Primaire 2017 : le Front de Gauche doit éviter le piège

D'abord il convient de relever une incongruité : alors que l'abstention électorale atteint des sommets, l'idée de proposer une pseudo-élection supplémentaire paraît étrange. C'est même le symptôme d'une déconnection du réel.

Pour comprendre une idée, s'intéresser au pedigree de ses promoteurs est toujours un exercice éclairant.

Les initiateurs de la primaire ont tous en commun d'être « de gauche » mais de cette gauche qui s'est accommodée depuis 5 ans de tous les renoncements et toutes les trahisons de la « gauche » : TSCG, CICE, gaz de schiste, chasse aux étrangers, démantèlement des services publics, Notre dame des Landes, Fesseheim, TAFTA, mort de rémi Fraisse, état d'urgence, alignement sur l'OTAN, syndicalistes condamnés, coup d'état grec, etc

En résumé cette « Gauche » qui rejette les conséquences de l'austérité mais en alimente les causes. Cette « Gauche » dont le Front de Gauche est la mauvaise conscience. En résumé c'est la « Gauche » du OUI de 2005, celle que nous avons battue et qui, avec la complicité de la droite s'est déshonorée dans le viol démocratique que constitue le traité de Lisbonne.

Qu'est ce qui a retenu et retient encore cette « Gauche » de rejoindre le Front de Gauche ?

Un vulgaire cordon alimentaire, des préoccupations de carrière, de places, d'égo. Rien d'autre. Un mot résume tout : l'opportunisme.

La réalité c'est que, comme en Grèce, au Portugal ou en Espagne la fausse gauche qui a mené une politique de droite, se sent condamnée.

Avec les primaires, elle appelle astucieusement la vraie gauche à sa rescousse, non pour espérer se sauver mais pour qu'elle se noie à sa place en entrainant toute la gauche dans le naufrage.

En effet, si l'un des notre gagne la primaire qui peut croire un seul instant à la loyauté de la fausse gauche ? Nous savons bien que Valls, Macron ou Hollande préfèreront Bayrou, Raffarin ou Juppé.

C'est si vrai qu'ils le disent déjà ouvertement : le porte parole de EELV annonce par avance qu'il ne soutiendrait pas le vainqueur de la primaire si celui-ci s'opposait aux traités européens.

Cambadélis y voit un moyen de confirmer Hollande.

Daniel Cohn Bendit va plus loin : il avoue que les dés sont pipés au point qu'il peut même prédire « qu'aucune personnalité du Front de Gauche ne peut gagner la primaire » ( Le Monde du 31/01/16).

Nous voilà ostensiblement prévenus.

Il est maintenant clair que le but, avoué et assumé, de la primaire consiste à étouffer l'alternative politique écologique, sociale et démocratique portée par le Front de Gauche. Prôner l'alternance pour éviter l'alternative. Exposer le casting pour cacher le scénario.

Nous n'avons que faire de ces intrigues de cour.

La question de l'austérité est une question qui ne saurait être tranchée par une sous-élection. Elle doit être le premier sujet de la présidentielle.

La gauche doit d'abord être « de gauche », c'est à dire ne pas se résigner en capitulant avant le combat. Telle est la mission du Front de Gauche.

Face à la détresse sociale, à la catastrophe écologique et au danger fasciste il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre.

Qu'avons nous à gagner dans une primaire ? S'il n'y a aucun bénéfice politique que reste-t-il ? Des postes ? Des miettes financières ? Des calculs ?

Le Front de Gauche doit s'extirper de la spirale opportuniste qui le ronge depuis les investitures aux législatives, qui s'est poursuivie avec la « géométrie variable » ( municipales, départementales et régionales) et s'est récemment confirmée avec le vote de l'état d'urgence par ses députés.

Le Front de Gauche doit revenir à des positions de classe en rétablissant la bonne hiérarchie entre la structure et le projet politique : la première doit être au service du second, pas l'inverse.

La première condition à l'élargissement nécessaire du Front de Gauche est d'être « de gauche ». Nous ne partons pas de rien. Nous disposons d'un excellent programme ( L'humain d'abord), qui reste seulement à actualiser à la lumière de l'exemple grec et de l'urgence écologique. Continuons de refuser l'austérité en enfonçant le clou de 2012. Quatre millions de voix comme point de départ ce n'est pas si mal.

Poursuivons le rassemblement des nombreuses et nombreux militant(e)s sincèrement « de gauche » que nous côtoyons régulièrement dans les luttes sociales écologiques ou démocratiques. C'est avec eux, et en proposant une issue démocratique, écologique et sociale, en un mot «  de gauche », que le Front de Gauche pourra refonder réellement et durablement la gauche dans son ensemble.

En attendant, laissons la fausse gauche s'agiter dans son marécage opportuniste et tenons-nous à distance.

 

 

 

 

Blog
Auteur: 
Christian Causse