Nous n’irons pas à Ségur !

La mobilisation solidaire des équipes soignantes de l’hospitalisation et de la psychiatrie publique contre l’épidémie du Covid19 a rencontré nombre de solidarité de quartier face au confinement, véritable exil chez soi pour les uns ou abandon de tous les exilés de la rue. Chacun a pu observer combien la non-préparation a été organisée de longue date pour des raisons purement mercantiles. Si pour les premiers c’est bien leur privatisation réalisée qui en est la cause, c’est sa gestion publique privée qui l’installe pour la psychiatrie.

Depuis les années 80 l’enveloppe dédiée à la psychiatrie publique est en permanence sous dotée. Ses restructurations permanentes par des fermetures et des mutualisations ne concernent pas que les lits d’hospitalisation, qui ne sont qu’un temps du soin, mais l’ensemble du travail institutionnel et de la politique de secteur, dont les structures de proximité adultes et pédopsychiatriques au sein de la population et sur des territoires citoyens, sont redessinées en territoires économiques. Les outils gestionnaires et sécuritaires mettent en place un management d’entreprise de réduction permanente d’effectifs et une souffrance au travail et la maltraitance des patient.es. Une science du cerveau, dite évaluable en termes de gestion algorithmique des soins, est imposée comme outil de soins émotionnels immédiat et d’urgence à médicamenter, au détriment de sciences humaines de la relation dont la temporalité est celle de la subjectivité humaine de socialisation du sujet. Celles-ci sont déclarées « mauvaise pratique » par les experts d’une HAS affiliés aux entreprises mondialisées du médicament et du biomédical.

Les grèves de ces deux dernières années, décidées en assemblées générales au Rouvray (grève de la faim), au Havre (les perchés), à Toulouse (barnum de soutien aux portes de l’hôpital), etc. ont commencé à porter un espoir de changement qui mobilise le Printemps de la psychiatrie, rassemblant syndicats et collectifs de soignants, associations de patients et de familles.

Le projet gouvernemental d’un Ségur de la santé de transformation du service public en hôpitaux privés à but soi-disant non lucratif au service du public, n’est que l’accélération de ces politiques néolibérales et des politiques de la peur qui les accompagnent. En pleine pandémie les restructurations ont continué sous prétexte de dégager des lits Covid19 comme au Vinatier et la répression a commencé contre les grévistes d’avant qui protestaient contre l’absence de moyens de protection des soignants et des patients, comme au Rouvray.

La reconstruction d’une psychiatrie humaine ne passe donc pas par Ségur.

Son alternative est une mobilisation pour une loi cadre de financements prioritaires à la santé publique et à la psychiatrie, la reconnaissance dès la formation d’un soin psychique carrefour de sciences médicales de sciences humaines et la psychanalyse, l’accueil et l’accès aux soins inconditionnels de proximité du lieu de vie, la détermination des besoins par les équipes soignantes en lien avec la population, ses élus locaux et ses associations de patients et de familles, ainsi que les acteurs du médicosocial.

Toute restructuration nécessitera d’avoir obtenu au préalable l’avis favorable des équipes professionnelles, des représentants des usagers et sa mise en débat avec les élus locaux.

La reconstruction passe par une auto-organisation qui s’oppose à toute politique de la peur qui détruit les libertés individuelles et collectives, et défendent une protection sociale solidaire acquise et l’humanité de la folie.

Toutes les données du soin doivent restées dans l’équipe de soin et divulguées au cas par cas avec l’accord du malade à un médecin traitant.

Ensemble appelle sur ces objectifs à la manifestation santé du 16 juin.

Commission santé d'Ensemble

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