Policiers « en colère » : une provocation fascisante.

Il y a quinze jours, quatre policiers étaient attaqués par des jets de cocktails Molotov, et deux d’entre eux étaient grièvement blessé-e-s, ce qui a logiquement suscité un émoi dans les rangs de la police. Au lieu d’attendre que la justice suive son cours, des fonctionnaires de la police nationale multiplient les manifestations sauvages depuis quelques jours, arme à la ceinture et en se dirigeant vers des institutions publiques (ministère de l’Intérieur, palais de l’Élysée…). Notons ici que lorsque nous, manifestant-e-s progressistes, participons à des manifestations non déclarées en préfectures, nous devons systématiquement faire face à la répression policière.

Ces mobilisations initiées en dehors des cadres traditionnels des syndicats portent les revendications de plus de moyens, plus de soutien de leur hiérarchie et des autorités politiques, des poursuites plus sévères pour celles et ceux qui porteraient atteinte à leur intégrité. Or, la forme d’action – manifestations armées nocturnes - indique bien qu’il s’agit de bien plus que des demandes corporatistes d’amélioration des locaux, du renouvellement des véhicules ou du règlement des heures supplémentaires dues aux policiers. La portée est directement politique et constitue une pointe avancée, petite mais cruciale, d’une réaction fascisante.

Ces initiatives s’appuient sur et radicalisent la dynamique sécuritaire et raciste qu’a très largement alimenté le gouvernement que le mouvement conteste. La possibilité même que des policiers hors service puissent circuler en armes est une des décisions irresponsables – et sans la moindre pertinence pour l’objectif soi-disant poursuivi – prises par ce gouvernement au-nom de la « lutte anti-terroriste ». Ainsi, n’importe qui peut se rendre compte qu’à travers ces demandes, ces policiers se moquent du monde.

En effet, la police est systématiquement soutenue par sa hiérarchie, par les autorités politiques, mais aussi par la justice. Les principaux syndicats du métier sont réactionnaires ; ils n’ont cessé de couvrir les cas de violences policières et de défendre ce que le mouvement actuel réclame. Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve n'a pas manqué de tenir un compte précis du nombre de fonctionnaires de police et de gendarmerie blessés durant la mobilisation contre la loi sur le travail au printemps dernier, sans jamais communiquer sur les innombrables blessé-e-s parmi les manifestant-e-s, éborgnés pour certains. Lorsque les violences policières sont contestées devant la justice (c’est-à-dire quand les dossiers ne sont pas abandonnés au cours de l’enquête préliminaire), la procédure est extrêmement longue, et aboutit quasi systématiquement sur une relaxe. De la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois, à l’origine de la révolte des quartiers populaires en 2005, à celle d’Amine Bentounsi, en passant par celle d’Ali Ziri, les cas où aucune condamnation n’est prononcée malgré des dossiers accablants sont innombrables. La couverture politique et ces décisions de justice renforcent le sentiment d’impunité des policiers et des gendarmes et donc leur propension à agir de manière extrêmement violente.

Depuis les attentats de janvier 2015 et la mise en place de l’état d’urgence le 14 novembre de la même année, les pouvoirs et les moyens de la police ont été considérablement étendus. Port d’arme en dehors des heures de service, dotation de fusils d’assaut aux équipes de la BAC... autant de mesures qui vont dans le sens des demandes du mouvement de contestation, et qui ne peuvent que nous inquiéter.

Depuis plusieurs mois, Amnesty International et les médias internationaux observent avec stupeur ce qu’il se passe en France et dénoncent les violences policières et l’impunité dont les fonctionnaires de police bénéficient. L’état d’urgence et la guerre contre le terrorisme sont venus justifier idéologiquement le tournant de plus en plus sécuritaire de l’État français, avec des méthodes qui n’étaient jusque-là connues quasiment que par des habitant-e-s des quartiers populaires. La répression dont a été victime le mouvement social du printemps dernier est extrêmement inquiétante à cet égard.

La crise économique et sociale en cours résultant de l’exacerbation des contradictions du système capitaliste, provoque des convulsions politiques qui se manifestent d’une manière concentrée au sein d’une police très largement contaminée par le FN. L’important n’est pas de savoir si ce parti est directement lié à cette initiative, mais le fait qu’il s’agisse de provocations armées d’agents de l’État sur le terrain politique de l’extrême-droite.

Un gouvernement de gauche digne de ce nom sévirait contre de tels actes mais, sans surprise, le ministre de l’Intérieur a annoncé qu’il n’y aurait pas de sanction, continuant à suivre la ligne de moindre résistance face à l’extrême-droite. Au-delà de ce nouveau recul, ce sont l’état d’urgence, les régressions légales, l’impunité de la police et de la gendarmerie, les déclarations politiques sur la « racaille » – à droite mais aussi à gauche – qui sont le terreau de ces manifestations.

Face à une telle provocation, il s’agit plus que jamais de défendre les droits démocratiques et de mener un combat antiraciste.

Élie Q., le 18 octobre 2016.

 

 

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