Mobilisation à Notre-Dame-des-Landes : « Du jamais vu »

Sous le mot d'ordre « pour l'abandon du projet d’aéroport et pour l'avenir de la ZAD » les différentes composantes de la lutte de Notre-Dame-des-Landes ont organisé une journée de mobilisation le samedi 27 février 2016. Voilà la réponse du mouvement social à la proposition du gouvernement d'organiser un référendum local sur la construction de l'aéroport. A pied, à vélo et en tracteur plus de 60 000 personnes ont contribué à ce que cette journée de mobilisation, mise en place dans un délai très court, devienne la plus grosse manifestation pour la sauvegarde du bocage de Notre-Dame-des-Landes et pour le soutien à celles et ceux qui font vivre la ZAD. Avec 68 cars venus de tout le pays il s'agit d'un événement qui dépasse largement l'échelle régionale pour constituer un véritable point de référence national des luttes écologistes et sociales. Ainsi, les manifestant-e-s apportent leur soutien infaillible à cette lutte emblématique contre un projet inutile - basé sur des mensonges, des secrets et des manipulations - écologiquement et économiquement intenable.

Face aux pressions du gouvernement et de la multinationale Vinci le mouvement anti-aéroport se montre par conséquent plus dense et vivant que jamais. La mobilisation du 27 février a réussi à amplifier les premières actions de cette année : le 9 janvier 20 000 personnes et 500 tracteurs ont bloqué le périphérique de Nantes et des actions ont eu lieu dans des dizaines des villes en France et notamment devant le tribunal de Nantes. La journée de mobilisation du 27 février a fait converger des modes de militantisme variés : Les rues n'ont donc pas seulement été occupées par un millier de personnes à vélo mais un convoi impressionnant d'une cinquantaine de tracteurs a rappelé l'enjeu de préservation de la terre agricole. Parallèlement, la masse de 60 000 personnes a bloqué les routes autour du périmètre du projet d’aéroport. Cette marche a su combiner la dimension festive et musicale d'une fête populaire avec la détermination combative de gagner cette lutte – illustrée par les mots d'ordre « Vinci dégage » et « ni expulsions, ni travaux ». En même temps, ce fut un moment d'internationalisme vu la présence de militant-e-s venu-e-s des autres pays européens et la diffusion de nombreux messages de soutien venant de partout (Allemagne, Italie, Turquie, Belgique, Grande-Bretagne, Québec...). Parmi ces interventions une militante contre le projet de gare à Stuttgart (Stuttgart 21) nous a parlé de l'expérience de leur lutte pour notamment nous mettre en garde contre les pièges du référendum local. L'intérêt international des militant-e-s écologistes pour Notre-Dame-des-Landes montre que les projets polluants locaux ont inévitablement une portée planétaire. Dans cette perspective, le constat d'une incohérence totale s'impose entre les actes et le discours du gouvernement : notamment pendant la COP21 il a voulu se présenter comme sauveur de la planète et en même temps il soutient le projet de construire un aéroport près d'une ville qui en possède déjà un.

La résistance à Notre-Dame-des-Landes est aujourd'hui devenue emblématique de tant d’autres luttes contre les destructions environnementales et sociales, de tant de combats face à la disparition des terres agricoles ou aux causes du changement climatique. Elle marque un refus ferme de la marchandisation continue du territoire et de nos vies et apporte la preuve que luttes sociales et écologistes sont indissociables – dans ce sens, il n'est pas surprenant de voir des pancartes « sauvons la ZAD et le code du travail » lors de la manifestation. Or, au-delà du refus du productivisme et de la pollution se construit un projet anticapitaliste qui se matérialise à travers la ZAD. En effet, elle est porteuse d'un immense espoir parce que s'y inventent d’autres manières d’habiter le monde, de cultiver, de créer et de s'organiser en commun.

Toutefois les organisateurs de la mobilisation rappellent que l'ambiance festive qui a régné toute la journée ne doit pas faire oublier la détermination farouche des opposant-e-s pour obtenir rapidement l'arrêt des procédures d'expulsion et l'abandon du projet. Les prochaines semaines seront déterminantes. L'annonce d'un référendum sur le projet d'aéroport - dont l'organisation reste pour le moins floue et sujette à caution - n'a pas affaibli le mouvement d'opposition, bien au contraire. On ne lâchera rien ! L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne se fera jamais !

Benjamin Birnbaum

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