Parti socialiste : dernière station avant la chute ?

Après Poitiers, on peut se poser la question : faut-il prendre au sérieux les congrès du Parti socialiste ? Après tout, les dirigeants du PS eux-mêmes n’ont pas eu l’air d’y attacher une importance et un sérieux excessifs !

A commencer par les fameux « frondeurs » : évidemment, le décalage entre leurs espérances proclamées (avant le vote des motions) et le résultat avait de quoi refroidir leurs ardeurs, s’ils en avaient eu. Bien sûr, après la déconvenue d’un score inférieur à 30%, l’idée de redresser sensiblement et à gauche le cours du PS – pour ne rien dire de celui du gouvernement – avait du plomb dans l’aile. De là à faire acte d’allégeance, comme l’a fait leur porte-parole, Christian Paul au cours du congrès, il y avait sans doute un pas à ne pas franchir. Et qui a été franchi… Au point de se faire voler la vedette par Arnaud Montebourg, c’est dire.

Naturellement, certains partisans de la motion B, comme Pouria Amirshahi ou encore Gérard Filoche qui sont, en fait, plutôt rattachés aux traditionnels courants d’opposition de gauche qu’au mouvement des « frondeurs » d’origine plus récente, tentent aujourd’hui de tracer des perspectives ne se limitant pas au Parti socialiste, un pied dedans et un pied dehors. En ce qui concerne le « pied dehors », ils évoquent des regroupements nouveaux, en marge des partis existants (le PS, pour eux), sur le modèle des rassemblements citoyens, de Syriza ou encore de Podemos. Ils demandent que, pour participer à des convergences de ce type, on n’exige pas d’eux qu’ils se renient. Cela, naturellement, peut s’entendre et, donc, doit être entendu. Pour autant, personne ne peut sous-estimer que parmi les conditions nécessaires (sinon suffisantes) à la construction durable d’une alternative de gauche, il y a la rupture en pratique et sans retour avec l’orientation néolibérale aujourd’hui aux commandes, ses hommes et ses partis. On aura sûrement l’occasion d’y revenir…

Mais, en ce qui concerne le Parti socialiste à proprement parler, il faut bien se rendre à l’évidence et prendre acte lucidement des deux constats que l’on peut dresser à propos de l’aventure des frondeurs.

D’abord, même en présentant le profil politique supposé le plus acceptable – celui de défenseurs des promesses de campagne de F. Hollande et de gardiens du temple de l’esprit du discours du Bourget - ils sont fort minoritaires parmi les socialistes de 2015. Ensuite, ces mêmes frondeurs viennent d’opérer un nouveau recul en prenant acte de la fin de la fronde au sens strict pour, là encore, se présenter maintenant comme les meilleurs défenseurs des « mots de gauche » dont Jean-Christophe Cambadélis a assaisonné sa motion… de soutien au gouvernement de François Hollande et Manuel Valls.

S’il faut, naturellement, rester attentif à toute faille qui pourrait apparaître au sein du parti gouvernemental, cet épisode montre quand même que la lucidité la plus élémentaire conduit à ne pas attendre grand chose de ce côté là.

Parmi les gens assez désinvoltes avec leurs convictions – affichées ou réelles – il y a naturellement Martine Aubry et sa garde rapprochée. Depuis des mois, une rumeur diffuse en faisait l’inspiratrice, la chef d’orchestre clandestine des frondeurs. Voire l’alternative possible à la direction du parti. Rumeur improbable et, surtout, infondée :  dans un premier temps, M. Aubry s’est ralliée arguant de quelques formules ambiguës de la motion majoritaire qui pouvaient, avec beaucoup de complaisance, passer pour un début de démarquage timide et indirect par rapport à l’orientation des plus extrêmes du gouvernement, comme ManuelValls ou Emmanuel Macron. Mais, comme Valls et ses supporters ont également signé la motion majoritaire, on peut leur faire confiance pour en donner l’interprétation adéquate, vu qu’ils sont, eux, aux postes de commandes. On va d’ailleurs rapidement pouvoir le constater lors du retour de la loi Macron à l’Assemblée nationale.

Ralliée, Martine Aubry s’est donc réjouie du score de la motion majoritaire, laissant entendre et dire qu’elle jouerait désormais un rôle important dans les instances de direction du PS. Comme si, une fois acquis leur soutien inconditionnel à Hollande et Valls, les instances du PS avaient le moindre rôle à jouer sur la scène politique ! Quant à Martine Aubry, le retour à la réalité a été assez brutal. Sitôt sa partition jouée au congrès de Poitiers, ses alliés si attentionnés de la direction du PS l’ont remerciée comme il se doit : en lui piquant le contrôle de sa fédération locale….

Manuel Valls est évidemment celui qui a manifesté le mépris le plus total vis-à-vis du congrès socialiste : une fois les résultats acquis, Poitiers n’était plus pour lui qu’une étape assez ennuyeuse (mais heureusement écourtée) entre deux moments décidément beaucoup plus fun : le match du Barça à Berlin et les courts de Roland Garros.

En fait, il n’y a vraisemblablement que Jean-Christophe Cambadélis qui a savouré à sa juste valeur la réunion de Poitiers. En effet, ce fût vraiment son congrès. Le congrès où il a enfin été élu, lui qui n’était que désigné. Le congrès où chacun a pu reconnaître qu’il possédait une bonne pratique de ce à quoi se réduit la politique quand il n’y a plus ni idées ni convictions : le sens de la manœuvre, l’art des accords, la virtuosité des deals. Pas de quoi, quand même, passer à la postérité …

Le congrès de Poitiers a donc sanctionné le soutien largement majoritaire des socialistes à la politique menée par le tandem Hollande – Valls. Ce qui en dit long sur ce qu’est devenu le Parti socialiste. Opposants et éléments critiques avaient mis l’accent sur le fait que ce congrès, le dernier avant 2017, était l’occasion de redresser - ou d’infléchir - l’orientation afin de « réussir la fin du quinquennat ».

Il n’en sera rien et tout porte à croire que cette gauche-là s’avance finalement assez insouciante vers la catastrophe finale. Une catastrophe dont, vu précisément ce qu’elle est devenue, elle risque de mettre un certain temps à se relever.

François Coustal

 

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