Pour une nouvelle force, faire du neuf ! Réponse à Samy

Réponse à Samy
Pour une nouvelle force,
faire du neuf !

 

Nous n'allons pas revenir sur les constats que fait Samy sur l'état de santé des organisations politiques de gauche et en particulier sur la faiblesse de la gauche radicale ou anticapitaliste, même s'il oublie des partis qui se portent plutôt mieux, comme le Bloco portugais ou le Parti du Travail belge. Ils sont incontestables. On peut seulement être perplexe sur la notion de partis larges regroupant pêle-mêle des organisations au fonctionnement tout à fait traditionnel, comme feu  le PRC italien, die Linke ou même Syrisa, sans parler du Labour britannique (qui se rattache à la social-démocratie et pas à la gauche radicale ou anticapitaliste), et un mouvement populiste de gauche -et non pas anticapitaliste- comme Podemos ou, dans une moindre mesure, la FI.

Pour ce qui est de la France, le plus remarquable, outre le déclin prononcé de l'influence électorale de la gauche en général, c'est la faiblesse de ses effectifs militants. Si l'on veut rencontrer des militant·es à la fois jeunes et nombreux/nombreuses, il faut aller du côté des mouvements associatifs, et plus précisément dans les mouvements féministes, antiracistes (ou à l'articulation des deux, comme à Nice le 5 juin avec “Toutes aux frontières”) ou écologistes. A ce propos, hormis l'orientation politique présente ou à venir d'EELV et indépendamment de ses succès électoraux relatifs, ce parti reste une force militante très modeste, au point que les militant·es écologistes sont infiniment plus nombreux/nombreuses à l'extérieur d'EELV qu'à l'intérieur (et, par ailleurs, beaucoup plus radicaux/radicales).

Cette situation de faiblesse et de vieillissement, bien perçu par Samy, du militantisme semble une spécificité française. Elle ne se retouve pas ailleurs en Europe de l'ouest, ni en Angleterre, ni évidemment en Ecosse et en Irlande, ni en Allemagne, ni en Catalogne ou en Euskadi, ni en Espagne, etc. Et elle ne se retouvre pas non plus dans les autres régions du monde. Quant à l'Italie, juste une remarque. Dire que la gauche y est morte est excessif. Ce qui est mort, c'est la représentation politique institutionnelle de la gauche, ce qui n'est évidemment pas un détail. Mais la gauche sociale, écologiste et citoyenne est bien vivante, que ce soit à travers les syndicats, les associations, les centres sociaux ou la pléthore de groupes locaux de toute nature.

On peut risquer une hypothèse : il est possible que cette situation en France soit liée à ses institutions et à l'importance boursouflée du sauveur suprême choisi tous les 5 ans. Ce n'est pas l'objet ici d'aborder la question des institutions. Il n'empêche qu'un débat approfondi doit être mené à ce sujet. La proposition de VIème république avancée par la FI -et bien d 'autres avant elle- , avec tout ce qui l'accompagne, est une contribution importante mais elle est insuffisante, dans la mesure où elle n'aborde pas la question de la représentation, sinon sous l'angle du contrôle, ni celle de la démocratie active, pourtant essentielles dans une optique autogestionnaire et émancipatrice. Nous y reviendrons plus loin.

Les remarques de Samy sur la prolétarisation généralisée qu'accompagne le mouvement d'urbanisation de la planète sont pertinentes et plutôt à contre-courant du discours général entendu à gauche . Nous faisons la même analyse que Samy sur ce point. C'est pourquoi on ne peut qu'insister sur la tâche stratégique de l'unification de ce prolétariat élargi. En revanche, l'affirmation que le système a atteint ses limites paraît pour le moins osée, sauf à la justifier, ce qui n'apparaît pas clairement dans le texte de Samy. Or il est décisif de rappeler la crise globale et systémique du capitalisme qui est aussi une crise de civilisation et une crise multidimensionnelle  (sociale , économique et financière, écologique, démocratique, géo-stratégique), comme on l'avait analysé au moment de la fondation d'Ensemble! Comme il est tout aussi décisif de rappeler que face aux tendances régressives et inquiétantes dans les rapports de force mondiaux, des contre-tendances prometteuses existent aussi qui sont des points d'appui pour les résistances et les alternatives. Ce point précis nous préoccupe car il est peu présent dans le texte de Samy :  certes, il est fait mention de la révolution féministe mondiale -fondamentale à nos yeux- et de la contestation écologique, mais sans en tirer les conséquences que cela implique ; mais, plus étonnant encore,  la toile de fond des soulèvements populaires observés dans de très nombreuses régions du monde, de même que ce qu'ils nous disent sur le plan stratégique, est elle-aussi quasi-absente du texte de Samy.

C'est seulement en prenant appui sur de tels éléments que l'on peut évoquer les limites de ce système et l'actualité d'une alternative.

Par ailleurs, le couple infernal mondialisation / néo-libéralisme semblait en effet être la forme achevée et peut-être ultime du système La pandémie a tout remis en cause. Le virage américain, en phase d'ailleurs avec le même bouleversement survenu en Europe, remet en question nos certitudes. Parler de tournant social-démocrate est imprudent. Tout au plus peut-on constater qu'une politique de la demande s'est brutalement substituée à une politique de l'offre. Mais cela peut parfaitement être compatible avec la poursuite des licenciements, du démantèlement des services publics, des privatisations, de la sélection scolaire, de la rentabilisation de la recherche ...etc.

On peut douter que dans des secteurs emblématiques comme l'éducation, la justice et la santé, les politiques d'austérité soient simplement jetées aux orties. Quant aux contre-réformes des politiques libérales, elles sont toujours à l'agenda du gouvernement en France (comme on le voit avec la menace ouverte du retour de la contre-réforme des retraites). La mise en oeuvre d'une politique sociale-démocrate supposerait, elle, une renationalisation massive du capital et donc la mise en cause de la mondialisation libérale et du libre-échangisme. Il existe quelques signes en ce sens aux Etats-Unis, ce n'est donc pas totalement exclu. Mais pour l'instant, il est impossible d'affirmer que le système a choisi cette solution à la crise globale qu'il affronte.

Il est vrai que la crise écologique est un défi redoutable pour le capitalisme. Nous verrons si cela ébranle ses bases-mêmes. Mais certains éléments permettent d'en douter. Certains, d'ordre général, sont périphériques : le discours idéologique dominant, autrement dit le "politiquement correct", reconnaît sans réticence que cette question est majeure. Même s'il reste quelques attardés, les climato-sceptiques ont définitivement perdu la partie. Plus profondément, on voit le surgissement et le développement rapide d'un véritable écolo-business, voire des mutations spectaculaires de certaines multinationales, comme l'électrification de l'automobile ou la mue de Total en champion des énergies alternatives. Même Exxon et Shell sont attaqués de l'intérieur de leur actionariat sur leurs engagements climatiques. Ces mutations permettent d'ailleurs au passage de faire passer un discours justificatif du nucléaire. Bien sûr, la messe n'est pas dite et la crise écologique pourrait finalement s'avérer au-dessus des moyens d'adaptation du système. Mais celui-ci a manifestement décidé de s'y attaquer, avec l'appui des partisans du capitalisme vert et de l'aile droite du mouvement écologiste.  De façon hésitante, le plus souvent très en deçà de la nécessité, quelquefois même par des faux-semblants. Malgré tout, le mouvement est amorcé et il ne peut que s'amplifier. La situation réelle et, encore plus, les exigences de l'opinion publique, et notamment de la jeunesse, l'imposeront.

Mais devons-nous nous contenter de ces analyses ou pousser plus avant notre propre réflexion sur la profondeur de la crise écologique, le contenu à donner à la notion de transition écologique et dépasser la vieille  vision de la  “transformation sociale” (on entend encore cette terminologie au sein même d'Ensemble!) qui de fait subordonne l'écologie au social, alors qu'il faut raisonner en terme de transformation radicale de la société , en articulant sans hiérarchiser le social, l'écologie et la démocratie ? 

Enfin, sur le mouvement féministe, nous avons de fortes réticences sur les formulations de Samy. Parler du féminisme comme une spécificité qui ne doit pas être écrasée dans une alliance avec l'anticapitalisme est au mieux condescendant, au pire une répétition du caractère subalterne des luttes qu'on disait naguère "périphériques". Sur le fond, il n'y a guère de doute que Samy est insoupçonnable ; ce qui ressort à son insu, ce sont des formules qui appartiennent à une formation intellectuelle et politique des années 60 et 70.
Pour éviter tout malentendu, il faut se convaincre que la révolution féministe mondiale est porteuse de bouleversements aussi profonds que la révolution anticapitaliste. La disparition du virilisme aurait des conséquences au moins aussi importantes que la mise à bas du capitalisme. Dans ces conditions, avant même de parler d'alliance, il convient de considérer ces deux combats comme des chemins convergents vers cette "perspective socialiste" telle que la définit justement Samy, avec tout de même un très sérieuse interrogation sur le terme “socialiste”, comme nous y invite Lucien Sève dans “Communisme”.

Le texte de Samy stigmatise  le courant autogestionnaire que nous avons constitué au sein d’ Ensemble. Nous voulons bien y répondre brièvement, dans la mesure où cela ouvre un débat beaucoup plus crucial sur l’autogestion elle-même. Les critiques de Samy, aussi sommaires qu’elles soient, ou peut-être à cause de cela, sont soit caricaturales, soit franchement fausses, voire paradoxales. Nous créditer de l’idée que les partis sont des obstacles à l’expression du « peuple » est saugrenu. Comme tout le monde, nous faisons le constat de la dévitalisation des partis politiques. Nous n’insisterons pas, il existe des tonnes d’études sur la question. Nous devrions nous en réjouir, puisque plus les partis sont faibles, plus l’obstacle s’affaisse. Non seulement ce n’est pas le cas mais, pire, nous sommes dans une force politique et n’avons pas l’intention de la quitter et, pire encore, nous travaillons au dépassement d’Ensemble! pour envisager l’émergence d’une nouvelle organisation politique de gauche alternative. Un peu paradoxal pour des adversaires acharnés des partis quels qu’ils soient, présents ou futurs.

La seconde accusation est plus sérieuse. Nous divaguerions sur un peuple phantasmé, sans rapport avec le peuple concret. Si Samy entend par peuple concret celui qui vote, il  a raison. Non pas que le peuple qui vote n’ait aucune importance. Il en a, tout autant d’ailleurs que celui qui ne vote plus*. Mais pour ce qui nous intéresse, la mise à bas du capitalisme, ce n’est pas vraiment une source d’enseignements. Le peuple auquel nous nous attachons est donc celui qui lutte et qui se mobilise, celui qui résiste et expérimente déjà d'autres façons de produire, de consommer et de vivre, parce que c’est là que se trouvent les gisements et le “déjà là” d’un changement radical. Autrement dit, nous nous intéressons à la lutte des classes davantage qu’à la taxinomie des CSP.

Samy pointe la démocratie comme exigence centrale à prendre en compte dans tout projet stratégique. Il a entièrement raison. Mais c’est un peu court. Il passe sous silence l’aspiration profonde à l’égalité et tout autant la conséquence de ces deux exigences, la très grande méfiance vis-à-vis de toute représentation. Aujourd’hui, les luttes les plus radicales, souvent soutenues par l’opinion publique (Notre-Dame-des-Landes, Gilets Jaunes) ne sont plus encadrées par personne. Elles s’auto-organisent. Cette volonté d’autogestion à la base va souvent jusqu’à récuser toute forme de représentation. Cela présente incontestablement des avantages. Dans un système républicain, l’absence de direction d’un mouvement entrave les tentatives de récupération. Il suffit d’avoir entendu les injonctions faites aux Gilets Jaunes, parallèlement à une répression féroce, de se présenter aux élections pour comprendre comment le système procède pour digérer les contestations. Dans un régime autoritaire comme l’Algérie, cela complique la répression ; difficile en effet de décapiter le Hirak alors qu’il n’a pas de tête.

 

 

 

______________________________________________________________________________
*A ce propos, une précision sous forme de tautologie pour éviter tout malentendu : si les non votant·es votaient, les résultats seraient peut-être identiques, mais l’important n’est pas ce qu’ils /elles voteraient, c’est qu’ils /elles  ne votent plus.

Pourtant, ce refus de la représentation montre aussi certaines limites. Celles-ci ne se voient guère tant que le mouvement est massif et en croissance. Mais dès qu’il stagne ou qu’il régresse, l’absence de représentation au niveau central peut souvent se traduire par un repli des groupes sur leur base locale ou par une stagnation et un palier qui semble difficile à franchir en terme d'avancée et de rapport de forces, comme on le voit en Algérie avec le Hirak. Les Gilets Jaunes existent toujours aujourd’hui, ils semblent même connaître un regain d’activité, mais il n’existe plus aucune expression nationale du mouvement. N' y  a-t-il pas là un élément de réflexion stratégique important, qui complète l'appréciation très positive que nous portons sur la dimension auto-organisée , à coloration autogestionnaire, présente dans tous les soulèvements populaires depuis une décennie maintenant ?

Le problème posé par la représentation, à bout de souffle et fortement remise en cause, semble insoluble. Refuser immédiatement toute  représentation paraît mener à une impasse, mais l’accepter pourrait régler une difficulté en en créant d’autres encore plus graves, tels que la dépossession des décisions à prendre des groupes réellement agissants. Pour sortir de ce dilemme, il faut peut-être élargir la focale et envisager le projet de démocratie active (la base) dans son rapport avec le fonctionnement de l’État (le sommet).

Entre le VIème et le IVème siècle avant J.C., les Athéniens ont été confrontés de façon aiguë à cette question. Ils refusaient toute forme de représentation, la quasi-totalité des fonctions politiques (membres de la Boulè, juges, prêtres), à l’exception des archontes, étant pourvues par tirage au sort* et la totalité des décisions étant en réalité prises par les citoyens assemblés chaque semaine, « du lever au coucher du soleil » en ecclésia. En outre, les citoyens tirés au sort n’exerçaient leur mandat que pour un an non renouvelable et ne pouvaient exercer un même mandat que deux fois dans leur vie. Dans ces conditions, il était difficile d’assurer la continuité de l’ Etat. Les Athéniens savaient parfaitement que la gestion de l’État réclame des compétences, mais ce constat entrait en contradiction avec leur conception de la démocratie. Il leur aurait été insupportable que des technocrates compétents prennent des décisions à la place de l’assemblée souveraine des citoyens. Ils ont donc imaginé une solution originale, mais bien sûr anachronique. Toutes les fonctions de l’État, en particulier les plus hautes, l’équivalent par exemple de nos directeurs d’administrations centrales, étaient occupées par des esclaves publics. Les esclaves n’étant pas des sujets politiques, l’État lui-même était exclu du champ politique. C’est évidemment là une procédure d’évitement, un tour de passe-passe qui n’a pas manqué de provoquer quelques courts-circuits, certains esclaves se prenant pour des décideurs politiques, au risque de leur vie, faut-il le préciser ?**

Il n’est pas question aujourd’hui de rejeter l’État hors du champ politique, mais le basisme, en se désintéressant de l’Etat, procède lui aussi à une forme d’évitement. C’est pourquoi, on ne peut plus agiter la revendication autogestionnaire sans affronter certaines questions,  essentielles parce qu’elles touchent directement à la démocratie, sauf à finalement renoncer à l’autogestion elle-même. L’autogestion à la base, que ce soit dans les luttes ou dans l’administration éventuelle de territoires restreints comme des villages, des quartiers, voire des villes et même des départements (cf le récit de J.P. Leroux sur la préparation des départementales dans le 05) ne pose pas de difficultés majeures, même si un processus autogestionnaire n’est jamais aisé. Mais au niveau de l’État, c’est une autre affaire.
________________________________________________________________________________________________________
* Les stratèges (généraux), élus, n’étaient pas censés relever de la sphère politique.
** Voir les ouvrages de Paulin Ismard « La démocratie contre les experts » (Seuil 2015) et « La cité et ses esclaves » (Seuil 2019)

 

Personne ne prétend, du moins dans le courant autogestionnaire d’Ensemble, que l’on va passer du jour au lendemain d’un système exclusivement représentatif à la disparition de toute représentation. La question centrale est donc multiple ; comment articuler la gestion verticale de l’État et l’horizontalité de l’autogestion ? Comment articuler une démocratie représentative radicalement transformée avec une démocratie active à inventer ? Quels mécanismes démocratiques introduire dans la gestion de l’État lui-même ? Comment imaginer amorcer la transition dans la perspective du dépérissement de l'Etat et de la démocratie représentative ?

Ces questions restent ouvertes. Il y a bien quelques pistes, par exemple, pour les politiques sectorielles, comme les états généraux (de la santé, de l'éducation, de la justice, etc) ou même les assemblées populaires citoyennes (une proposition faite par Ensemble!-PACA dans les discussions programmatiques du rassemblement “Il est temps” à l'occasion de la préparation des élections régionales)  ou encore les conventions citoyennes telles que celle sur le climat dont les résultats ne sont finalement pas si négatifs. Mise en place par le pouvoir, cette convention citoyenne a produit un rapport suffisamment dérangeant pour être au bout du compte vidé de sa substance.

Et il y a de multiples cas ailleurs dans le monde d'expérimentations démocratiques passionnantes, notamment le retour de la pratique du recours au tirage au sort, et trop largement ignorées à gauche et même parmi nous.***

Il reste, pour finir, la question de l'organisation politique dont nous avons besoin et qu'il nous incombe de mettre en chantier. Samy propose une architecture à trois niveaux : un front idéologique, un bloc historique regroupant l'archipel anticapitaliste, qu'il soit d'origine politique, associative, syndicale ou autres, et une organisation strictement politique à l'orientation marxiste révolutionnaire.

Commençons par ce dernier. Samy affirme sa préférence pour un parti de type traditionnel (la forme parti). C'est un choix de confort. On sait de quoi on parle, on connaît parfaitement le fonctionnement de ce type d'organisation, on n'a aucune surprise à attendre. Il justifie ce choix par l'exigence démocratique. Cela peut paraître paradoxal, dans la mesure ou un parti de ce format fonctionne sur le mode de la délégation et de manière pyramidale. Mais il faut bien admettre que les types d'organisation soi-disant alternatifs proposés dans la période contemporaine sont pires. Les organisations plus ou moins populistes défendent un fonctionnement de type monarchique (ou présidentiel version 5ème république). Quant au modèle d'Ensemble qui a voulu innover avec un fonctionnement fondé sur une application mécanique du consensus et un rôle dirigeant -de fait- de l'EAN, il a débouché  sur une paralysie d'Ensemble!, contribué à l'effacement du CN comme véritable instance de décision et à la dévitalisation des commissions comme lieu d'élaboration du mouvement.

Nous qui considérons que l'autogestion n'est pas seulement un objectif à atteindre, mais une manière de faire de la politique à mettre en pratique dès aujourd'hui, nous ne pouvons souscrire à un tel choix. En somme, nous ne parlons pas de la même démocratie. La forme parti va totalement à contre-courant des aspirations définies plus haut. On notera d'ailleurs que dans les soulèvements populaires observés de par le monde depuis une décennie, la recherche de ce type de parti par les protagonistes de ces soulèvements est inexistante. A moins que ces aspirations ne soient que la manifestation d'un peuple phantasmé, on ne voit pas comment un tel parti pourrait devenir un parti révolutionnaire de masse (c'était le projet initial du NPA). Ou alors, il faudrait se résoudre à créer un nouveau groupuscule. Dans ce cas, on comprend mieux la nécessité d'un regroupement anticapitaliste plus large.

Mais si toute la gauche alternative se retrouve dans une même coopérative pluraliste et inclusive (ou plateforme, ou tout autre dénomination), alors à quoi sert un nouveau parti, surtout s'il est groupusculaire ?
Il faut donc prendre un autre chemin et sans tarder renoncer au parti, qui renvoie à une impasse, à une conception autoritaire de l'organisation et de la société. Mais cela ne signifie en rien  abandonner la nécessité d'une force politique. C'est donc de la conception, du rôle et du fonctionnement de cette force politique qu'il faut débattre, une conception en adéquation avec nos pratiques et nos références à l'autogestion et à l'émancipation.

Samy évoque enfin, non sans prudence, le terme écosocialiste. Il faut aller plus loin : ce terme est-il pertinent ? Pour nous qui nous réclamons de l'autogestion et de l'émancipation, d'une démarche radicale et anticapitaliste, de l'articulation et de l'imbrication des références que sont le social,  l'écologie, le féminisme, l'antiracisme et la démocratie, ce terme écosocialiste pose problème. Il est restrictif puisqu'il ne comprend qu'une partie des références d'un projet alternatif. Il renvoie à la subordination des autres éléments au “socialisme” et à “l'écologie”. Après “socialisme”, le terme “écosocialiste” n'est-il donc pas caduc à son tour ?
Là encore, il nous fait faire du neuf et, ce qui est le plus difficile, inventer, avec d'autres, une nouvelle terminologie raccordée à un projet alternatif nécessairement pluraliste dans ses références.
Et puisque Samy propose de débattre, débattons de tout cela avec toutes et tous.

 

Le 21 Juin 2021

Cette contribution a été écrite par
Collette  CORFMAT (75), Corinne LE FUSTEC(22), Noufissa MIKOU (94),
Bruno DELLA SUDA (06), Gérard LAPLACE (13), Dominique RESMON (29),
au nom des camarades se reconnaissant dans le courant « Ensemble! Autogestion-Emancipation »

 

Contact : ensemble-autogestion-emancipation@mailo.com

*** Un bon aperçu dans “Petite histoire de l'expérimentation démocratique” d'Yves Sintomer (La Découverte, 2011)

Blog
Auteur: 
Dom-PenArBed-29