Podemos : entretien avec un militant

Il faudrait certainement cesser de réfléchir exclusivement en termes électoralistes. Une stratégie politique et ses évolutions tactiques doivent s'inscrire dans une compréhension de la période historique concrète. Une majorité de citoyens urbi et orbi ne se reconnaît plus dans le système représentatif, qui reproduit inlassablement des comportements politiques qui vont à l'encontre de l'idéal démocratique. Les oligarchies et classes politiques ne répondent plus aux attentes et besoins collectifs. Ce faisant, elles rendent service par leur inefficacité aux pouvoirs dominants. Il est temps de repenser fondamentalement les choses, avec comme axes stratégiques et de programme politique une Démocratie Directe et Participative. C'est en cela que le combat pour une 6ème République peut être mobilisateur.

Podemos est une construction politique efficace qui renoue avec des pratiques révolutionnaires qu'on peut résumer à l'expression "pouvoir populaire". C'est-à-dire que les choses ne se jouent plus entre quatre murs et professionnels de la politique... mais que la parole et les décisions reviennent à la base et au sein du Mouvement Social. C'est un choix politique qui permet le renouvellement, le débat, et qui permet de faire participer les éléments dynamiques d'une société. Podemos a permis en Espagne de mettre à la retraite les bureaucrates sclérosés qui empêchaient la construction d'une alternative et a obligé les militants conséquents à s'adapter aux nécessités du moment historique.

Depuis leur excellent résultat aux élections européennes, Podemos a initié un processus politique en s'associant aux militants de la Gauche Unie (Izquierda Unida) afin de commencer à préparer la bataille des élections municipales et régionales. Une alliance a été scellée (Ganemos, ce qui veut dire Gagnons...) A l'heure qu'il est, une douzaine de villes ont des collectifs de travail "Ganemos" (dont Madrid, Barcelone, Malaga). Les derniers sondages les donnent en troisième position derrière le P.P. et le P.S.O.E. qui ont perdu de leur hégémonie. L'adhésion à Ganemos ne cesse de progresser dans toutes les régions. Il est intéressant de constater que "Ganemos" réussit à recruter dans tous les secteurs de la société.

Il ne faut jamais copier, juste s'inspirer. Les expériences politiques en Grèce, en Espagne, au Portugal sont beaucoup plus que des objets d'étude intéressants. C'est, à mon sens, la configuration des recherches d'alternative afin de dépasser les vieilles pratiques politiques qui ne fonctionnent plus. Si Podemos a surgi, c'est aussi parce que des militants d'organisations classiques ont su rompre avec leurs histoires partidaires ou organisationnelles pour retourner travailler à la base et en lien avec des nouveaux acteurs sociaux. Une sorte de révolution culturelle, si tu veux. Ces camarades ont su s'inspirer des mouvements sociaux d'autres latitudes (en particulier l'Amérique Latine) et adapter aux conditions de leur pays des nouvelles formes d'intervention politique. Ils ont compris déjà que tout ce qui parvient au pouvoir actuellement reste soumis aux règles dominantes du néo-libéralisme. Tant que le cadre global n'aura pas changé (les institutions), un Besancenot ou Mélenchon à la Présidence de la République sera pris dans le piège du système. L'objectif aujourd'hui n'est plus seulement de gagner des élections, il est bien de changer le système néo-libéral. Cela ne peut se faire qu'avec la participation directe du peuple.

Il faut par ailleurs cesser d'avoir peur d'une révolution sociale ; compte tenu du contexte actuel en France, cela devient une nécessité. Par simple inertie, les néo-fascistes locaux risquent d'arriver au pouvoir. Militer au quotidien et là où cela chauffe peut poser difficulté. Si on veut que cela change, il nous faut une radicalité militante. Les réunions d'information, les débats et la participation aux élections ne suffiront jamais à faire progresser notre cause commune. Et puis, tant qu'on y est, il serait grand temps de cesser avec les sectarismes et esprits de chapelle.

Des propos de Pedro Manuel Enriquez Rivera recueillis par Félicien Breton.

Pour ceux qui comprennent l'espagnol, je conseille d'aller sur le site de "Ganemos Madrid"http://ganemosmadrid.info/ ou de retrouver sur Youtube les entretiens de Pablo Iglesias (porte-parole atypique de Podemos).

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