Pour la santé, mobilisées le 16 juin !

POUR LE SERVICE PUBLIC HOSPITALIER, LES EHPAD, LA PSYCHIATRIE, POUR LES PERSONNELS POUR LE DROIT A LA SANTE ET A LA SECU.
TOUS DANS LA RUE LE 16 JUIN 2020
30 ans de politiques néolibérales ont gravement détérioré le système public de santé et de soins et mis à mal le système de protection sociale que représente la Sécurité Sociale.

La liste est longue des ‘’réformes’’ qui se sont succédé que ce soit en termes d’organisation qu’en termes de financement.

Ordonnances Juppé de 1996 mettant la Sécurité Sociale et ses recettes sous tutelle étatique en instaurant le projet de loi annuel de financement de la Sécurité Sociale (le fameux PLFSS) incluant le mécanisme budgétaire de l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie).

Mise en place de la tarification à l’activité (T2A) en 2004 réduisant le soin à un acte technique, loi Bachelot hôpital patients santé territoires (HPST) en 2009 mettant en place une gouvernance managériale de l’hôpital public, écartant les soignants, consacrant la transformation de l’hôpital en entreprise, du malade en client et des professionnels de santé en ingénieurs et techniciens au service d’une approche industrielle et commerciale des soins.

Loi Touraine de 2015 rendant obligatoire les regroupements d’établissements avec renforcement des restructurations accélérant les programmes de fermetures de lits et de services.

Plusieurs dizaines de milliers de lits, et des dizaines de maternités et de services ont ainsi disparus. Au total un éloignement de plus en plus important des lieux de soins pour les malades et leurs familles et un étranglement financier progressif de l’hôpital public avec au fil des années un ONDAM comportant un taux de progression très insuffisant au regard des besoins, une tarification à l’activité inscrite dans une enveloppe budgétaire fermée et une augmentation de la dette des hôpitaux publics qui se monte actuellement à 30 milliards.

Dans ce contexte les personnels sont ainsi devenus pour les managers financiers de l’hôpital public la variable d’ajustement budgétaire avec de nombreux postes vacants, des salaires bloqués, le démantèlement des équipes de soins, le recours massif aux contractuel(le)s et à l’arrivée une grande souffrance professionnelle entrainant démissions et parfois suicides.

Du côté du financement de la Sécu : on a assisté à la pression patronale pour la baisse du coût du travail et à la mise en place d’une austérité budgétaire au nom du déficit et de la maitrise des comptes publiques :

  -Mise en place de la CSG par Rocard en 1991, supportée essentiellement par les salariés et les retraités à plus de 85% et prélevée uniquement sur le salaire brut (ce qui a l’immense avantage pour le Medef de ne pas toucher au coût du travail quand elle augmente)

-Mise en place des franchises qui n’ont de ‘’médicales’’ que le nom en 2007.

-Mise en place des complémentaires santé d’entreprise obligatoires en 2013 renforçant la place du secteur privé de la protection sociale au lieu d’aller vers le 100% Sécu.

Sans parler des exonérations de cotisations sociales, appelées ‘’charges’’ par le patronat, qui ont atteints près de 60 milliards en 2019 et qui ne sont plus obligatoirement compensée par l’Etat depuis une loi macroniste votée en 2018.
Face à cette situation depuis plusieurs années se sont développées des luttes des personnels et des mobilisations des populations au niveau local avec notamment la Coordination Nationale de défense des hôpitaux et maternités de proximité.
-Grèves dans les EHPADs (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) pour les salaires, les effectifs et l’amélioration des conditions d’accueil des résidents. Il s’agit d’un secteur d’activité médico-sociale, réparti dans plus de 10 000 établissements, avec 728 000 résidents recensé(e)s en 2017 et 430 000 équivalents temps pleins (ETP) en personnels. Dans ce secteur un quart des établissements sont privés à but lucratif appartenant à de gros groupes comme Korian, Domusvi ou Orpéa. On est loin de la revendication portée par les syndicats d’un ETP par résident.

--Mouvement des services des urgences dans les hôpitaux, confrontés au manque d’effectifs, de moyens, et à une fréquentation en hausse constante conséquence de la désertification médicale et de la disparition de fait de la permanence des soins en ville en soirée. L’apparition du Collectif Inter-Urgences (CIU) il y a plus d’un an est venu témoigner de cette combativité et de l’ampleur des problèmes.

-Mouvement dans les hôpitaux généraux et psychiatriques qui ont pu aller jusqu’à des grèves de la faim comme à l’hôpital psychiatriques de Rouen, l’occupation de toits de l’hôpital au Havre et campements devant l’hôpital psychiatrique Marchant à Toulouse.
Depuis quelques mois la mise en place du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH)qui regroupe des professionnels de toutes catégories est venue structurer ce mouvement.
La réponse de Macron sera le plan Buzyn ‘’ma santé 2022’’ voté en juillet 2019 proposant de continuer les économies budgétaires, de renforcer la place du privé en ville en accélérant la mise en place de communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) dans un contexte de pénurie et de désertification médicale en avançant le prétexte constant du manque d’organisation et de coordination.

En novembre 2019 il propose la reprise d’une partie e la dette des hôpitaux publics à hauteur de 10 milliards soit un tiers de la dette, mais les projets de restructuration continuent : la signature du contrat COPERMO en juillet 2019 concernant l’hôpital de Nancy et la suppression de 600 postes et 174 lits sera confirmée par le directeur de l’agence régionale de santé en pleine pandémie COVID dans le grand-est. Cela lui coutera son poste pour …maladresse de communication.

Dans ce contexte La crise sanitaire du COVID 19 qui intervient début 2020 vient servir de révélateur social et politique.

Révélateur social car elle met en lumière le rôle essentiel pour l’ensemble de la société de métiers, d’ailleurs le plus souvent féminin, comme les caissières, les femmes des entreprises de ménages, les personnels du soin à domicile comme à l’hôpital mais aussi les magasiniers et les transporteurs publics etc…de nombreux métiers sous-payés et invisibilisés mais essentiels à la société.

Révélateur social car il met en lumière les inégalités sociales face à la pandémie et dans l’accès aux soins pour certaines populations (sans papiers, SDF, habitants des quartiers relégués, mal logés, prisonniers ou en rétention administrative…)
Révélateur politique car il a mis à nu l’impréparation, l’imprévoyance des autorités publiques et gouvernementales et leurs mensonges. Une vision à court terme, financière, gestionnaire, à flux tendu, a entrainé un manque de matériels : tests, masques, respirateurs, lits de réanimation. On découvre ainsi que la France a 4 fois moins de lits de réanimation que l’Allemagne.

Révélateur politique car la formidable mobilisation des soignants, au prix de milliers de contamination, a permis de prendre en main l’organisation des soins, et de s’émanciper de la tutelle des managers obsédés par la gestion des tableaux de bord et du taux de remplissage des lits. Elle a montré qu’une autre organisation permettant de faire face était possible et efficace. Le slogan ‘’non au retour à l’anormal ‘’résume l’état d’esprit et la prise de conscience qui s’est fait jour.

Laissée aux mains des groupes pharmaceutiques et dans la cadre de la mondialisation capitaliste la production de médicaments délocalisée à plus de 80% en Inde et en Asie a démontré que le bien commun est incompatible avec des intérêts privés guidés par la performance boursière et la promesse de dividendes. En 2020 SANOFI prévoit ainsi de distribuer 4 milliards d’euros à ses actionnaires.

Pour répondre à ces problèmes Macron et ses conseillers choisissent la stratégie du choc.  Aller plus loin et plus vite dans les ’’réformes’’. C’est ce qu’indique le pré-rapport de deux membres de la caisse des dépôts et consignations début avril 2020. C’est vers la disparition du service public hospitalier et sa transformation en hôpital privé non lucratif que proposent d’aller deux hauts fonctionnaires anciens directeurs d’hôpitaux publics dans une tribune au monde appuyés par Claude Evin et jean Leonetti, deux anciens ministres au Figaro fin mai 2020.

Olivier Véran, ministre de la santé propose pour augmenter les revenus des soignants de remettre en cause le tabou des 35 heures et vient de lancer le ‘’Ségur’’ de la santé. Stratégie de concertation qui ressemble à la stratégie du grand débat l’an dernier. C’est une stratégie d’enfumage ou rien ne se négocie et dont l’objectif est simple : noyer le poisson et à la sortie relancer ma santé 2022.

Dans ce contexte, la date du 16 juin a été retenue par de nombreux syndicats, collectifs, associations pour organiser dans tout le pays rassemblements, manifestations, grèves, en défense de l’hôpital public et en soutien aux revendications des personnels de santé. Elle peut être et elle doit être l’occasion que s’exprime la colère qui s’est accumulée dans les établissements et qui s’et déjà exprimé dans de nombreuses manifestations.

Elle doit être aussi et surtout l’occasion d’exprimer ce que nous voulons :

Un plan d’urgence pour l’hôpital public et les Ehpad : recrutement massif, ouverture des formations

Nous voulons 300 euros pour tous et toutes

Nous voulons l’arrêt des restructurations, des fermetures de lits et de service

Nous voulons l’annulation de la dette des hôpitaux publics

Nous voulons l’arrêt de la T2A et la suppression du carcan de l’ONDAM, et que soit mis en place des ressources stables et durables pour l’hôpital et le médico-social définies démocratiquement par la population, les soignants et leurs représentants, les élus locaux. Cela implique la remise cause de la toute-puissance des directeurs et des ARS.

Nous voulons un financement identifié pour la psychiatrie de secteur, la fin des mesures de contraintes. Une politique de prévention à hauteur de 10% du budget de la santé.

Nous voulons le développement d’un réseau de centre de santé public permettant un maillage territorial suffisant.

Nous voulons un service public du médicament.

Nous voulons la Sécu à 100% intégrant les complémentaires santé et leurs personnels ce qui au passage économiserait les 7,5 milliards de frais de gestion et de publicité des complémentaires santé.

Un système de santé et de soins organisé et financé pour répondre aux besoins de la population et non aux impératifs budgétaires de Bercy.

Roland Foret

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