Meurtre de l'ambassadeur de Russie en Turquie : spectaculaire mais rien qu'un remous.

L'image est spectaculaire, surréaliste tellement elle est cinématographique : Mevlüt Mert Altintas, un policier pro-AKP (comme 99% de la police turque), habillé comme un personnage de Pulp Fiction ou Reservoir Dogs de Q.Tarentino, un pistolet à la main avec à ses pieds la dépouille de l’ambassadeur russe Karlov .

Pourtant, le caractère spectaculaire de l'image ne doit pas amener à surdéterminer la portée de cet acte. Non cet assassinat n'est pas une étincelle telle que celle du meurtre de l'archiduc François-Ferdinand par Gavrilo Principe en 1914 entraînant la première guerre mondiale. Il n'y aura pas de 3ème guerre mondiale suite au meurtre de l'ambassadeur de Russie à Ankara.

Erdoğan et Poutine ont dénoncé quasiment avec les mêmes mots une "provocation" contre l'amélioration des relations entre les deux gouvernements, ce qui est vrai : Erdoğan a depuis longtemps désormais abandonné toute velléité contre Al-Assad pour se concentrer sur l'objectif premier : écraser le mouvement kurde. Il a d'ailleurs fait de même pour la question palestinienne en entamant une lune de miel avec Israël.

Sans surprise, la presse turque pro-gouvernementale a donné la parole à des ex-gülenistes "repentis" pour affirmer qu'Altintas est à "1000% güleniste", du nom de la confrérie conservatrice-nationaliste Gülen ex-allié d’Erdogan et maintenant vilipendé par le régime dans le cadre d’un affrontement sur le partage des rentes économiques découlant du pouvoir politique. Cela démontre bien à quel point le régime turc veut se démarquer de cet acte... qu'il utilisera probablement pour justifier de nouvelles vagues d'arrestations et d'exclusion de la fonction publique visant des secteurs oppositionnels démocratiques n'ayant rien à voir avec cet acte.

On ne sera probablement jamais certain de connaitre tout l'arrière fond de cette histoire mais il est clair que l'instrumentalisation du drame syrien par Erdoğan génère des candidats au martyr dans les rangs de ses supporters. Ceux-ci sont en décalage avec le tournant (jamais avoué) de la politique du gouvernement turc. Il est possible que ce meurtre relève d'un tel décalage. .. mais sans générer plus qu'un remous.

Emre Öngün

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