Plein emploi ?

François Rebsamen a réussi le tour de force de secouer la CFDT avec sa déclaration sur le contrôle des chômeurs. Voilà Laurent Bergé atterré par les propos du ministre du Travail...

La rengaine, on la connait, sur un air composé par Pierre Gattaz et ses prédécesseurs au Medef, il s'agit de s'en prendre aux chômeurs qui, décidément, ne font rien pour retrouver du travail, alors que 350 000 offres d’emploi enregistrées à Pôle Emploi ne sont pas pourvues.

Dans ce monde en crise, il y a encore des travailleurs exigeants qui ne rentrent pas à tout prix dans les petites cases formatées pour eux par les employeurs. L'assurance chômage rend possible encore de ne pas être sommé d'accepter la première proposition d'emploi venue.

Mais ce que le ministre du Travail oublie de dire, c'est que moins de la moitié des demandeurs d'emploi sont indemnisés, 2,6 millions contre 2,7 millions non indemnisés. Et si on compte celles et ceux qui ne sont pas inscrits à Pôle Emploi et qui pourraient l’être... Plutôt que de faire la chasse aux prétendus mauvais chômeurs, l'urgence, c'est de permettre à chaque travailleur de bénéficier de l'assurance chômage et ainsi de renforcer le principe de déconnexion du salaire de la situation d'emploi, salaire financé par la cotisation sociale.

Nous pouvons nous inspirer du combat des intermittents du spectacle. En défendant leur régime d'indemnisation qui permet de garantir des revenus stables à des salariés confrontés à l'emploi instable, ils ne luttent pas seulement pour eux. La volonté de les isoler dans leur lutte est à la mesure des potentialités pour l'ensemble de la société que recèlent leurs droits sans cesse remis en cause par le Medef.

Le rapport 2013 de l'Unedic montre combien la frontière entre emploi et chômage devient de plus en plus floue. Nombre de demandeurs d'emploi indemnisés cumulent allocations et travail à temps partiel et/ou précaire. Est-ce qu'on laisse le patronat se saisir de cette évolution pour développer précarité et flexibilité, où est-ce qu'on enfonce le clou pour exiger que quelle que soit leur situation vis-à-vis de l'emploi, les travailleurs ont droit à un salaire lié à leur qualification?

Plein emploi ou salaire à vie? Lors d'une séance du séminaire Communisme, en juin dernier, la discussion a porté sur ces questions. Le débat a été amorcé à l'université d'été d'Ensemble ! à Pau dans l'atelier "Abolition ou dépassement du salariat". Poursuivons le, à Ensemble!, au sein du Front de gauche, dans la société.

L'heure est au débat sur l'alternative... au système capitaliste du marché du travail et pas seulement à la stratégie de rassemblement et aux petites phrases de nos camarades frondeurs. Soit nous subissons la petite musique des forces capitalistes, leur grille de lecture de la société et leur imaginaire libéral, soit nous commençons à donner à voir une vision cohérente d'une société post-capitaliste et nous inscrivons chacune de nos luttes dans cette visée. Sans cet effort que nous avions commencé à engager dans la campagne des présidentielles, les mobilisations risquent de manquer de souffle et de convergences.

Sylvie Larue. Publié sur le site de Cerises.

 

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