Printemps 2014 : Grenoble en rouge et vert ?

« Coup de tonnerre à Grenoble et en Isère ! », tel était le titre en une du Dauphiné Libéré du lundi 24 mars 2014, au lendemain du 1er tour des élections municipales.

Si la tendance générale dans le département n'est pas très différente des résultats nationaux, en l'occurrence une méchante veste pour le PS et ses alliés, à Grenoble, la liste du rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes « Grenoble une ville pour tous » fait mentir tous les pronostics et se place en tête dès le premier tour, avec de sérieuses chances de succès au second.

Petit retour à chaud sur la chronologie des événements qui ont présidé à une situation inédite à l'échelle locale et -de par son envergure et sa portée politique- nationale.

Les prémisses

Dès 2013, des contacts avaient régulièrement lieu entre le Parti de Gauche et EuropeEcologie-LesVerts, sous les bons auspices de l'Association Démocratie Écologie Solidarité. Ni secrets, ni ostentatoires, ces prises de contact visaient à envisager la possibilité d'une candidature commune sur Grenoble d'un Front de Gauche élargi aux organisations écologistes, ici très actives et marquées à gauche ; un travail de déblaiement essentiellement, établissant les possibles thèmes d'accords et de désaccords, avant de poursuivre les travaux plus avant sur le terrain programmatique avec un maximum de partenaires.

En octobre, lors d'une réunion publique du Front de Gauche dédiée à l'urbanisme et au logement, EELV fait une offre publique d'alliance électorale en vue des municipales. Cette proposition reçoit immédiatement une fin de non-recevoir de Patrice Voir, chef de file du PCF à Grenoble.

L'idée fait néanmoins son chemin, tant au sein du FdG qu'à l'extérieur : le Réseau Citoyen, construit autour d'anciens de Go Citoyenneté, de collectifs d'habitants (unions de quartiers) et de parents d'élèves (collectif Mounier), envisage très sérieusement cette proposition. De même, Les Alternatifs de l'Isère, traditionnellement opposés au FdG, considèrent rapidement cette proposition avec grand intérêt.

Le 7 novembre, lors d'une interminable réunion du Front de Gauche grenoblois, est actée la divergence profonde entre la fraction dirigeante du PCF et le reste du collectif. Ce désaccord est traduit en acte le 10 décembre lors d'un vote interne des communistes, dont le bulletin soumis aux militants fait encore aujourd'hui l'objet de bonnes blagues dans le microcosme politique local, l'écrasante majorité se prononçant pour l'alliance dès le premier tour avec le PS, brisant de fait toute possibilité de présentation d'une liste et d'un programme communs du FdG aux élections municipales.

Rapidement, le PG demande aux autres composantes du FdG leurs analyses de la situation et leurs positionnements sur une initiative rouge-verte-citoyenne : si la GA est favorable à une participation, la FASE1, la GU et PAG38 entérinent l'échec du collectif et refusent de se positionner pour l'un ou l'autre camp, et de fait s'auto-neutralisent pour toute la campagne. A plusieurs reprises, le PCOF soutiendra publiquement l'initiative rouge-verte-citoyenne, toutefois sans participation directe à la campagne.

Viennent les premières réunions programmatiques, les premiers cafés-citoyens, les consultations des réseaux associatifs et syndicaux, puis une fois le programme finalisé les tractages, les collages, le porte-à-porte massif et méthodique, les disco-soupes sur les marchés... toute une dynamique se met en marche, basée sur l'infrastructure technicienne d'EELV et alimentée par les forces militantes du PG et du Réseau citoyen, auxquelles très rapidement de nombreux-ses sympathisant-e-s se greffent. Malgré les inévitables frictions qui ne manquent de survenir dans une telle agitation, dans ce bouillon de cultures parfois très différentes, toujours les confrontations restent constructives et fructueuses, un climat de joie et de bienveillance mutuelle dominant largement la campagne en interne comme en externe. Les « rouges » ne se braquent plus contre les « verts » (et réciproquement), les « apolitiques » ne craignent plus les « politiques », les indécis-es apprennent à prendre position et faire entendre leurs voix, on commence à entendre le mot « écosocialisme » dans les assemblées sans que cela ne heurte plus personne. Il se passe bel et bien quelque chose d'inédit à Grenoble !

Les sondages avant l'élection

Un premier sondage commandé par France 3 Alpes et publié le 6 mars donnait les estimations suivantes :

Jérôme Safar (PS-PCF) 34%

Eric Piolle (EELV-PG) 26%

Mathieu Chamussy (UMP-UDI) 22%

Mireille d'Ornano (FN) 9%

Philippe Delongevialle (Modem) 5%

Denis Bonzy (DVD) 2%

Un second sondage commandé par le Dauphiné Libéré et publié le 18 mars confirmait cette tendance, avec des chiffres étonnamment ronds :

Jérôme Safar (PS-PC&alliés) 35%

Eric Piolle (EELV-PG&alliés) 25%

Mathieu Chamussy (UMP-UDI) 20%

Mireille d'Ornano (FN) 10%

Les résultats du 1er tour

Sur 84.816 inscrits, la participation est de 52,40 %.

Les résultats officiels :

Éric Piolle (EÉLV-PG) 29,41 %

Jérôme Safar (PS-PCF) 25,31 %

Matthieu Chamussy (UMP-UDI) 20,86 %

Mireille d'Ornano (FN) 12,56 %

Philippe de Longevialle (Modem) 4,51 %

Denis Bonzy (DVD) 3,53 %

Lahcen Benmaza (SE) 1,82 %

Catherine Brun (LO) 1,19 %

Maurice Colliat (POI) 0,81 %

Le(s) jour(s) d'après

Le lundi, le comité de campagne se réunissait pour donner mandat à ses négociateurs de proposer à Jérôme Safar et sa liste une fusion technique selon les termes suivants :

  1. pas de composante de droite dans la nouvelle majorité (la notion de « droite » commençant au Modem)

  2. répartition strictement arithmétique des places au conseil municipal en fonction des résultats obtenus au 1er tour par les deux listes fusionnantes

  3. pas d'engagement à solidarité de gestion

Cela dit, aucune modification n'est envisageable sur le programme porté par « Grenoble une ville pour tous ».

Les premiers retours de Jérôme Safar faisaient état de quelques points de notre programme restant à clarifier, notamment sur l'économie, l'habitat, la sécurité... Lesdites clarifications leur parvinrent sur les coups de 3h du matin, réponse exigée à 8h.

Au petit matin du mardi, pas de réponse franche, mais une succession d'atermoiements, de décisions et contre-décisions, Jérôme Safar semblant s'être réfugié dans un mutisme assourdissant, ses colistiers entretenant le flou avec des informations contradictoires. Certains exigèrent pour leur chef la très politique place de 1er adjoint, d'autres demandèrent même à Eric Piolle à s'engager publiquement à soutenir Jérôme Safar pour la présidence de l'agglomération et future Métropole, afin d'amadouer leur tête de liste ; grossières manœuvres visant à nous faire passer pour des monnayeurs de places, dont personne ne fut dupe un seul instant. Puis rencontre-éclair entre les deux hommes. Et finalement aux alentours de 14h30, le socialiste envoya un dernier texto pour signifier son refus de fusion et donc son maintien en quadrangulaire, au moment même où il commençait sa conférence de presse avec son texte rédigé durant les heures précédentes... Fin de l'épisode du théâtre d'ombres.

Dans l'après-midi, après dépôt de la liste à la préfecture, nouvelle conférence de presse de notre liste, puis comité de campagne transformé en réunion publique, la foule ayant envahi le local de campagne, débordant jusque dans la rue ! Etat de la situation par les porte-paroles, nombreuses prises de paroles de citoyen-ne-s demandant du matériel et des instructions pour soutenir la liste, des conseils pour entreprendre des actions spontanées, et toutes ces choses qui nous fait prendre conscience que la dynamique dépasse très largement les 59 colistier-e-s et les militant-e-s des organisations : c'est le peuple de gauche grenoblois qui se mobilise pour la victoire ! Déjà, des petits groupes se forment pour aller differ, tracter, coller, organiser des « goûters citoyens » dans les parcs, aller à la rencontre de toute la ville, parler, communiquer, éclaircir, dissiper les craintes... un bel élan qui soutire une larme à quelques anciens, et met le rose aux joues des timides qui se trouvent emportés dans l'exaltation du moment.

Mercredi et jeudi s'enchaînent tractages devant les écoles (pour les parents d'élèves), sur les marchés, en déambulation, devant les supermarchés, collage sur panneaux libres et officiels. Le jeudi soir a eu lieu un grand meeting festif avec des prises de paroles de Philippe Meirieu, Elisa Martin et bien entendu Eric Piolle. Christiane Taubira nous assure d'un soutien vibrant dans une séquence vidéo enregistrée le jour même ; animation musicale en ouverture avec Mike & Riké (Sinsemillia), puis après les discours l'Homme Parle. La politique oui, mais la fête aussi !

Ces jours-ci, on note l'apparition de coups bas, de rumeurs SMS, de faux tracts, d'affichettes « Piolle = Mélanchon » (avec la faute d'orthographe) et autres tracts effrayant le bon bourgeois. Tant la liste Safar que les listes de droite et d'extrême-droite appellent à un « front contre l'extrême-gauche ». Les droites Bonzy et Delongevialle appellent à voter Safar, même le PCF se fend d'un appel à défendre l'économie grenobloise gravement menacée par l'écologiste punitif Piollenchon... De notre côté, nous restons dignes et contre-argumentons avec des éléments rationnels, faisant le pari de l'intelligence.

Vendredi, dernier jour de la campagne électorale officielle, en mode Eric Piolle : « Jusque là nous étions au taquet, et maintenant on accélère. »

Rendez-vous ce dimanche 30 mars 2014 aux urnes pour décider quelle gauche est la plus légitime à Grenoble : la conservatrice dévoyée ou l'alternative rouge-verte-citoyenne refondatrice !

Antoine Back, G.A., colistier n°23 de la liste « Grenoble Une Ville Pour Tous » menée par Eric Piolle.

1Dans un communiqué du 27 mars 2014, la FASE 38 apporte son soutien à la liste menée par Eric Piolle : http://grenoble.ensemble-isere.org/2014/03/28/communique-de-la-fase-isere/

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