Marseille et au delà...

La victoire de l’UMP n’est pas une surprise après les résultats du premier tour. Mais le résultat du FN en est une, incontestablement. Présent sur les 29 cantons du département, il pouvait espérer en emporter jusqu’à 9. Au final il perd tous ses duels, et n’obtient un canton, à Berre, qu’à la faveur d’une triangulaire où l’UMP, arrivée en 3, s’était maintenu. Il perd de peu, mais il perd, à Gardanne, face à un binôme FG (en fait PC)/EE. Il perd à Arles face au PC. Il perd à Châteaurenard contre l’UMP où, avant le premier tour, on supposait que s’il en gagnait un, ce serait là. Et à Marseille il perd contre la droite dans les quartiers est (où le score de premier tour était le plus haut pour lui, 41.89), contre la gauche PS/EE dans le centre (c’était prévisible), et dans tous les cantons des quartiers nord. A l’Estaque, c’était probable, un PS affairiste mais non guériniste (si, si) ayant toutes ses chances. Mais dans le reste des cantons des quartiers nord (3 guérinistes), il s’agit d’une vraie surprise. Dans l’un des cantons, le guériniste, donné archi battu, gagne 24 points. Dans un autre, 18 points. Enfin dans la partie la plus aisée des quartiers nord, qui lui était promise de très longue date, il est battu sur le fil (mais battu) de 92 voix, après un gain de 23 points pour le guériniste. Ces 3 là avaient en plus l’investiture du PS dès le premier tour.

Au final, la gauche mouture ancienne (PC, EE, PS, Guérini) perd le 13, mais de peu (16 cantons à la droite, 12 à « la gauche », 1 au FN), ceci en assez grande contradiction avec le résultat des municipales. En particulier à Marseille, où si l’on compte en plus Guérini himself, « la gauche » obtient 5 cantons sur 11. Certes lors de municipales ce dernier a fait alliance avec Gaudin, mais ça laisse quand même 4 sur 11, un gros tiers, alors que la gauche n’a conservé qu’un secteur de la ville sur 8 l’an dernier. La clé est donc l’incapacité du FN à concrétiser un avantage indéniable de premier tour. Evidemment il n’y aucune raison de fêter ceci comme « une victoire ». C’est particulièrement énervant de lire ceci ça et là. Ou alors on s’habitue à tout. Tout d’abord il faut tenir compte de l’effet d’optique dû au mode d’élection, où on peut faire de 40 % à près de 50 % et n’avoir aucun élu au final. Ce qui n’enlève aucun des électeurs que le FN a obtenu ! De plus, c’est en premier l’UMP qui en bénéficie, ensuite les guérinistes avec ou sans investiture PS, quelques PS « normaux », et à peine deux élus EE et 5 PC (dans 4 cantons). Mais l’idée qui s’était installée d’une marche ininterrompue de succès pour le FN est mise en défaut. Et il est intéressant de se demander pourquoi. En effet, sur la zone correspondant (à peu près) à deux cantons du Nord, Ravier avait, aux législatives de 2012, été battu de justesse par la PS Andrieux (depuis sous le coup d’une condamnation, il y aura une nouvelle élection), donc « en duel » à cette époque. Puis avait emporté une Mairie en triangulaire l’an dernier ; puis avait grimpé de 10 points aux européennes par rapport à cette municipale, avant de triompher aux sénatoriales (emportant un poste de sénateur). A la présente élection, il est loin d’avoir reculé, il réédite environ son excellent score des européennes, avec plus de votants. Mais, comme je l’ai dit, il ne transforme nulle part l’essai. Est-ce révélateur ? Peut-être.

Quelles explications possibles (il faudra y voir de plus près). Rappelons d’abord que dans tous les cas, le FN était présent en duel (pas de confrontation PS/UMP), sauf deux triangulaires.

- La première explication, comme partout dans le pays dans ces cas là, est le bon report de la gauche sur la droite (« front républicain » dans ce sens là) quand le danger FN était réel. Dans le canton 8 de Marseille, quartiers est, l’UMP passe de 23 à 56%.

- La deuxième est la forte mobilisation à l’intérieur de « la gauche », que ce soit pour le FG (ou le FG/EE), le PS « normal », mais aussi les guérinistes. Pas de vraies différences.

- La troisième considération, remarquable et propre aux quartiers populaires, est l’apport important du vote des Cités contre le FN. Ce point là tranche complètement avec ce qui avait conduit à la victoire de Ravier à la municipale. A ce moment, comme avant et maintenant, les Cités « n’ont pas voté FN ». Mais elles avaient incontestablement laissé faire. Par l’abstention. Celle-ci n’a pas disparu, mais a diminué. Alors que rien dans la politique de la gauche (ou de la droite pour les quartiers est) n’a changé, au contraire, cette fois-ci donc, net changement d’attitude. A cette étape, je vois deux explications possibles. La première est que la dernière fois cette partie de l’électorat n’avait pas mesuré le danger, et n’y croyait tout simplement pas : on lui avait si souvent fait le coup de la peur du FN… Mais maintenant, on sait que c’est possible, et malgré tout le rejet « des politiques », comme on sait que c’est possible (et les chiffres du premier tour l’indiquaient nettement), on y va. La deuxième explication est que les symboles et signaux envoyés par Ravier ont bien été perçus…en mal.

- Enfin, dernière considération, il faut noter que le FN n’écrase pas ses adversaires y compris dans les zones plus huppées des quartiers nord. Ce serait impossible à comprendre si les électeurs UMP avaient plus fortement que d’habitude reporté leurs suffrages sur le FN. Ils l’ont certainement fait : le FN progresse de plus de 36 000 voix sur le 13. Mais avec une limite. Comme si l’incontestable porosité entre les électorats avaient atteint une limite (en gros ce que l’on voit dans les enquêtes entre les soutiens de Sarko et ceux de Juppé). Voire même que cette limite régresse un peu. Si Ravier a gagné la triangulaire (donc là on peut pas savoir, l’UMP était présente), il était en duel avec Andrieux et il frisait les 50 %, inévitablement alors avec de bons reports UMP. C’est toujours présent, mais soit c’est un petit peu moins maintenant, soit, plus probablement une limite est atteinte. Nul ne sait si c’est durable.

En tout cas, Ravier est parmi la petite minorité des Maires FN sortants qui ne renforcent pas leur influence à l’issue de ces cantonales.

De ces remarques, il serait imprudent d’en tirer des conclusions pour tout le pays. Juste partager les constations sur ces mouvements. Avec la limite à rappeler constamment du nombre demeurant élevé des abstentions. Quant à savoir si ça révèle quelque chose sur le comportement possible de ces dernières, bien malin qui peut le faire.

Samy Johsua

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