Ne renonçons pas à transformer le sport

« Création collective, instinctive, continue, dynamique grandiose de l'imaginaire, le sport traverse avec assurance l'histoire des peuples et n'a pas été inventé, au cours des âges, sur décision des princes ou recommandation des philosophes. Il est vivant, populaire, spontané. Il est émotion. Il est passion. » Bernard Jeu Le sport, l'émotion, l'espace.

Les Activités Physiques et Sportives sont des objets culturels qui cristallisent ce que les femmes et les hommes ont inventé et produit comme techniques corporelles pour s'émanciper des déterminismes qui les entourent.
Elles prennent racine dans des pratiques ancestrales (se déplacer, chasser, se transporter, combattre, s'organiser en groupe, communiquer....) pour se détacher de leur fonction utilitaire et constituer un champ autonome de pratiques sociales au cours d'un long processus historique. Ces pratiques sociales réservées à une élite se sont progressivement démocratisées, ont produit un système de règles puis se sont développées à l'échelle de la planète. Elles sont devenues au delà des langues, et des histoires de chaque pays, des instruments de communication et de rencontre planétaires.

Confrontés aux APS, les enfants, les hommes et les femmes qui les pratiquent s'approprient ces techniques, et développent de nouvelles capacités motrices qui au delà du plaisir d'apprendre ou de vivre des situations émotionnelles fortes, leur permettent de vivre mieux. En tant que professeur d'Eps, elles constituent pour moi les objets de référence de mon enseignement.

Du foot de rue aux matchs de championnat, du sport scolaire au sport universitaire, des tournois ponctuels aux compétitions organisées tout au long de l'année, de la randonnée au marathon, de la natation en club à la pratique du dimanche matin à la piscine, du tour de France à la pratique familiale du cyclotourisme en vacances, les pratiques sportives sont multiples. Le sport de haut niveau est partie intégrante de ces pratiques.

Comme toute pratique sociale, elles sont percutées par le contexte dans lequel elles se développent. Le travail par exemple, est gangrené par la logique de marchandisation, de rentabilité à tout prix, est parfois même empêché au point de pousser des travailleurs à se suicider. Revendique-t-on de supprimer le travail ? Ou revendique-t-on de le transformer ?

Dopage, salaires extravagants, dumping sur les retransmissions, achat de joueurs, mais aussi violences, chauvinisme, voire nationalisme, les maux du sport sont le reflet de notre société capitaliste.

Les Jeux Olympiques n'échappent pas à ces contradictions. Ils sont l'occasion de la plus grande rencontre internationale de sport, l'aboutissement de nombreuses années d’entraînement, d'efforts, et un moment merveilleux pour tous les athlètes qui se confrontent, et pour les spectateurs dont je suis. Et dans le même temps, ils concentrent toutes les dérives citées sans compter la corruption de ses plus hauts dirigeants du Comité Olympique.

Ne confondons pas le sport et la marchandisation capitaliste qui imprègne de plus en plus son organisation. La compétition et la haute performance ne sont pas par essence des principes du système capitaliste, nourrissant des processus de domination, elles peuvent être placées au cœur de processus d'émancipation en rendant possible la recherche du dépassement de ses propres limites, aussi bien individuellement que collectivement. Les Jeux paralympiques en sont une formidable démonstration. En quoi refuser la candidature de Paris pour les JO de 2024, est-il de nature à poser les vrais enjeux d'un sport émancipateur ?

Ne renonçons pas à transformer le sport.

PS: en photo Assia El-Hannouni 8 fois médaillée d'or aux Jeux paralympiques, Assia est mal-voyante

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Auteur: 
Sylvie Larue