Monsieur le Président, il est temps de renoncer !

Monsieur le Président,

Vous n'avez plus rien à prouver pour ce qui est de votre habileté tacticienne, reconnue par tous. Vous en faites une nouvelle et éclatante démonstration avec la question de la déchéance de nationalité.

La mesure n'est d'aucune conséquence du point de vue de la sécurité et de la défense face à la menace terroriste. Chacun le sait et le dit. Il s'agit, comme le répète M. Valls, d'un symbole. Le symbole de votre fermeté. De la détermination du pouvoir que vos incarnez.

Un symbole qui, lancé lors de votre discours devant le Congrès réuni à Versailles, telle une boule poursuit sa course dévastatrice sans pouvoir être arrêtée (du fait du « respect de la parole donnée » !)...

Voici les socialistes qui se veulent toujours de gauche condamnés à ruminer leur indignation. Et les parlementaires de droite obligés de vous soutenir pour que soit adopté ce qu'ils défendent de longue date. Autant de divisions grosses d’une recomposition politique à laquelle on vous sait travailler. Manière aussi de rendre possible l'impossible : un nouveau mandat qui vous soit accordé malgré l’impopularité où vous a plongé la première partie du quinquennat.

Sans doute vos conseillers ne tarissent pas d'éloge pour saluer un tel talent. Ne vous répètent-ils pas que 90 % des Français, traumatisés par les attentats de novembre, approuvent une telle mesure ? Vont-ils jusqu'à vous suggérer que, dans ce conditions, en cas d'échec à réunir les trois cinquièmes des votes au Parlement, un recours est envisageable : le référendum ? Au moins d'en laisser planer la menace...

Là, Monsieur le Président, le vertige et l’effroi nous saisissent.

Ils valent invitation à comprendre que cette histoire n'est pas une simple question de symbole et de manœuvre politicienne.

De très nombreux compatriotes binationaux vivent la mesure envisagée comme une blessure infligée à leur conscience française. Beaucoup d'autres partagent ce sentiment. Fort nombreux sont ceux qui jugent qu'une atteinte en serait portée aux principes fondamentaux de la République telle qu'ils la conçoivent.

Il ne sert à rien de s'accrocher à l'idée que les personnes susceptibles d’être concernées par une telle sanction sont un nombre infime... Cela, c’est le leurre du prétendu symbole. La réalité, c'est le principe, avec le poison de la division et sa possible gangrène.
Dans peu de temps, vos vœux peuvent être le moment du ressaisissement.
Un recul plutôt qu'une erreur historique.

Monsieur le Président, dites que vous renoncez à persister jusqu'à la faute !

Francis Sitel

Article