Picardie-Nord-Pas-de-Calais : un entre-deux tours crucial

Quelques mots dans cet entre-deux tours

1. 19 % pour une liste d’union c’est peu ? C’est franchement décevant, mais il faut mesurer le chemin parcouru car il doit être rappelé à quel point on part de loin. En mars 2015, après le découpage cantonal du ministre de l’Intérieur, quatre départements de Picardie-Nord-Pas-de-Calais avaient basculé de gauche à droite (le Pas-de-Calais restant à gauche). En décembre 2015, la réforme régionale Hollande avait offert à la droite la Picardie -Nord- Pas-de-Calais et les deux conseils régionaux de gauche laissaient place à une assemblée unique et uniquement composée de conseiller.ère.s des droites et extrême-droite. En cause : le manque de renouvellement des réseaux de sociabilité et de prise de responsabilités (parents d’élèves, délégué.e.s syndiqué.e.s, éducation populaire, associations sportives...) Et les mobilisations électorales à gauche restent ici profondément hypothéquées par les fractures des gauches menées tambour battant par Valls-Hollande-Macron-Cazeneuve : ces mesures institutionnelles, le corsetage des initiatives et budgets communaux et associatifs, la casse du Code du travail et plus encore l’impuissance organisée sur les licenciements Goodyear, Whirlpool... ont fait exploser l’abstention des gauches et le vote protestataire Le Pen dans les droites aisées comme populaires.
2. 19% c’est plus que les 9,5 % des macronistes éliminés par le premier tour mais c’est indéniablement bien peu face aux 44% des droites régionales sortantes. Dimanche 20 juin, Xavier Bertrand a capitalisé les capacités d’encadrement des électorats des droites qu’il avait unies en 2015 (CPNT, UDI, LR, une partie du Modem) et il a profité à plein des allégeances mises en culture pendant six ans dans les conseils départementaux. Le déni démocratique qu’ont constitué six ans de cette pratique institutionnelle, pudiquement désigné au soir du 20 juin « prime au sortant », a payé : Xavier BERTRAND a fait le même nombre de voix en 2021 qu'en 2015 alors même que tous les sondages dénotaient une faible adhésion à l’union des droites régionales qu’il dirige. Au royaume des aveugles, les borgnes (WAUQUIEZ, PECRESSE, BERTRAND...) ne sont-ils pas rois ?
3. 19 % c’est peu mais sociologiquement et géographiquement c’est très différencié. Le vote union des écolos et de la gauche conduite par Karima DELLI est d'abord un vote des quartiers urbains, bobos comme populaires : 44% à Lille, 43% à Creil, 34% à Amiens. Mais dans un grand nombre des villes moyennes la transformation de la gauche est encore en panne comme on l’a vu à l’élection municipale et cela se lit dans les petits 22/24 % de notre liste : Valenciennes, Dunkerque, Arras, Abbeville, Beauvais... 
4. Le très faible résultat global à 19% résulte plus encore des très faibles scores dans le réseau des villes moyennes (Albert, Peronne, Soissons, Laon, Saint Quentin...) qui structurent le vaste péri-urbain régional. Ces villes étaient au lendemain de 2017 irriguées par ces mobilisations gilets jaunes qui ont rendu manifestes les fractures des statuts sociaux redoublant la fragmentation et ré-hiérarchisation du rurbain. L’utilisation du prétexte sanitaire et la dévolution de la distribution des professions de foi à une entreprise privée et défaillante ont empêché l’exposition légale du programme électoral des gauches et EELV sur l’essentiel du territoire.
5. 19% c’est donc peu, ce doit surtout être moins que le résultat du deuxième tour et les marges de progrès dans la mobilisation des gauches ce jeudi et ce vendredi sont substantielles. Très impliqué.e.s dans la campagne d’Amiens c’est le tien en 2020, écarté.e.s comme Génération.s de l’accord régional de février dernier, des militant.e.s d’Ensemble!80 y contribuent activement aux côtés notamment de la tête de liste samarienne, Catherine QUIGNON, maire de Montididier dont les réalisations en matière d’énergie et de santé sont remarquables et remarquées.
6. Ces caractéristiques du moment politique en Picardie-Nord-Pas-de-Calais (les « Hauts-de-France ») sont à débattre localement et nationalement avant les élections législatives 2022. La question posée est bien double : c’est la transformation des gauches, avec un engagement résolu des partis pour l’implication du plus grand nombre de citoyen.ne.s de gauche dans la conduite des confrontations électorales et c’est l'union au premier tour pour ouvrir l’alternative au rouleau compresseur des droites et extrême-droite. Indéniablement, Le Pen a perdu dans la région le vote protestataire populaire sur lequel elle avait habilement misé à la suite de son élection comme députée du bassin minier. Ce revers ne doit pas être considéré à la légère. Le canton de Gamaches offre un exemple de ce que coûte la sclérose des gauches et de leur capacité à cultiver une désunion sur les enjeux d’hier. Dimanche 20 juin, le total des voix à gauche était de 43% à gauche. Dimanche 27 juin, ces voix passent à la poubelle :  le second tour de l’élection cantonale y oppose les droites à l’extrême droite.

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Auteur: 
Eugène Bégoc