Primaire de la droite : surprises et fausses bonnes nouvelles

A chaque jour ou presque sa surprise politique !

Avec la primaire de la droite (et du centre ?), côté surprises c'est 3 pour le prix d'une : Sarkozy évincé brutalement, Juppé qualifié pour le deuxième tour mais en fort mauvaise position, et Fillon dans le rôle du triomphateur impromptu.

Avec plus de 4 millions de votants et de tels résultats les « primaires à la française ont gagné leurs lettre de noblesse » se félicite l'éditorial du Monde, qui lit dans tout cela « une bonne nouvelle pour le débat démocratique ».

A-t-on droit au doute ?

Après le PS, avec LR, voici donc les grands partis contraints de s'adapter à cette procédure des primaires pour désigner leurs prétendants au pouvoir. Si certains, de moins en moins nombreux, s'en inquiètent, d'autres, de plus en plus nombreux, s'en félicitent. Soit qu'ils y voient une rupture bienvenue avec le fonctionnement traditionnel des partis, soit qu'ils considèrent que c'est là pour une manière de se revivifier.

N'empêche que cette primaire de droite recèle une étrangeté. Laquelle explique l'intérêt qu’elle a suscité et le succès de la participation. Dans la situation présente, avec ses rapports de force politiques, elle permet de choisir entre les postulants le prochain président de la République. Puisque cela revient à désigner le candidat qui sera présent au 2ème tour et promis, si l'on ne veut pas abuser des surprises, à l'emporter face à Marine Le Pen. Comme une forme de retour au vote censitaire : 4 millions de Français, de droite, jouissent du privilège de choisir le président de 66 millions de Françaises et Français.

Ceux là ont donc décidé de se désintéresser des « petits candidats », d'écarter Sarkozy, déjà vu à l’œuvre et par trop agité (« trop instable » comme jugeait une dame de Neuilly devant la caméra au sortir du bureau de vote), et a massivement préféré Fillon à Juppé. Tant pis pour les sondeurs et journalistes à qui il reste leurs yeux pour pleurer et leurs claviers pour s’expliquer...

D'aucuns voient dans ce résultat une bonne nouvelle. L'annonce d'une vraie bonne droite classique : « traditionnelle, solide et sérieuse, provinciale et catholique, notable et bien élevée » (dixit Le Monde). Pas une droite prête à frayer avec les centristes, au risque de s'accoquiner avec des prétendus socialistes en déshérence, ni sous prétexte de contenir le FN à sombrer dans la vulgarité populiste. Pas question de faire peuple !

Cette droite, ravie, se découvre prête à s'incarner en ce François Fillon, tellement terne, mais si ferme. Parce qu'il est en phase avec les mobilisations réactionnaires des dernières années, en défense de la famille et des valeurs traditionnelles, qui ne tait pas son inquiétude à l'égard de la présence musulmane, qui ne croit pas une seconde à « l'identité heureuse » de Juppé, et qui du Moyen-Orient ne retient que le sort des chrétiens d'Orient et n'imagine d'autre possibilité de les défendre que de soutenir Bachar al-Assad et Poutine... Et qui, en matière économique et sociale, réinvente le thatcherisme, un ultralibéralisme sauvage qui n'a rien appris des dernières décennies ni de la crise de 2008.

Sarkozy battu par un ex- « collaborateur » qui s'est installé plus à droite que lui, Juppé bousculé parce jugé, malgré ses professions de foi ultralibérales, trop modéré, un FN qui doit se repositionner pour riposter au nouveau venu... Que voici trop de surprises, qui affadissent la capacité d’étonnement. Et des bonnes nouvelles comme celles-là risquent de nuire fort à la santé !

Francis Sitel

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