Pic de pollution : allez voter sans respirer, c'est mieux pour votre santé !

Les Parisiens qui regardaient le ciel de la capitale en cette fin de semaine ne pouvaient se tromper. Ils vivaient depuis quelques jours dans un air irrespirable, chargé de particules fines, d’ozone et de dioxyde d’azote. L’épisode de pollution en cours est saisonnier, assez traditionnel au printemps (l'année dernière, le pic était le 17 mars). Même s'il est majeur en Île-de-France il dépasse largement ce territoire et couvre un bon tiers nord de la France.

Ces émissions de polluants trouvent leurs origines dans le cumul des émissions d'origine agricole, mais surtout du trafic routier que des conditions météorologiques particulières vont amplifier.

Airparif nous explique que des actions sont possibles pour limiter ces épisodes printaniers. Certaines sur le long terme et à large échelle vont devoir modifier des pratiques agricoles (réduire les émissions d’ammoniac). D'autres, plus immédiates vont agir sur le trafic routier (circulation alternée, vitesse limitée) pour diminuer à la fois les émissions d’oxydes d’azote, d’hydrocarbures et de particules.

Cet épisode de pollution qui dure maintenant depuis une semaine n'est pas sans conséquence sur la santé humaine. Cela ne fait plus discussion, la pollution de l’air est un cancérogène certain (poumon et vessie) et favorise les maladies respiratoires et cardio-vasculaires. Les scientifiques considèrent qu'elle est responsable chaque année de 42 000 morts et qu'elle engendre une dépense de santé annuelle pour la France estimée entre 825 millions et 1,7 milliard d’euros.

La Maire de Paris a demandé la mise en œuvre d'une circulation alternée comme l'année dernière à la même période. Cela s'était d'ailleurs révélé efficace puisque l'on avait noté une réduction de 6 % de la concentration des particules alors que le trafic n'avait été réduit que de 18 %.

Mais le gouvernement, à la veille de ces élections départementales qui vont être catastrophiques pour sa majorité, n'a pas entendu la demande ! Pourquoi se mettre à dos les lobbies de la bagnole, les malades du volant et les motards friands de vitesse ? Alors rien ne s'est fait, un recul de plus qui met en danger la vie d'autrui. Maintenant que les prévisionnistes envisagent un retour à une situation moins catastrophique en début de semaine, la ministre envisage de réfléchir à prendre des mesures lundi ! Au moins, le premier tour sera passé !

Ces pratiques politiciennes et électoralistes qui vont à l'encontre de la qualité de notre environnement et de la santé publique, sont une honte, en particulier de la part d'une ministre dite de l'écologie.

Mais au-delà de cet épisode lamentable, vouloir agir une ou deux fois par an, seulement lors des pics de pollution, est une impasse. S'attaquer aux pollutions provoquées chaque jour par l'industrie, à la logique du tout-bagnole, due aux distances entre domicile et travail et à l'insuffisance de l'offre de transports en commun est un début de réponse à la situation actuelle. Ainsi, la gratuité de ces transports en commun, effective pendant quelques jours en région parisienne pourrait facilement être étendue toute l'année. Mais cela nécessite d'avoir ce dont manque cruellement ce gouvernement : du courage politique.

René Durand et Vincent Gay

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