Portugal. Convention nationale du Bloco : « Plus de force pour vaincre »

« Plus de force pour vaincre ! » a été le mot d’ordre de la Xème Convention (congrès) du Bloc de gauche au Portugal ce week-end. Devant plus que 600 délégué-es, la porte-parole Catarina Martins, députée réélue en 2015, reprend ce slogan dans son discours de clôture de la Convention : « si le Bloc avait plus de force, la banque Banif ne serait pas donnée à Santander ». Enthousiaste avec la détermination du choix politique du Bloc, Catarina prône une « déclaration de guerre » face aux mesures d’austérité qui pourraient être imposées par l’Union européenne. « La réponse serait un référendum comme en Grande-Bretagne » dit-elle, provoquant l’ovation des délégué-es et des représentant-es d’une vingtaine d’organisations européennes et africaines invité-es.

Incontestablement, le parcours du Bloc de gauche est marqué par son influence sociale et politique retrouvée auprès de la population. En effet, aux dernières élections présidentielles en janvier 2016, la candidate du Bloc a obtenue 10 %, avec une campagne basée sur la défense des droits sociaux, contre le traité d’austérité budgétaire.

Fin 2015, le Bloc de gauche a en effet décidé de négocier avec le Parti socialiste en vue d’un programme de gouvernement soutenu en extériorité par les parlementaires des autres formations politiques de gauche. Programme axé sur les principes d’une politique budgétaire de défense de la protection de l’emploi, des salaires et des retraites. L’accord consiste à faire un front au niveau du Parlement, sans pour autant participer au gouvernement.

Depuis cet accord, plusieurs mesures mises en œuvre ont permis de soulager la vie quotidienne des Portugais-es. Elles sont encore timides, reconnaît Catarina dans son discours, mais elle ajoute qu’« elles n’en sont qu’à leur début ». Pour l’instant, cet accord a permis de redonner les transports en commun au secteur public, d’arrêter les privatisations, de rétablir les jours fériés nationaux, de définir un tarif social de l’énergie destiné au million de familles les plus pauvres, d’augmenter les allocations chômage, les salaires et les retraites, de diminuer l’horaire hebdomadaire du travail des fonctionnaires à 35 heures, d’instaurer la parité entre les retraité-es portugais-e et étranger-es par l’élimination d’une taxe exclusivement réservée à ces dernier-es, et d’augmenter le budget de la santé et de l’éducation...

« Elles n’en sont qu’à leur début » en effet, car les pressions de l’Union européenne sur les élu-es et sur le gouvernement, sont colossales et les politiques des gouvernements sociaux-démocrates en Europe ne contribuent guère au changement radical de la société portugaise. De ce fait, les rapports et les mesures du gouvernement relatifs aux banques restent inchangés et la politique du gouvernement PS en Afrique suit l’orientation de l’Union européenne, la réduction du temps du travail n’est mis en œuvre que dans le secteur public…

La Convention

Les débats de la Xe Convention du Bloc de gauche se sont déroulés autour de 3 motions synthétisant les divergences. L’orientation largement majoritaire, représentée par la Motion A, a élu 64 membres sur 80 à la direction nationale. Au niveau organisationnel, elle propose à nouveau la création d’une Commission des droits, elle soutient le maintien de l’articulation avec les organisations autonomes des Açores et de Madère. Elle propose d’augmenter les rapports avec les mouvements sociaux et de citoyenneté, la création d’un système organisationnel à la hauteur des responsabilité, la démocratie interne avec pluralisme et la participation collective permanente, la représentation proportionnelle à tous les niveaux... Au niveau politique, elle met en évidence le caractère anticapitaliste, antixénophobe, écosocialiste, internationaliste du parti dans la lutte contre les politiques d’austérité, contre les sanctions exigées par la Troïka….

Néanmoins, pour les 10 000 militant-es du Bloc de gauche, la convention n’a pas été une échéance attractive car 85 % n’ont pas participé aux votes du congrès. Cette réalité a été l’un des points de clivage organisationnel et politique de  la « Motion R » avec la majorité. Cette motion est arrivée en deuxième position et obtient 9 membres à la direction. Elle demande l’élaboration d’un programme alternatif anticapitaliste dès maintenant, elle donne la priorité à l’écosocialisme, propose la création d’ores et déjà d’un groupe de travail afin de réfléchir sur la sortie de l’euro, et affirme le rôle moteur européen que devrait jouer le Bloc de gauche dans les initiatives internationalistes. La motion propose un plan d’urgence, l’« alternative d’un programme socialiste pour en finir avec l’austérité ».

La Motion B a obtenu 7 membres à la direction. Elle propose « dix mesures immédiates à prendre par la direction du parti » pour améliorer la vie interne du parti et la formation politique des militants. Elle défend la continuité de l’actuelle tactique au Parlement, mais propose de la mener plus loin dans la perspective de combattre le chômage et la précarité.

Ce qui sort des débats et des interventions sont les préoccupations internationalistes, de lutte contre le racisme et la xénophobie et solidarité inconditionnelle avec les migrant-es et les réfugié-es, de lutte contre la guerre, pour plus de conquêtes féministes… Tout en rappelant l’importance de l’articulation avec le mouvement social et les mouvements de masse afin de changer le rapport de force, la Motion A se donne pour objectif d’avoir plus de force, d’obtenir une majorité de député-es anticapitalistes pour mettre en œuvre les objectifs du Bloc.

L’accord au Parlement

Le président du Portugal, Antonio Costa, dirige le pays suite aux accords avec les trois partis de la gauche parlementaire. Le principal axe de cet accord est la récupération des revenus, de l’emploi et de l’État social avec deux objectifs : arrêter l’appauvrissement et en finir avec les mesures néfastes du gouvernement précédent. Expérience inédite en Europe, car pour la première fois un Parti socialiste fait alliance à gauche et cela se traduit par d’importants résultats électoraux aux dernières élections. Cette expérience provoque un radical changement d’orientation politique pour le pays.

Le Bloc de gauche ne s’est pas limité aux débats et aux propositions concernant le Parlement. Il a mis en place une structure de débats spécifiques avec les deux autres composantes : le PS et le PCP. Il a donc organisé des espaces de discussion avec les député-es, dans des groupes de travail : sur la dette externe, sur la précarité, sur l’énergie, sur la sécurité sociale ou l’habitat, dans lesquelles les députés approfondissent leurs positions et propositions. La réalité est que ces commissions se déroulent seulement avec les députés du PS, car le PCP boycotte.

L’intégrité du parti est une image de référence du Bloc de gauche. Pendant son intervention, Francisco Louçã, député et dirigeant historique du Bloc, a souligné l’une des caractéristiques du parti : la transparence de ses comptes. En fait, le Tribunal Constitutionnel a rendu l’avis des comptes annuels des partis politiques, et constate le résultat positif du Bloc, le seul représenté au Parlement qui n’a présenté aucune irrégularité.

Pour l’instant le rôle acquis par le Bloc de gauche au sein de la population travailleuse est important et il semble porter plein d’espoirs. En France, l’expérience est peu visible même s’il est un peu tôt pour tirer des leçons.

Le Bloc de gauche dans l’Union européenne en tourmente 

L’intervention de Zoe Konstantopoulou, l’ex-présidente du Parlement grecque, invitée à la Convention, a provoqué beaucoup applaudissement pour ce qu’avait représenté la lutte de son peuple. Celle de Miguel Urban, député européen de Podemos à la Convention, a donné lieu pour les présent-es la manifestation d’une immense solidarité à la veille des élections en Espagne. Eric Toussaint, président du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, a signalé que l’UE vit la plus grande crise depuis sa création à l’occasion du BREXIT, et qu’elle représente la défaite des classes dominantes en Europe et pour la Commission européenne. Cet affaiblissement pourra favoriser la construction d’une alternative à gauche « en faveur d’une intégration des peuples en faveur des peuples ».

La crise traversée par l’UE est au centre du discours de clôture de Catarina Martins, coordinatrice du Bloc. Elle précise que la construction européenne promise n’est qu’un mensonge, que l’harmonisation parmi les pays est réalisée par le bas, au niveau du travail, de l’environnement, de la migration. Déterminée, elle annonce que « nous sommes contre les financiers européens qui déprécient l’Europe dans les jeux de casino, nous sommes européens avec les travailleurs de Paris qui défient l’interdiction de leur manifestation, européens avec ceux qui en Espagne votent contre la corruption et pour faire sortir la droite des pouvoirs, nous sommes des européens avec les grévistes de l’Italie contre la destruction de la sécurité sociale, nous sommes des européens avec les immigrants et les réfugiés ». Elle conclut avec une proposition et un message d’espoir : il faut réunir une Assemblée européenne des alternatives, qui devra lancer les bases de la fondation d’une politique de coopération, de solidarités et de démocratie. Ce sont des vœux qui ne font que remplir d’optimisme pour la transformation des sociétés en Europe.

Beatrice Whitaker, représentante d'E! au congrès.

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