Meeting du 6 mars contre l'islamophobie : une lutte ne fait pas oublier les autres

Ensemble ! a choisi de s'associer à l'appel lancé par un collectif luttant contre l'islamophobie à un meeting organisé le 6 mars 2015 « contre l'islamophobie et le climat de guerre sécuritaire ».

Ce choix répond à notre volonté clairement affirmée et répétée de lutter contre tous les racismes, et de favoriser l'émergence d'un large front antiraciste.

Depuis les assassinats perpétrés dans les locaux de Charlie Hebdo, et les meurtres antisémites de l'Hyper Cacher, les actes islamophobes se sont multipliés à une vitesse inquiétante. Plus de 150 actes ont été répertoriés en deux mois, soit une augmentation de 70% par rapport à 2014 et, à l’image de l’ensemble des violences,  il faut noter que les femmes en sont les premières victimes : 81,5% des agressions physiques islamophobes sont dirigées contre elles.

Ensemble ! est résolue à rendre visible toutes les formes de racismes, afin de mieux les combattre. Il y a urgence à ce que la gauche de transformation sociale prenne la mesure d’un racisme spécifique prenant la religion musulmane comme prétexte et qui, à l’instar de l’antisémitisme, également en nette recrudescence, constitue un terreau privilégié au développement de l’extrême droite.

À la suite de cet appel, il s'est développé un débat sur certains réseaux sociaux tendant à décrédibiliser cette initiative, notamment en raison de la signature de certaines organisations. La participation d’Ensemble ! à cet évènement ne signifie bien évidemment pas que nous partageons l’entièreté des positions défendues par les autres organisations signataires. Nous sommes en désaccord notamment avec les positions et de l’UOIF concernant le mariage pour tous et toutes auquel elle était opposée ce qui l’a amenée à s’allier à des courants politiques réactionnaires comme la Manif pour tous. De même, n'est pour nous pas négociable le droit à l'avortement.

Mais ce type de situation sujette à frictions ne date pas d’aujourd’hui. En juillet 2014 les manifestations en soutien avec le peuple palestinien rassemblaient déjà les principales organisations de gauche, des syndicats, des associations et des structures comme l’UOIF, tout comme nous pouvons nous retrouver dans certains combats, en défense des Rroms ou de sans-papiers, en alliance avec des secteurs de l’Église Catholique dont nous ne partageons pas les positions sur les droits des femmes.

Ensemble ! est une organisation féministe autant qu’elle est antiraciste, et ne peut avoir aucune complaisance dans la lutte contre le sexisme ou l’homophobie : homophobe et sexistes nous trouverons toujours sur leur chemin.

Nous n'avons heureusement pas hésité à combatte pour le mariage pour toutes et tous aux côtés d’organisations patronales LGBT ou des personnalités de droite dont nous combattons par ailleurs sans complaisance les orientations réactionnaires. La constitution de fronts, qui est au cœur de notre politique, suppose de réaliser, sur chaque combat, l'unité la plus large. Cette unité ne nous conduit jamais à abandonner nos fondamentaux. L’antiracisme est de ceux-là, au même titre que le féminisme et l’ensemble des luttes pour l’égalité.

Notre démarche est la même pour tous les combats émancipateurs auxquels nous participons, et que nous entendons faire converger.

C’est dans cette perspective nous avons fait le choix de participer au meeting du 6 mars contre l’islamophobie: pour les droits civiques, contre les dérives sécuritaires et pour les libertés publiques. Cette première initiative en appelle d’autres qui permettront de répondre à l’ensemble des défis qui nous sont posés.

Dans les périodes de réaction et de crise globale, ce sont l’ensemble de nos droits qui sont mis à mal. Alors que les repères politiques sont brouillés, les risques de division du camp progressiste à travers l’instrumentalisation de certaines luttes contre d’autres sont une réalité. C’est pourquoi Ensemble ! s’attache plus que jamais à travailler à la convergence des luttes, sans les hiérarchiser ni les faire entrer en concurrence, car quel sens cela a-t-il de lutter pour les droits des un-e-s si on oublie ceux des autres ? Pour un changement radical de société, tous les combats émancipateurs doivent être menés de front et chaque droit conquis doit être un pas de plus sur le chemin de notre émancipation collective.

Ingrid Hayes, Laurent Levy, Laurianne Alluchon, Marjolaine Christien-Charrière, François Calaret

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