Merah : un procès pour rien ?

Dans mon blog du 2 octobre 2017 (« Procès Merah : ni oubli, ni pardon »), j’écrivais ceci :
« Que les cinq semaines du procès Merah soient l'occasion de mettre en lumière ce nouvel antisémitisme des années 2000, qui ne vient plus seulement de l'extrême droite, mais aussi d'une partie de la jeunesse d'origine immigrée, elle-même discriminée et reportant ses frustrations sur les Juifs, accusés d'avoir "réussi". Et que le soutien légitime de la gauche radicale au peuple palestinien, à qui la justice est refusée depuis trop longtemps, n'empêche pas d'agir contre les manifestations de l'antisémitisme ».

Ce procès se termine, et mes interrogations demeurent entières. La question n’est pas celle du verdict, mais de la teneur des débats. Ils ont bien peu porté sur cette question de l’antisémitisme, même si certains organes de presse s’y sont référés. On a surtout fait le procès du terrorisme, du rapport de Merah à la loi républicaine. Un des témoins, tout de même, le père et grand-père de victimes de l’école juive a exprimé ce qu’il convenait de dire, faisant le rapport avec le nazisme. En effet, la manière dont Merah s’est acharné sur ces enfants est dans la lignée de ceux qui voulurent exterminer les Juifs, « parce qu’ils étaient nés ». Et le fait que trois quarts de siècle plus tard certains veuillent recommencer ne soulève pas plus d’indignation qu’un fait divers ! Non, ce procès n’a décidément pas rempli son rôle. Non la société française n’a pas encore pris conscience de la réalité de l’antisémitisme, à moins qu’elle ne l’accepte, comme un mal inévitable. Alors qu’un récent sondage montre que près de la moitié des Juifs (46%) songent à quitter la France à cause de l’antisémitisme renaissant. Alors que la stèle en mémoire d’Ilan Halimi a été de nouveau profanée.

Quant à la gauche radicale, que j’exhortais à réagir à la remontée de l’antisémitisme, a-t-elle profité du procès pour parler de cette question ? Elle qui est sensible à toutes les injustices. Une consultation rapide d’une partie de la presse d’extrême gauche montre que non. Elle a même réussi à passer l’événement sous silence. Des dirigeants de la gauche radicale qui font des blogs et des vidéos sur nombre de sujets n’en ont pas eu un, semble-t-il, pour saisir l’occasion de dénoncer l’antisémitisme. Qu’attendent donc tous ces courants ? D’autres Merah ? Ou bien a-t-on définitivement, dans la gauche radicale, pris le parti de considérer qu’à propos de l’antisémitisme il n’y a rien à dire. Ce serait une terrible erreur, une de celles qu’on ne rattrape pas. Est-il encore temps ? Rien n’est moins sûr.

Blog
Auteur: 
Robert HIRSCH