Oui à l ‘indépendance de la Kanaky. Non à la tenue d’un referendum dans les conditions présentes

C’est le 12 décembre que devait avoir lieu le referendum devant décider du sort de la
Kanaky. Point d’orgue d’un processus de décolonisation amorcé, suite à la mobilisation des
indépendantistes, par un compromis contenu dans les accords de Matignon-Oudinot (26 juin
et 20 août 1988) qui prévoyaient une période de transition de 10 ans à l’issue de laquelle
sera organisé un scrutin d’autodétermination. À l’issue de cette période de transition,
l’Accord de Nouméa (8 novembre 1998), signé par les trois partenaires (Etat, FLNKS et RPCR)
et approuvé par 72% des habitants, confirme Matignon mais va beaucoup plus loin.
Outre un réel effort de développement et un rééquilibrage des responsabilités avec
la création de trois provinces (Nord, îles Loyauté et Sud), dont deux gouvernées par les
Kanak, d’un Congrès et d’un exécutif, il accroît en effet très fortement l’autonomie du
territoire, tout en réservant à la France un certain nombre de compétences régaliennes. Il
reconnaît surtout l’identité kanak et atteste explicitement des méfaits de la colonisation
(entre autres, la négation de la culture kanak, la fragilisation de la société, la dépossession
foncière, l’absence de droits politiques). Il se place dans une perspective « consensuelle »
qui sera à la fois celle d’une reconnaissance de l‘identité kanak, matérialisée par un certain
nombre de signes identitaires (devise, hymne, drapeau) et celle d’un « destin commun » de
toutes les communautés qui ont participé à l’histoire du pays.
Il est en outre décidé que son sort serait tranché par voie de referendum. Trois
consultations étant nécessaires dans le cas où la réponse serait négative. A la question
« Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne
indépendante », le referendum du 4 novembre 2018 repousse cette solution par 56% des
voix. Un second scrutin, le 4 octobre 2020, confirme cette option. Mais, avec seulement 53%
des votants, il atteste des progrès de l’idée d’indépendance.
Celui du 12 décembre, dont la date a été avancée contre l’avis des indépendantistes
– il était prévu en 2022 - s’il se tenait malgré la pandémie, devait décider du devenir de la
Kanaky-Nouvelle Calédonie. Mais en l’absence de conditions équitables (du fait de la
pandémie et du temps nécessaire pour le deuil), toutes les organisations indépendantistes
en Kanaky (FLNKS, UC, Palika, UNI, Parti travailliste, USTKE... ) demandent le report de ce
scrutin au lendemain des échéances électorales françaises de l’année 2022 et, faute d’être
entendu, préconisent la non-participation à une consultation dans ces conditions.
Ensemble ! soutient sans réserves cette position.
Au-delà des perspectives de construction d’une « communauté de destin » avec tous
ceux et toutes celles qui auront voulu ou auront accepté l’indépendance, notamment les
« victimes de l’histoire », et des contours qu’ils et elles donneront à cette indépendance, en
partenariat ou non avec la France, il est clair que cela ne pourra se faire qu’en appui aux
colonisé . es qui constituent le peuple originel, le peuple kanak. Il s’agit donc d’achever un
processus de décolonisation inauguré il y a plus de trente ans et qui a vu la l’accession des
Kanak aux responsabilités. Ils et elles exercent aujourd’hui quatre responsabilités sur cinq (à
la tête de deux provinces sur trois, du Congrès, et de l’exécutif). Reste à accéder, après un
siècle et demi de colonisation, à la « pleine souveraineté » et à « l’indépendance ». Une
perspective que ni les convoitises sur le nickel de l’île, ni les incertitudes géopolitiques de
cette région, ne sauraient différer.

Fidèle à la tradition anticoloniale dont il est l’héritier, le mouvement Ensemble!,
soutient sans réserves la position indépendantiste et les efforts de tous ceux et de toutes
celles qui militent pour le oui.

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