Passer des gilets jaunes aux drapeaux rouges et verts…

Le 17 novembre est derrière nous, et il convient maintenant de dépasser les débats qui ont agité notre gauche afin d’aller de l’avant. Tout comme notre mouvement Ensemble!, j’étais opposé à y être présent. Non que les problèmes à la base de cette mobilisation soient inexistants, loin de là : les augmentations des carburants augmentent gravement les difficultés de populations déjà très touchées par la situation et les mesures gouvernementales. Mais parce que la logique de la mobilisation dès le départ était anti – fiscale et évacuait totalement la question écologique. Par ailleurs, la présence de l’extrême droite a existé dès le début, s’exprimant pas des vidéos et des publications internet reliant la question de l’essence au racisme et à l’antisémitisme pour les groupes fascistes. Ce n’était pas une simple « récupération ». Enfin, la mobilisation internet, si utile soit-elle, pose de gros problèmes démocratiques. Qui décide de la communication, des actions … ?

A partir de cette situation, résultant en grande partie des insuffisances de la gauche et du mouvement syndical, des courants politiques, dont la direction de France Insoumise, ont considéré qu’il ne fallait pas laisser la place à l’extrême droite et qu’il fallait être présent le 17. Position tout à fait estimable, à condition de ne pas opposer, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon « l’avant-gardisme » des organisations et le « peuple ». Ensemble! n’a pas partagé cette position, estimant que les choses n’étaient pas rattrapables en une semaine, même en deux. Des camarades de notre mouvement, qu’ils et elles soient à FI ou pas, ont décidé d’être sur les blocages. Quelles que soient les positions adoptées, notre camp politique était en situation d’échec.

On peut faire un premier bilan : 300 000 personnes dans l’action, c’est important. Et, contrairement aux craintes que l’on pouvait avoir, l’extrême droite n’a pas impacté décisivement la mobilisation, même si les responsables interrogés par les médias en étaient pour la plupart et que seul Jean-Luc Mélenchon est apparu sur le terrain à gauche. D’autre part, les expressions repérées ça et là dépassaient le prix de l’essence pour aborder d’autres thèmes austéritaires. Ceci dit, notre gauche n’a pas non plus marqué le mouvement, c’est le moins que l’on puisse dire. Et l’axe anti – fiscal demeurait prégnant et sans nuances. Les préoccupations écologiques ne m’ont pas paru présentes. Il faudrait bien sûr approfondir ces réflexions par une étude plus poussée de ce que fut le 17. Sans compter sur le fait que ce n’est pas terminé. Par ailleurs, dans l’immédiat, on peut penser que les conséquences électorales profiteront plutôt à l’extrême droite.

Alors, maintenant, que faire ? Qu’elles qu’aient été les positionnements avant le 17, la gauche, les organisations syndicales se doivent d’offrir des perspectives de mobilisation unitaires pour prolonger le 17. Le rassemblement « marée populaire », qui avait manifesté le 26 mai, peut être à l’initiative de propositions liant l’écologie au refus de l’injustice fiscale et à des revendications salariales. Les organisations syndicales ont leur rôle, essentiel, à jouer. Et France Insoumise, le mouvement le plus en pointe à gauche, a une responsabilité de propositions unitaires, que les militant.e.s d’Ensemble se doivent de porter. Si nous ne faisions pas cela, nous risquerions d’être totalement à côté de la sensibilité populaire actuelle. Nous laisserions cette fois pour longtemps la place à d’autres. Et ce serait grave.

Robert Hirsch, le 18 novembre, 16h.

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