Participation Citoyenne : réflexions. (Hervé de Brest)

Suite aux impressions rapportées par andré (voir le message précédent),

notre Camarade Hervé de Brest souhaite réagir sur la question de la participation citoyenne.

 

"Concernant le manque de participation des "citoyens" (comme si les autres - les militants, les "disponibles" et les présents - n'étaient pas seulement cela : juste des citoyens et surtout rien de plus !), si nous reproduisons les mêmes modèles que les autres organisations (délégation, mandats, élections...), nous n'arriverons à rien.

 

Même si je ne le souhaite pas, je le crains : les gens ne viendront pas.

Et moi le premier. Je ne participe plus aux débats depuis quelques semaines... Par fatigue, mais surtout sensation de tourner en rond...

Les gens ne viendront pas.

Et encore mois les "jeunes".  En tout cas, tous ceux qui n'ont pas l'expérience des luttes collectives et des formes politiques classiques de débat et de délibration...

 

D'ailleurs pourquoi focaliser sur les jeunes ? Sur un des âges de la vie ? Les "Jeunes" sont une catégorie qui n'a de sens que si l'on considère l'âge comme un facteur essentiel à l'établissement d'une société plus vivante, ce qui n'est pas une garantie... Ce n'est pas parce les jeunes participent davantage aux débats que l'on établit une société plus démocratique : il faut que tout le monde participe !

Sans cette condition, on reste dans une forme de confiscation des débats (on ne parle que des questions qui intéressent un âge plutôt qu'un autre), une forme de spécialisation extrême des différentes époques de la vie (comme s'il y avait un âge pour vivre pour soi, un temps pour vivre pour les autres... alors qu'on devrait faire les deux en permanence, non ?).

 

Les gens (en général) ne se font plus confiance. Ils se sentent incompétents grâce à ou à cause du discours permanent des élites auto proclamées, des experts et des pros de la politique qui rendent toute décision politique trop compliquée (technique), trop rapide (urgente) et trop confuse (sans fare apparaître les vrais enjeux) dans le but de créer ce sentiment d'infériorité.

 

Les gens ne font plus confiance aux autres grâce à ou à cause du discours des critiques des élites - des critiques qui forment eux-mêmes une autre élite : qu'ils soient cyniques, donneurs de leçons, ou qu'ils soient lucides ou mieux informés... autrement dit les nouveaux "parfaits".

 

Les gens ne font plus confiance aux mouvements collectifs parce que le collectif, cela se résume à "je me mobilise pour finalement déléguer/voter et rentrer chez moi,et puis de toute façon, en fin de compte, on m'oubliera, on fera ce qu'on veut sans moi...voire contre moi...".

 

Alors réflexion toute simple : si nous considérons que nous sommes obligés de faire/ de vivre en société (une contrainte légitime et bien douce finalement), alors il faut dire que nous nous engageons en tant que mouvement politique révolutionnaire à convoquer - pas inviter : CONVOQUER - les citoyens à tous les moments de la vie démocratique.

 

Et donc imaginer une nouvelle forme de démocratie vivante, totale mais considérablement ralentie dans son rythme de décision.

 

A l'image de ce qui se fait dans la justice - on la rend au nom du peuple et donc c'est le peuple qui décide, en prenant le temps d'écouter tous les arguments nécessaires à l'énoncé de la justice, le tout dans le cadre de la loi !- il faut imaginer des jurys populaires permanents décisionnaires à égalité de voix/ de vote avec les élus / mandatés classiques.

 

Des jurys populaires - dont j'ignore la forme exacte et le fonctionnement précis mais qui -  seraient renouvelés sans cesse par tirage au sort, et dont on pourrait se retirer pour les mêmes raisons que dans un jury classique... Des jurys auxquels tout le monde aurait ENFIN une véritable chance et le devoir de participer (contrairement aux formes classiques d'élections ou de délégation, que les dominants économiques, culturels et politiques confisquent toujours tôt ou tard).

 

Des jurys qui auraient le même pouvoir de vote qu'un "élu" classique. Des jury qui siègeraient aux côtés des élus, pour la durée du débat concernant un point précis de la vie démocratique (un vote sur une décision ponctuelle, qu'elle soit locale ou large).

 

Des jurys qui ne seraient pas un simple "conseil de quartier", uniquement consultatif - ce qui n'est qu'un leurre terrible et destructeur vendue par les tenants de cette affreuse "démocratie participative"...

 

Des jurys que toutes les formes classiques existant déjà d'organisation, de délégation, de représentations, de formation, d'informations... du peuple (élus ou mandatés, syndicats, partis, individus en tant que professionnels, experts...) devraient venir former, tenir informés... en prenant le temps de l'explication et de la délibération collective, franche, transparente

 

Autrement dit, une obligation de participer et de décider aux votes et un vrai contre-pouvoir en cas de confiscation ou de trahison de la part des formes classiques de représentations et de délégation du pouvoir...

 

Cette idée quand on la présente aux gens, a un effet saisissant : la confiance revient, l'intérêt, l'envie de participer, de comprendre et d'apprendre aussi...

 

Quand on parle des défauts, des risques associés à ce genre d'organisation de la vie politique (tirage au sort de meneurs dangereux, d'incompétents, "d'associaux pathologiques"...), il est facile de rappeler que c'est la même chose dans un jury populaire en matière judiciaire... Et pourtant, ça se régule et ça marche. On prend alors le temps de l'explication, du débat argumenté, de la formation... quand on cherche à atteindre une forme démocratique de la prise de décision, on s'en donne les moyens.

 

Et ça échoue quand les autorités régulatrices et celles qui délivrent les informations, autrement dit les autorités vues comme légitimes (les magistrats professionnels, les juges d'instructions, les enquêteurs...) sont totalement viciées, corrompues et incompétentes... Or, généralement, la seule façon de remettre en cause leur incompétence ou de souligner leur illégitimité, c'est de prendre le temps de former un maximum de gens, de demander l'avis d'un maximum de gens et de leur donner le droit de changer d'avis. Sinon, c'est à désespérer de toute décision collective, de la démocratie !

 

salut !

Hervé "

Blog
Auteur: 
Dom-PenArBed-29