Premières réflexions sur les élections grecques

Nous publions un article de Panagiotis Sotiris, militant d'Unité Populaire, qui tire un premier des élections et des résultats décevants d'UP.

Cela n'a pas été une bonne soirée électorale. Je ne parle pas principalement du fait qu'Unité Populaire a échoué à atteindre le seuil de 3% qui lui aurait permis d'avoir une représentation parlementaire, mais bien du fait que les résultats électoraux semblent être une justification de la capitulation de Syriza face à l'Union Européenne et de la signature du nouveau memorandum. Ce nouvel accord de prêt impliquera des coupes dévastatrices et des réformes néo-libérales, et, maintenant, nous avons un Parlement dominé par les forces pro-memorandum. Ce qui est en opposition frontale avec le référendum de juillet, quand des millions de personnes ont massivement rejeté l'austérité imposée par la troïka et la dévastation sociale qui l'accompagne.

Le pari cynique de Tsipras a été de placer les élections sur le terrain du débat de quel parti (et quel Premier Ministre) allait être le mieux à même de mettre en œuvre le memorandum qui avait déjà approuvé par Syriza et les partis du système le 14 août. Sa stratégie a été de présenter le mémorandum comme inévitable, inéluctable. Il a évité presque toutes les références à l'accord, en ne présentant que le choix entre lui et Vangelis Meimarakis, le leader du parti de centre droit Nouvelle Démocratie. Finalement, les Grecs ont choisi de donner une seconde chance à Syriza plutôt qu'aux autres partis systémiques, pro-mémorandum. Il ne s'agit pas d'un vote d'espoir, mais d'un vote pour le « moindre mal ».

Le fait que les Grecs Indépendants (ANEL) aient réussi à entrer au Parlement a donné à Tsipras la possibilité de renouveler sa coalition gouvernementale avec eux. En ce qui concerne les autres partis pro memorandum, Nouvelle Démocratie n'a pas réussi à concurrencer efficacement Syriza, en particulier parce qu 'elle porte la responsabilité de diriger les coalitions pro memorandum depuis 2011. Le Pasok a réussi à améliorer son résultat de janvier, mais le fait qu'Anel ait réussi à entrer au Parlement signifie que Syriza n'avait plus besoin de son soutien. To Potami, un parti ouvertement néolibéral ( l' »extrême-centre » de la vie politique grecque) a perdu un tiers de ses électeurs.

En même temps, l'augmentation dramatique de l'abstention, 773 000 votants de moins qu'en janvier, est l'expression de la crise politique et, en particulier, d'un sentiment de défaite largement répandu dans la classe ouvrière grecque. De même, les 3,4% de voix en faveur de l'Union du Centre sont une autre expression de cette désillusion. Le leader du parti, Vassilis Leventis, est connu pour avoir proposé ses « analyses politiques » sur des chaînes de télé de seconde zone dans les années 1990. Son travail était considéré comme une sorte de théâtre sans aucun sérieux, mais aujourd'hui, l'Union du Centre est apparue comme le principal volet d'un vote de protestation « anti-politique ».

De leur côté, les néo-nazis d'Aube Dorée, dont le leader a cyniquement reconnu la responsabilité politique dans le meurtre de l'artiste anti-fasciste Pavlos Fyssas, ont augmenté leur pourcentage, même si, en raison d'une plus faible participation, le parti a légèrement reculé en nombre de voix depuis janvier.

Unité Populaire, bien sûr, n'a pas connu le succès dimanche. Avec 2,86%, elle n'a pas réussi à obtenir une représentation parlementaire. Il s'agit d'un échec politique évident, spécialement si l'on prend en considération le fait qu'elle a été créée par une scission massive de Syriza et qu'elle était l'une des principales forces politiques à insister sur la signification du vote « Non ». Antarsya, quant à elle, a réussi à progresser tant en voix qu'en pourcentage, atteignant 0,85%

Comment expliquer le résultat d'Unité Populaire. Voici quelques réflexions rapides, la discussion sur ces résultats n'ayant qu'à peine débuté. Unité Populaire a sous-estimé le fait qu'une grande partie du « peuple du Non », trahi et vaincu a voté non pas pour indiquer la poursuite d'une résistance, mais dans les limites d'une mentalité du « rien ne peut réellement changer », choisissant d'accepter l'appel de Tsipras à lui donner une « seconde chance » et préférant Syriza à Nouvelle Démocratie pour superviser le nouveau memorandum. Unité Populaire a pensé qu'à la scission dans le parti correspondrait une scission correspondante dans le corps électoral de Syriza. En réalité, les relations de représentation politique se sont révélées bien plus complexes. Et le fait qu'il y ait eu un délai et des allers et retours dans le processus de sortie de Syriza n'ont pas non plus arrangé les choses. Unité Populaire a enfin échoué à faire appel efficacement à la colère de la jeunesse sans avenir et au désespoir qui a conduit de nombreux électeurs à l'abstention ou à des choix tels que l'Union du Centre.

Nous n'avons pas réussi à faire d'Unité Populaire ce nouveau front indispensable, cette sorte de front qui s' engagerait sérieusement dans le débat et l'action à propos des problèmes hérités de Syriza. Nous sommes apparus comme une variante de Syriza qui aurait été fidèle à ses principes plutôt que comme un nouveau front émergeant de manière organique du mouvement et de la dynamique des antagonismes sociaux. Le manque d'auto-critique à propos de la participation de membres de la Plate-Forme de Gauche au gouvernement de Syriza a également contribué à cette image. Durant la campagne, nous avons échoué à insister sur ce qui était, peut-être, notre point le plus fort, à savoir que nous avions un discours alternatif à propos de l'annulation de la dette et de la sortie de l'Eurozone. Les électeurs attendaient un programme complet et une schéma de sortie de l'Eurozone et non pas une simple rhétorique anti-austérité et anti-memorandum.

Unité Populaire n'a pas réussi à s'ouvrir à toutes les formes de radicalité apparues avec la crise de Syriza ni à toutes les expériences du mouvement social. Plus encore, les problèmes de communication réels entre les différentes sensibilités et variétés de la gauche radicale, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de Syriza, ont perduré, y compris le fait que la direction de la Plate-forme de Gauche était plus méfiante qu'elle ne l'aurait dû vis-à-vis d'autres tendances et qu'elle n'a pas su réaliser le besoin d'un appel largement ouvert à tous les participants potentiels à Unité Populaire. De plus, la formation n'a pas réussi à offrir suffisamment de garanties qu'elle serait ouverte et démocratique, libérée de la logique bureaucratique qui minait Syriza.

Quoi qu'il en soit, les élections ont eu lieu. Nous devons faire face à la mise en œuvre du troisième mémorandum, à une austérité agressive et à une nouvelle série de réformes néolibérales. Nous sommes confrontés au défi de la reconstruction du mouvement et de la confiance dans les capacités de victoire du mouvement. Unité Populaire et toute la gauche radicale (ce qui comprend aussi Antarsya, des militants qui ont quitté Syriza et qui n'ont pas rejoint Unité Populaire, des voix critiques issues du milieu du KKE et des militants des mouvements sociaux) doit s'engager dans le processus nécessaire, nécessairement douloureux, d'auto-critique et de relecture de la conjoncture dans une tentative de réinventer la gauche radicale en tant que projet contre-hégémonique.

Ce sera une tâche difficile, mais il n'y a là rien de nouveau : la politique de gauche, c'est construire un bateau quand on est déjà au milieu d'une mer démontée.

Panagiotis Sotiris. Article publié en anglais le 22 septembre sur le site de Jacobin. Traduction Mathieu Dargel

www.jacobinmag.com/2015/09/tsipras-syriza-austerity-september-20-electio...

 

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