OXI, c'est un joli non !

De la langue grecque c'est un des charmes mystérieux ce mot qui pour prononcer un non paraît aux autres locuteurs européens dire oui.

C'est bien un refus, massif, puissant, impressionnant, que le peuple grec a exprimé, bousculant tous les pronostics, balayant les craintes contraires des uns et des autres... Gifle magistrale à tous les mannequins de la puissance capitaliste. Inutile de les nommer tous ceux et celles qui depuis des années ont piétiné et insulté la Grèce. Ni leurs portes voix qui à la veille du référendum ont porté jusqu’à l'hystérie leur hargne haineuse et méprisante.

Feignant d'ignorer leurs propres responsabilités, premières et écrasantes, dans les difficultés économiques où se débat ce pays. Carnet de comptes en mains, ils estiment pour rien la misère et l’injustice dans lesquelles leur politique d'austérité a plongé ce peuple, sa jeunesse privée d’avenir, ses fonctionnaires insultés, ses retraités humiliés... Emportés qu'ils sont par l’obsession de poursuivre et aggraver cette politique qui, pour un coût social et démocratique exorbitant, va économiquement d'échec en échec : toujours plus de dette, toujours plus de destruction économique, toujours plus de recul de la démocratie... Et aveuglés par leur volonté de briser ce gouvernement Syriza, parce que de gauche, parce qu'ayant l'audace de les défier, et désireux d'écraser ce peuple si petit (2% de la richesse de l'Union européenne !) qui s'ose un pied de nez aux arrogants prétendant parler au nom de l'Europe...

Une fois essuyé le camouflet du non grec, loin d’en rabattre, les voici qui inventent une nouvelle imposture, pour opposer au Non démocratique grec ce qui serait la volonté tout autant démocratique des 18 autres pays européens ! Confirmant s'il en était encore besoin que ces gens ont un sérieux problème avec le mot (grec) démocratie. Quand, où, comment, ces « pays » ont-ils exprimé une volonté sur les sujets en question ? Les rares fois où l'occasion en fut fournie à quelques peuples (par exemple en 2005 pour la France et les Pays-Bas, ou pour le Danemark, ou l’Irlande...), on n'a que trop vu quel usage en fut fait.

Et voici pourquoi ce Non grec est un Oui.
L’Europe, comme porteuse d'un projet d’avenir, riche d'un message de solidarité entre peuples, répondant aux aspirations des citoyens, des travailleurs, des jeunes, n'a rien à voir avec la caricature monstrueuse qu'en proposent les classes dirigeantes européennes et leurs fondés de pouvoir en charge d'imposer une politique ultra libérale débridée, avec sa charge de destruction sociale et démocratique.

Le Non grec est un Oui à la possibilité et nécessité d'une politique en rupture avec cette logique régressive et lourde des plus grands risques pour le continent.

Un Oui à l'espoir.
Un Oui à l'avenir.

Francis Sitel

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