droite avec le RN en arbitre ? Impossible !

Il y aura des militant-e-s du PS dans notre liste ? Soit, nous prenons ce risque. Si nous pensons – et c’est notre cas – que ce ne sont pas les meilleurs défenseurs de la classe ouvrière et de l’environnement, le meilleur moyen de se prémunir est de réduire leur poids relatif dans la future alliance portée par Jean-Paul Lecoq. Plus il y aura de citoyen-ne-s, d’associations, de mouvements, de partis qui ont tiré un bilan critique du quinquennat de Hollande, plus la fidélité aux engagements de lutte sera sûre. Nous veillerons à ce que ceux qui sont dans une logique anti-libérale claire (citoyens, associatifs, militants de partis ou de syndicats) soient bien représentés et pas seulement en queue de liste !

Alors nous disons : discutons programme, ensemble, avec la population. Au final, c’est la population qui tranchera, et qui nous dira : « oui, il faut y aller, tous ensemble, il faut mettre dehors cette municipalité de bras cassés ». La population qui souffre n’a cure de nos querelles de chapelles, se fiche de savoir qui a fait plus que les autres à telle ou telle élection. Ce qu’elle veut, c’est qu’on change !

Pour autant, dès l’élection acquise, nous appellerons les citoyen-ne-s et les organisations à former aussi tôt que possible un réseau "pour la défense des engagements sociaux, démocratiques et environnementaux de l'alliance contre tout abandon de ses objectifs "et à exercer un droit de critique et de mobilisation si des signes d'un tel abandon apparaissaient. Cela garantira que les promesses seront bien tenues. Et cela, même quelle que soit la couleur du gouvernement qui réclame l’abandon de nos objectifs au nom du réalisme et de la soumission au marché.

Tout seul, on avance plus vite et on a toujours raison, on est toujours d’accord avec soi-même. Mais ensemble, même si des concessions sont obligatoires, on avance plus loin.

Allons-y ! Ensemble ! Le parti ou le mouvement qui présentera une liste concurrente prendra le risque insensé de faire perdre le peuple et d’en reprendre pour 6 ans de droite dure et décomplexée. Nous refusons ce risque car l’intérêt des Havrais-e-s est notre priorité.

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