Portugal : un pays un peu plus tranquille après les élections municipales

Jerónimo de Sousa, un chef du PCP, avait raison lorsque dimanche matin, il a suggéré la prudence au sujet des lectures nationales des élections municipales. Si toutes  les élections mesurent la température et les rapports de forces, chacune le fait avec ses particularités : dans les municipalités, on mesure les pouvoirs et les forces locales qui comptent pour les citoyens, les partis et l'avenir immédiat.

Huit points au sujet de ces températures.

Tout d'abord, la réduction de l'abstention est un bon signe, mais celle-ci est encore trop grande et il y a toujours de nombreuses larmes de crocodile. Les listes électorales n'ont pas été mises à jour, ce qui  surestime l'abstention, et le système politique n'a pas été en mesure de créer la confiance et la mobilisation que la démocratie exige.

Deuxièmement, la défaite de certains candidats populistes (Valentine, Narcissus), mais Isaltino [NdT : Isaltino Morais, ancien ministre, emprisonné pour fraude fiscale et blanchiment de capitaux] a gagné, comme prévu. L'expérience d'extrême droite du PSD à Loures se termine en échec, comme prévu, et la chute du PSD au niveau national entraîne tous ses candidats - c'est-à-dire que nous aurons plus d'essais de type Andre Ventura [NdT : candidat du PSD, qui s'attaque aux Gitans accusés de vivre aux dépens de la société, plaide pour la peine de mort, etc.] dans l'avenir parce que la Droite a radicalisé son exaspération.

Troisièmement, le PSD tombe et le PS gagne. À Lisbonne et à Porto, le PSD est à environ 10 %, tandis que le PS renforce sa majorité municipale. Pour Passos Coelho, chef du PSD, c'est un défi difficile, parce qu'il est celui qui a choisi les candidats et qui pensait que le pays s’émouvrait en le voyant  traîner son dépit d'avoir été vaincu.

Quatrièmement, Moreira gagne à Porto, bien que handicapé par sa suffisance affichée. Problème : les deux sondages successifs de l'Université catholique étaient complètement en dehors de la marge d'erreur et, étant un évident stimulant pour la campagne PS, ils étaient suspects. Je me souviens de cas similaires, mais aucun n'est aussi aussi extravagant.

Cinquièmement, le CDS bat le PSD à Lisbonne, et c'est ce qui importait à Asunción Cristas, son candidat. Par conséquent, il s'aide lui-même et il aide le centre et la gauche : il a brûlé le bateau de la coalition des Droites pour 2019.

Sixièmement, le PCP assure son poids municipal majoritaire dans des régions importantes. C'était important pour confirmer son orientation et sa mise en œuvre.

Septièmement, le Bloc de Gauche monte dans le pays, il gagne là où il avait le plus besoin de gagner, avec l'élection de conseillers municipaux supplémentaires à Lisbonne et dans d'autres villes où ce sera crucial pour gagner les majorités locales. Il faut tenir compte qu'à Lisbonne, il a pris des risques avec un candidat peu connu, mais il s'est montré sûr et mobilisateur. S'il y a une leçon à tirer pour le parti, c'est qu'il se renforce par l'ouverture et le renouvellement.

Huitièmement, la vie change dans de nombreuses municipalités. Fernando Medina, candidat PS à Lisbonne, doit s'entendre avec la gauche, même en  gagnant confortablement, et les négociations seront difficiles. Le PCP devra faire des alliances à gauche dans plusieurs municipalités. Et le bloc doit organiser un travail systématique avec les gouvernements locaux, car à partir de maintenant sont en jeu la majorité de nombreuses mairies.

Si, en général, la confluence majoritaire PS-BE-PCP est renforcée en raison de la défaite de la droite, il est également vrai qu'elle va avoir beaucoup de travail, ce qui va demander beaucoup de négociations et créer des tensions. C'est la vie, comme l'a dit un ancien Premier ministre, et c'est bien ainsi.

Francisco Louça

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