Non à la guerre de civilisation, non à l'union nationale !

La guerre de « civilisation » impérialiste

Les attentats de Paris du 7 au 9 janvier ne sont pas une surprise, ils ne sont pas le résultat de la folie de quelques « fous de dieu » pas plus qu'ils n'auraient été le produit d'un manque de respect de la laïcité et d '« éducation civique républicaine » à l'école... Au dela de l'émotion et du sentiment d'horreur légitime, il est indispensable de comprendre les causes de ces morts inutiles, afin de réellement construire un monde de paix.

Ils sont le résultat de la politique impérialiste des grandes puissances depuis 15 ans. Le 11 septembre à New York, en mars 2004 à Madrid, en juillet 2005 à Londres, aujourd'hui à Paris et en Belgique : cette violence meutrière est l'effet boomerang de la « guerre de civilisation » menée au moyen orient par l'OTAN, à laquelle la France participe depuis 2001 aux côtés des USA, de la Grande Bretagne, de l'Espagne, Israël... Chaque jour au Yemen, en Syrie, en Irak, au Mali, en Lybie, au Pakistan, à Gaza... des avions, des drones déversent des bombes. Au moins 500 000 morts Irakiens depuis 2003 et près de 5 000 GI's morts pour rien ! Des dizaines de milliers de morts en Afghanistant depuis 2001. Plus de 100 000 morts en Syrie depuis 2011 selon l'ONU. Plusieurs dizaines de milliers de morts au Yemen où les drones états-uniens interviennent quotidiennement. 1500 morts à Gaza cet été, dont 400 enfants... La liste est interminable. Cette guerre menée au nom de la lutte contre « la barbarie terroriste » n'a fait que créer davantage de barbarie.

Les raisons de ces guerres ne sont pas religieuses (même si les justifications et l'idéologie peuvent l'être, comme cela souvent été le cas dans l'histoire) mais relèvent de la géopolitique, de la compétition économique et des confontations entre grandes puissancces impérialistes, dans un monde recomposé et instable après 45 ans de guerre froide. Toute guerre a besoin de justification idéologique, qui permet de convaincre de larges masses (en réalité la classe ouvrière) de la légitimité de la guerre, de son bien fondé « démocratique ». En 2001, les USA lancèrent « la guerre de civilisation », « l'occident démocratique face à la barbarie des pays musulmans ». Le « musulman » devint le nouveau visage de la menace, extérieure comme intérieure (la fameuse 5e colonne), remplacant la menace communiste qui avait tant servit aux USA pour imposer leur hégémonie après la deuxième guerre mondiale. Depuis 15 ans, l'islamophobie est devenu en enjeu majeur, qui n'a cessé d'être une « pomme de discorde » au sein de la gauche et du mouvement ouvrier. Il est à noter que cela ne signifie pas une forme exclusive de racisme, de discrimination. Cela se combina et s'ajouta au racisme existant, anti arabe, antinoir, antisémite, anti roms... En France, on vit en 2005, lors des émeutes de la jeunesse de banlieues, face au racisme, la misère, les violences policières, que Sarkozy n'hésitat pas à réactiver l'état d'urgence, utilisant volontairement une loi de la guerre d'Algérie, soutenu à l'époque déjà par presque toute la gauche.

Bush, qui n'hésitait pas à recourrir à la religion judéo-chrétienne, utilisa l'émotion légitime et l'horreur des américains après le 11 septembre (3000 morts civils) pour ressouder la nation américaine derrière son drapeau et son armée. Une forme de chantage fut fait à la gauche, aux démocrates. Toute critique de la politique de Bush revenait à être un soutien des terroristes : « si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous, avec les terroristes », contre nos valeurs, contre la démocratie déclara Bush, défenseur bien connu de la démocratie et la justice ! Avec des mots différents, on retrouve aujourd'hui la même injonction dans les propos de la ministre de l'éducation nationale : «  si on n'est pas Charlie, on est avec les terroristes ! » et de proposer un fichage des élèves « qui se posent des questions » ! Tout cela, aujourd'hui comme en 2001, au nom de la défense de la liberté.

Si les attentats de Paris s'inscrivent dans la continuité du 11 septembre, il faut noter que la situation est pire. Malgré sa puissance, le mouvement international antiguerre de 2001-2003 n' pas pu empêcher la guerre en Afghanistan, en Irak... Depuis, les morts se compttent par centaines de milliers dans tout le moyen -orient. Cela n'a pas que nourrir davantage de désespoir et de colère de la part des populations victimes. L'espoir de 2011 avec les révolutions arabes, qui redonnait un espoir à la lutte collective, de masse est entré dans une phase descendante : contre révolution en Egypte et retour de la dictature militaire, victoire d'un ex du sytème Bourgiba et RCD en Tunisie... La situation en Syrie témoigne du cynisme et de la responsabilité des pays occidentaux dans la descente aux enfers du mouvement démocratique. Les occidentaux ont clairement laisser Bachar El Assad massacrer un peuple. Comment s'étonner ensuite de la barbarie généralisée. L'Etat Islamique est le produit du désastre crée par les américains en Irak. 10 ans de guerre pour rien. L'emergence de l'Etat Islamique est comparable au développement des Khmers rouges au Cambodge, qui est le résultat de la politique de destruction massive de toute la société vietnamienne. L'EI est également le résultat des humuliations, du désespoir, de la destruction des structures économiques et sociales provoqué par 10 ans de guerre en Irak et au moyen orient.

Comme le disait Daniel Bensaïd après le 11 septembre, on ne peut pas mettre au même niveau le terrorisme islamiste et la responsabilité des dirigeants des grandes puissance, c'est une « fausse symétrie entre deux dangers ». L'Etat français et ses alliés comme les USA et l'Angleterre ont un pouvoir destructeur incomparablement plus puissant que les islamistes, aussi détestables que soient ces derniers.

Il est donc indispensable d'identifier les véritables responsables de toute cette horreur : c'est bien toute la rangée de « saigneurs de guerre » qui a défilé à Paris aux côtés de Hollande, Valls, Merkel, Netanyaou, le secrétaire général de l'OTAN. Cela témoigne du cynisme et de l'hypocrisie de ceux qui nous dirigent. A chaque fois qu'un attentat horrible à lieu en Occident, ils se saisissent de l'occasion pour accélérer la mise en place de leur politique sécuritaire, raciste et guerrière. Tout cela se combine avec la poursuite de la poitique austéritaire.Concrètement, cela sigifiera moins de profs, d'infirmières, d'agents territoriaux et plus de flics et de militaires... Tout le monde sait ce que vont faire Hollande, Merkel, Cameron, Renzi.

Un conflit « de civilisation » intérieur

Comme on pouvait s'en douter, Hollande et Valls n'ont pas fait le choix de répondre aux atttentats par davantage de « tolérance », comme le disait si justement le maire démocrate norvégien après la tuerie du fasciste Brevik « Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie. » 

Le gouvernement va utiliser la légitimité acquise avec la grande marche du 11 janvier pour mettre en œuvre une politique sécuritaire, liberticide, qui va aggraver l'islamophobie, tout cela au nom « de la lutte pour la liberté d'expression et la démocratie ». On nous annonce déjà qu'il va falloir accepter des restrictions des libertés, pour défendre la liberté... On nous explique que l'immigration est un problème, qu'il va falloir augmenter les contrôles aux frontières, alors que les trois terroristes étaient nés en France, de nationalité française.

Depuis 15 ans, la « guerre de civilisation » se mène sur deux fronts. La situation des musulmans, des immigrés, des roms, des noirs, des arabes est de plus en plus difficile. En 2004-2005, la droite célébrait dans les programmes de l'école « le rôle positif de la colonisation ». Loi anti-foulard à l'école en 2004, loi anti burka... depuis des années on alimente l'idée qu'il y a un problème musulman en France. Bien souvent, la laïcité a été utilisée comme prétexte pour stigmatiser davantage les musulmans. Le Front National a su intelligemment profiter de la situation, se prétendant défenseur de l'égalité homme/femme et de la laïcité pour en fait propager le pire racisme.

La construction de boucs-émissaires (par la droite comme par la gauche) permet de diviser les salariés, les travailleurs, de toute origine ou religion. Depuis 15 ans, la situation de la majorité de la population se dégrade, inégalités grandissante, chômage de masse, balieues ghettos.... Mais il est bien plus facile de détourner la colère vers les voisins « différents », qui ne veulent pas accepter « notre » culture, « nos » valeurs... Dans tous les milieux (jeunes, ouvriers industriels, agriculteurs...), on assiste à une montée du racisme et du vote FN. Cela évite de désigner les véritables responsables de cette situation, les capitalistes.

Depuis des années, on assiste à une fragmentation de la classe ouvrière, et des recompositions mais qui se traduisent par un affaiblissement des cadres de socialisation large du mouvement ouvrier. Les divisions religieuses, de couleurs, d'origine sont régulièrement entretenues, avec une surenchère perpétuelle de lois sur l'immigration, la construction de l'Europe forteresse. N'oublions pas que 2000 personnes meurent depuis 20 ans chaque année en essayant de traverser la Mediterranée vers l'Europe, et pas une minute de silence... N'oublions pas par exemple ce qu'il s'est passé en juillet 2014 lors de l'offensive israélienne contre Gaza. Le gouvernement PS (aujourd'hui défenseur hypocrite de la liberté d'expression) a interdit les manifestations parisiennes de solidarité avec Gaza ! Plus récemment, ce même gouvernement a interdit les manifestations à Toulouse après l'assassinat par la police de Remi Fraisse... La répression des mouvements sociaux était déjà systématique et bien plus dure contre les mouvements sociaux avant même le 7 janvier.

C'est dans ce contexte déjà délétère et explosif, qui vise à substituer les divisions de race aux divisions de classe, qu'ont éclaté les attentats. On sait donc déjà que le gouvernement ne va pas hésiter à mettre en œuvre un nouvel arsenal sécuritaire. Même si Valls se dit « solidaire » de musulmans, ses mesures ne vont que renforcer la stigmatisation. En une semaine après les attentats, le ministère de l'intérieur recensait autant d'actes islamophobes en une semaine qu'en 6 mois l'année dernière. Les prises de position de Najat Vallaud Belkacem témoignent d'une forme de basculement sécuritaire. Marine Le pen demande le rétablissement de la peine de mort... C'est digne du roman de Georges Orwell 1984 : « la guerre c'est la paix » !

Le PS, qui était à la dérive totale, soutenant un gouvernement complètement discrédité, a bien évidemment saisi l'occasion pour réunir le plus largement à gauche comme à droite sa politique. Cambadélis a même dit à propos de la participation de Marine Le Pen « que personne était exclu ». Hollande a reçu Marine Le Pen à l'Elysée, légitimant le FN comme parti « démocratique », « défendant la liberté d'expression ». Le Pen père n'a pas hésité à jouer le cynisme et la surenchère raciste. Ces derniers jours, Hollande et valls ont su utiliser les symboles « républicains » pour construire une unité nationale inédite en France. Qui aurait imaginé la marche du 11 janvier une semaine avant. Qui aurait imaginé Melenchon et Laurent, dans le même « carré de tête » officiel (en fait le 3e, le premier étant les familles de Charlie, puis les chefs d'état) que Cambadélis, Estrosi, Guéant..., quelques centaines de mètres derrière tous les dirigeants de l'ordre mondial impérialiste ? Appelée par la gauche (y compris le Front de gauche) comme par la droite, cette marche a rassemblée une masse de gens inédite, mais il est évident que beaucoup de participants ne mettaient pas le même sens derrière les mêmes mots. Pour une partie non négligeable, il s'agit bien d'un conflit de civilisation, que les musulmans posent un problème en France.

On voit également les limites et les ambiguïtés du slogan « je suis Charlie ». Et ceux qui doutent, qui ne s'y retrouvent pas, qui pensent que certaines prises de position de Charlie ont contribuer à alimenter l'islamophobie... Une partie de la jeunesse, dans les quartiers, des musulmans, des militants de gauche ne se retrouvent pas dans cet unanisme. Cela signifie t'il qu'il soutiennent le terrorisme ? On ne peut l'ignorer, au risque d'agrandir encore les divisions.

Les attentats et le 11 janvier ont créé une situation politique nouvelle, mais qui en même temps prend ses racines dans des conflits accumulés depuis des années, dans le cadre d'un « désordre mondial » grandissant depuis le 11 septembre 2001.

Contre l'unité nationale

La manifestation du 11 janvier sert à nos dirigeants à construire une véritable « unité nationale » qui vise à souder, au dela des classes, un soit disant camp « démocrate ». L'indignation légitime face aux attentats, la soif de fraternité et de justice sont les raisons pour lesquelles de millions de personnes manifesteront dimanche. Beaucoup de manifestants portaient des valeurs de solidarité, de justice et refusent les amalgames islamophobes. Personne nie cet aspect mais il faut également constater que cela cohabitait avec des idées et des forces beaucoup plus réactionnaire. Cette manifestation, c'était aussi des dizaines de milliers de personnes chantant la Marseillaise, des milliers de drapeaux bleu-blanc-rouge.

Le PCF et le PG ont signé l'appel unitaire PS-UMP avec comme seul mot d'ordre « Liberté d'expression – défense de la République ». C'est bien une forme inédité d'union nationale, qui vise à mettre de côté les divisions de partis, de classe, afin d'entretenir le mythe d'une « unité de la nation française », face « à la barbarie terroriste qui nous menace ».

Le discours du PG est très ambigu et présente le mouvement comme s'il était unanimement progressiste : « UN PEUPLE EN MOUVEMENT POUR DÉFENDRE L’IDÉAL RÉPUBLICAIN Dimanche 11 janvier, en prenant la rue, nous avons transformé notre profonde tristesse et notre colère en un acte « politique » collectif. Nous étions plus de 4 millions à clamer « Nous sommes Charlie ! », « Nous n’avons pas peur, nous ne nous tairons pas, nous ne nous diviserons pas ! ». Cet élan du peuple a exprimé sa volonté de plus de démocratie contre la barbarie, plus de Laïcité contre les obscurantistes, plus de Fraternité et d’Egalité contre la haine et tous les racismes, tous les intégrismes et les fascismes. Il faut donc une nouvelle République. CONTINUONS LE MOUVEMENT ! Nous avons ensemble une responsabilité collective énorme. Celle de poursuivre cet élan y compris avec toutes celles et ceux qui n’ont pas marché. Demain sera ce que nous en ferons. Refusons les tentatives sécuritaires et les velléités guerrières. Nous sommes le peuple et nous tenons à exercer pleinement notre souveraineté. »

A propos de son livre publié à la rentrée 2014 "L'ère du peuple", plusieurs camarades avaient déjà pointé les faiblesses et dangers de la vision « du peuple » de Mélenchon, de sa théorisation de la fin du positionnement gauche /droite (mythifiant Podémos...). Il se pourrait qu'il y ait des mouvements populaires, mais sur des bases bien plus nationalistes et racistes que ne l'imaginait Mélenchon. Je ne suis pas sur que ses arguments actuels, sur une laïcité de combat contre l'islamisme, soit de nature à contre balancer la vision dominante du clash des civilisations. Le terrorisme islamisme ne dépendant pas vraiment du concordat de l'Alsace Moselle, touchant des pays européens ayant des visions différentes de la laïcité (Espagne, Royaume Uni, Belgique, France) qui part contre ont en commun de participer aux guerres de l'OTAN.

Le PCF caractérise également le mouvement comme complètement progressiste, le définissant comme une « union populaire et républicaine ». Mardi 13 janvier, les députés PCF ont tous chanté la Marseillaise, rendant hommage à la France, la police, Hollande et Valls ! Il est évident que les députés et élus PCF voteront (pour la plupart) les mesures d'exception, de restrictions des libertés, d'augmentation des budgets pour les services militaires et policiers antiterroristes, une intervention « antidjihadiste » dans le Sud Lybien... Déjà, en septembre dernier, la totalité des députés du groupe Front de gauche avaient voté les nouvelles lois anti-djihadistes et le contrôle croissant d'internet par les services policiers. On voit bien d'ailleurs depuis quelques jours les dérives complète des lois antiterroristes pour mettre en prison des gens qui ont écrit un tweet, aussi débile soit-il.

Ensemble a été très divisé et pour l'extérieur, nos positions sont apparues pour le moins confuses. Nos débats traversent également l'ensemble des organisations de la gauche de gauche, associations, syndicats. Fallait-il participer à la manif ? Pierre François Grond compare la nécessité d'aller à la manif à l'affaire Dreyfus et la résistance contre le nazisme. La manifestation du 11 janvier était incontestablement une manif organisé au plus haut sommet de l'Etat, du jamais vu effectivement, mais pas comparable à des mouvements de résistance contre l'idéologie dominante antisémite, à contre courant, ou les FTP. Sabado et Rousset font eux aussi un parallèle absurde avec 1995 et 1968 ! PF dit que si nous n'allons pas à la manif, qu'il caractérise d'interclassiste, nouus faisons la même erreur que Guesde à propos de l'affaire Dreyfus. Quelle confusion, ne serait-ce pas l'islamophobie qui serait une forme d'antisémistisme du 21ème siècle ? Il prend par contre l'exemple du bourgeois Clémenceau qui soutient Dreyfus. Bien sur qu'il fallait soutenir Dreyfus, mais est ce vraiment la question aujourd'hui ? Ironie de l'histoire : Guesde et Clémenceau que PF oppose ont en fait fini dans le même gouvernement 15 ans plus tard pour mener la guerre impérialiste au nom de l'union sacrée.

Sans même chercher à polémiquer sur ce qui s'est passé à Ensemble (inaudible, montrant une inconséquence complète de la direction...), on doit faire le constat que les deux principales forces du Front de gauche, le PCF et le PG, sont en train, sous une forme ou sous une autre, d'être entrainé dans cette unité nationale. L'histoire nous a aussi appris les dangers si c'est seulement « l'émotion » qui domine. La mort de Jaurès en 1914 fut un de ces moments de bascule. L'assassinat du symbole du pacifisme fut le prétexte pour entraîner la gauche dans le nationalisme et le soutien à la guerre, la fameuse « union sacrée ».

Il ne s'agit pas de caricaturer la situation mais souligner les dangers. Bien sur, le 12 janvier, ce n'est pas la guerre mondiale, il n'y a pas encore de gouvernement d'union nationale mais on voit bien où le PS veut aller : entraîner toute la gauche (PCF, FDG, EELV) dans une politique d'union nationale. Une des rares voix critique contre l'union nationale fut celle de Besancenot, le NPA étant une des seules forces politique à ne pas appeler au 11 janvier. Il faut avoir conscience que même si pour certains, notre discours sera inaudible, il est important d'être parfois à contre-courant.

Il y a tout à craindre que même si à court terme Hollande et le PS bénéficient d'un gain de popularité, au final c'est le FN qui profitera de ce climat de plus en plus sécuritaire, raciste, qui créé la peur et mine les solidarités. Le débat sur l'islamophobie va à nouveau diviser la gauche et l'ensemble du mouvement ouvrier (syndicat, associations), nous avons la responsabilité de faire entendre une voix claire qui dise : « non, ce ne sont pas les musulmans qui sont responsables, il n'y a pas de problème musulman en France ».

Maintenir la résistance

Faire le constat que nous vivons dans une période de plus en plus sombre n'est pas très enthousiasmant. Débattre d'une compréhension commune de la situation doit nous permettre de militer à court terme, demain, dans les semaines agités qui se profielent, comme à moyen-terme, avec comme objectif commun un autre mondre, écosocialiste, autogestionnaire, communiste, libertaire...

Mais cela implique, de l'avis de beauccoup de militants, d'une manière ou d'une autre, de se reposer un certain nombre de questions fondamentales pour que Ensemble ait un avenir.

1) Ce qui s'est passé ces derniers jours est un enjeu crucial. Cela vient percuter l'agenda du processus de fondation d'Ensemble. Il faut trouver le moyen pour que l'on discute le plus largement, de manière approfondi de cette nouvelle situation politique : analyses, perspectives... Pour schématiser, on ne peut faire l'économie de la discussion sur comment combattre l'unité nationale.

2) Participation à la construction d'un front large contre toute l'offensive du gouvernement sur les mesures sécuritaire et contre tous les amalgames, contre l'islamophobie, contre le racisme, contre les interventions militaires à venir menées au nom de la lutte antiterroriste (Mali, sud Lybien, Syrie, Yemen ?). Il va falloir prendre des initiatives rapidement car le gouvernement n'attendra pas trop (de peur que l'unanimisme se fissure à un moment, ce qui arrivera mais quand ? Cela dépendra aussi de nous). Il va falloir articuler antiracisme, lutte contre les discrimination et question sociale. Le gouvernement profite de la situation pour faire passer plus aisaiment le loi Macron par exemple.

3) Où en est réellement le FDG ? Ensemble se fonde comme courant du FDG, mais force est de constater qu'on est de plus en plus loin des intentions affichées de septembre 2014 de « relance » du FDG. Ensemble ne devrait-il pas s'affirmer beaucoup plus comme force bpolitique autonome, et pas seulement courant du FDG. Cette question devient d'autant plus urgente que le PCF et le PG (sous des formes différentes) risquent de céder aux sirènes de l'unité nationale.

4) Fonctionnement. Je ne pense pas que les raisons principales des graves dysfonctionnement viennent du mode de fonctionnement. Il viennent d'abord d'une mauvaise appréciation de la situation politique. Les faiblesses de mode d'organisation ont accentué les problèmes. Il est évident que ces questions ne peuvent être résolues en quelques jours. Cette discussion devrait être poursuivie et il faudrait mettre simplement une équipe provisoire, renouvellée et programmer d'ici 3 mois une AG de fondation « suite ». Vu l'ampleur des discussions, et le fait que l'agenda empêche des textes de circuler et d'être discuté dans un minimum de conditions démocratiques, il n'est pas possible que cette AG tranche tout. On n'est plus à 3 mois prêt !

Personne a la réponse simple, évidente. Mais tout le monde sent bien que nous vivons une époque charnière. Nous n'en avons pas forcement la même perception. « Nous sommes Charlie », « Nous sommes pas Charlie », « Nous sommes Charlie mais »... ? Ce débat cristalise énormément de questions. Il va bien falloir en débattre. Que notre AG tombe en plein milieu de cette situation peut aussi être quelque chose de positif, si nous réussissons à en sortir avec plus de cohérence politque.

Antoine Boulangé (Vitry sur Seine) - 19 janvier 2015

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Auteur: 
Antoine B